TENTATIVE DE TERRORISME

 HIÉRARCHIQUE

La grande Culture Classique, socialement reconnue comme ce qui est beau, juste, riche, intéressant, est conditionnée, construite par les dynamiques de domination de la société. Elle est l’apanage de la tranche de la population qui domine économiquement, elle est bourgeoise. Pourtant, je l’aime de tout mon cœur, j’en suis nourri-e depuis longtemps, elle me parle directement et transparaît plus ou moins indirectement dans ma production, entre influence et référence.

 

Ce n’est pas pour autant que je ne dois pas combattre son classisme, comme le classisme qui traverse le monde de l’art en général. Nous devons libérer tout ça, tenter des coups de pied dans la fourmilière, quand bien même nous sommes les fourmis qui aident à la bâtir. Pour moi, ça rejoint aussi l’idée de poésie du quotidien, et surtout d’humilité : faire culture, faire art avec tout. Comme dit le personnage d’Anton Ego dans Ratatouille : « Tout le monde ne peut pas devenir un grand artiste. Mais un grand artiste peut surgir n’importe où. » Tout n’est pas art, mais tout peut en devenir, ça dépend avant tout du regard (big up Duchamp, t’es mon gars sûr). C’est aussi cette idée que développe Hervé di Rosa quand il pense l’art modeste : il faut regarder toute création d’un œil neuf, pour faire sauter les hiérarchies ; on peut trouver son plaisir, son émotion esthétique là où l’on en a envie, sans se demander d’abord si l’œuvre est reconnue par la critique, et oublier d’avoir honte de ce qui nous fait vibrer.

 

Ça ne veut pas dire : se départir de son regard critique, ni renoncer à son exigence de qualité. Ça veut dire plutôt : se dépouiller (autant que faire se peut) des hiérarchies préconçues par la culture dominante, construire personnellement ses goûts, et pour cela d’abord (re)découvrir, d’abord s’émerveiller. Les lumières que nous apportent les connaissances, les lectures, les critiques, ne doivent pas éblouir notre sensibilité propre. Se fier à ses tripes parce qu’elles sont notre chair, mais toujours s’en défier parce que notre chair fait société ; toujours aller vers ce qui nous repousse, essayer de comprendre, garder les yeux grand ouverts avant de se décider. Peut-être que ça se résume à : les hiérarchies n’ont de valeur que quand elles sont personnelles, et uniquement cela.

 

C’est une forme de relativisme, sûrement ; il n’a pas vocation à être éternel, mais j’ai besoin d’en passer par là, au moins dans la construction de mon regard personnel. Les bases de ce qui fait notre culture ne sont pas saines, le classisme et les autres oppressions inhérentes à notre société telle qu’elle s’organise depuis des siècles les rendent pourries, il faut tout raser pour tout reconstruire. Toutefois, il faut toujours des fondations pour s’élever : on ne doit pas faire du passé un autodafé, mais s’en nourrir sans discrimination.

 

(C’est l’heure de me jeter des fleurs). J’essaie d’appliquer cela dans ce que je crée. J’ai envie de regarder les typographies approximatives des commerces indépendants comme on regarde du Doisneau, d’imaginer de l’art avec des capsules de bouteilles de bière – ce n’est pas novateur, l’arte povera par exemple l’a fait bien avant moi ; ce n’est pas pour autant qu’il faut s’en empêcher. Je collectionne aussi les moments de poésie impromptue, les mots qui roulent en bouche ; je compose avec ce qui sort de nos téléphones portables.

 

Ce qui est important, ce n’est pas toujours la beauté du résultat, ce n’est pas toujours l’intelligence de l’intention ; c’est avant tout ce qui fait sautiller mon cœur. (Sortez les violons !)

penser à faire sauter

les hiérarchies

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