J’utilise le mot engagement sans circonvolutions, en pleine conscience de son acception commune lorsqu’on le met en relation avec la création : je voudrais faire porter à mes œuvres un engagement politique. Cependant, là où je diffère du consensus, c’est dans la définition de « politique ». On peut établir une différence entre « la politique » (champ d’action officiel investi par une organisation gouvernementale précise à un moment précis) et « le politique » (qui relève de toute vie en société organisée). En partant de là, à la suite des mouvements féministes des années 70 qui ont mis en lumière que « le privé est politique », j’avance que tout est politique.

 

Chacune de nos actions s’inscrit dans un contexte social et politique propre à notre époque. Ce contexte nous précède, nous dépasse et nous survivra, pourtant nous sommes aussi les acteurices de sa construction, de son maintien ou de sa transformation. Et il nous influence au moins autant que nous l’influençons. Tout ce que nous faisons a des répercussions sur ce qui nous entoure, de façon plus ou moins directe et à différentes échelles selon nos intentions et surtout notre place dans le schéma social qui conditionne notre force d’action. De cela découle une véritable responsabilité pour nos choix, à plus forte raison lorsque nous exprimons un point de vue sur ce contexte en créant.

 

Il ne s’agit pas de dire que tout le monde doit s’encarter dans un parti, ni que l’art a fondamentalement vocation à porter un message de changement social. Si tout est politique, tout n’est pas engagé ; je n’ai d’ordres à donner à personne sur ce que chacun souhaite faire de sa vie et de sa pratique artistique, et moi-même je n’ai pas encore vraiment réalisé de projet que je qualifierais d’engagé. Il s’agit, selon moi, de se rendre compte du poids d’un certain déterminisme, notamment social, qui pèse sur nos esprits, et de ne pas se leurrer sur une prétendue objectivité ou indépendance. Très concrètement, je le traduis comme ça : que tu le veuilles ou non, ce que tu crées a une portée politique, et tu es en partie responsable des effets que tu produis. Encore plus concrètement : « c’est de l’art » n’est en aucun cas une excuse face à une accusation de racisme, de sexisme, d’homophobie, d’oppression en général. C’est plutôt une circonstance aggravante.

 

Pour moi, le début de l’engagement, c’est prendre conscience de tout ça. Je ne considère pas aujourd’hui ma pratique comme « engagée ». Mais l’engagement (queer, féministe / antiraciste, antispéciste, antivalidiste, anticlassiste, anti-oppression en général) est tellement constitutif de ce que je suis (en partie parce qu’il relève d’abord de la survie) que ces questions et cette conscientisation traversent ma pratique comme elles traversent tout ce que je fais.

 

 

 

 

 ENGAGÉ-E, VÉNER,

 QUEER, FÉMINISTE ET
 RÉVOLUTIONNAIRE

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TOUT EST POLITIQUE

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