(RIRES DU PUBLIC)

J’aurais pu dire humour, bien sûr, mais c’est un peu trop sérieux. Humour, ça convoque déjà toute une intellectualisation, toute une philosophie, toute une mythologie même. Alors que blagounette, c’est mignon, c’est un peu ridicule, c’est même carrément ringard ; ça ne fait pas peur, ça laisse un peu le décorum de côté. Déjà, blague, c’est pas bien sérieux, alors son diminutif, c’est carrément risible. Le choix de ce mot, blagounette, en soi, c’est une blagounette.

Je ne vais pas m’étendre ici sur le pouvoir de l’humour, sur sa puissance rhétorique et politique, son rôle social, voire son importance vitale. D’autres l’ont fait avant moi, bien mieux comme on dit toujours, je pars du principe que ça fait consensus. Mon approche est plus personnelle.

 

C’est Angèle qui m’a un jour fait remarquer, à la fin de l’année dernière, qu’en parlant de mes projets dans un cadre informel, il revenait souvent sur le tapis que « c’était marrant ». Effectivement, je me suis rendu compte que, dans ma vie en général et dans la création en particulier, je fais beaucoup de choses parce que c’est marrant. Marrant à faire ou marrant au final d’ailleurs, le mieux étant de concilier les deux.

C’est rarement (même si ça arrive) l’unique raison et l’unique analyse à faire du résultat, mais c’est très régulièrement moteur. Et pourtant, quand je parle sérieusement de mes projets, par exemple (au hasard) lors des bilans de fin de semestre, j’invoque rarement « se marrer un peu » comme point de départ de mes projets, et je pense que c’est pareil pour mes camarades, qui sont loin pourtant d’être des tristes sires.

Je voudrais réhabiliter la rigolade comme moteur/objectif artistique valable en soi, parce que j’ai l’impression que ça n’est pas reconnu comme tel.

 

Dans mon corpus 1, j’ai fait tout une constellation sur le motif de l’œuf juste parce que ça me faisait marrer, d’autant que l’œuvre principale était le Tamagotchi. D’ailleurs le jeu, c’était le thème principal. L’enquête audio Chercher Michel, c’était une blague. La vidéo Métamorphose, c’était pour se peinturlurer la face, et c’était deux fois plus drôle avec Claude François derrière vu comment ça énervait Mélanie. Écrire des haïkus grivois me faisait rire, tout comme ça me faisait rire de les réciter sur tous les tons. Je glisse des blagues dans beaucoup de ce que j’écris, même si ce n’est jamais destiné à être humoristique, je ne peux pas m’empêcher de rester léger. Il y en a dans mes poèmes, dans mes photos, dans mes typos, dans les achevés d’imprimer de mes éditions, dans mes collages et mes dessins, dans mes montages sons, jusque dans le travail produit dans le cadre de mes stages. Quand j’utilise des grands mots, c’est pour rire, et les petits mots aussi. Pas que je sois la personne la plus drôle que je connaisse, je ne pense pas non plus être incapable de sérieux, au contraire. Mais je ne vois pas l’intérêt de se retenir de dire ce genre de bêtises. Ça ne fait de mal à personne, au mieux ça fait sourire. Si ça peut adoucir, alléger, c’est toujours ça de pris.

Je pense que d’une manière générale, c’est l’ingéniosité qui me fait marrer, parce qu’elle renverse le cerveau, ouvre de nouvelles portes, et que c’est ce regard nouveau sur l’habituel qui provoque le rire, qui donne la banane, la pêche et un tas d’autres fruits. Ce qui est cool, c’est quand la blague te surprend et te fait pousser un petit cri du genre « OH NON ! OH PUTAIN MAIS C’EST GÉNIAL ! » ou encore « OH LE(S) CON(S) ! ILS ONT PAS FAIT CA ??». J’aime quand le génie vient de l’idiotie totale, d’assumer à fond d’être con et d’exposer la simplicité d’un jeu de mots bas du front à la face du monde, comme les Fatals Picards. Voilà des mots qui se cachaient : l’ingéniosité et le culot.

 

Je n’ai pas la prétention de faire rire, juste de faire sourire, surtout de me faire plaisir. À chaque fois que j’utilise cette expression journalistique, « qui n’a pas d’autre prétention que celle de nous faire rire », je pense à Desproges dans une de ses Chroniques de la Haine Ordinaire : « Mais elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire. » (ce qui va pas mal à l’encontre de l’idée que je propose ici, mais bon…)

 J’ai l’impression de ne pas avoir d’ambition personnelle, je ne cherche pas à me dépasser, simplement à m’égaler ; j’ai l’ambition de changer le monde, car j’ai vingt-deux ans et des convictions ; j’ai l’envie de vivre et de continuer à aimer ce que je fais.

 

 

oh les cons !!!!!

d'autres boulots pour déconner

mais très instructifs quand  même sur la portée sociale et politique de l'humour

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