ENGAGÉ-E, VÉNER,

 QUEER, FÉMINISTE ET
 RÉVOLUTIONNAIRE

L’engagement en général, le féminisme en particulier, ce n’est pas une amusante gymnastique intellectuelle, ce n’est pas un terrain où entraîner ses qualités rhétoriques. C’est de la survie. De la survie physique face à une société pétrie de culture du viol, dont la base culturelle qu’elle soit classique ou pop est conditionnée par un point de vue masculin qui dispose des femmes et de leur corps comme un objet, sexuel ou narratif, tragique ou humoristique, sans plus de considération pour sa souffrance et sa dégradation que celle de la mesure dans laquelle elles affectent les hommes. De la survie sociale, quand il est toujours possible d’entendre que les gays sont moins normaux que les hétéros puisqu’ils ne peuvent pas se reproduire en faisant l’amour, que les lesbiennes n’ont sûrement besoin que d’un bon coup de bite, que les bies sont simplement des nymphos incapables de se satisfaire de l’hétérosexualité, qu’on interdit encore l’accès au don du sang, à l’adoption, à une foule d’autres droits complètement naturels pour les hétéros, légalement ou factuellement (je ne parle même pas de la question trans sur laquelle la France a un retard improbable, on croirait un-e étudiant-e de l’ESAL Épinal). De la survie morale aussi, face aux contraintes qui vont de paire avec l’uniforme social de la féminité, assorti toujours d’une hétérosexualité normative : entre autres, discrétion, distinction, délicatesse, en gros ne pas faire de bruit. De la survie créatrice enfin, en dépit de l’effarant étouffement des artistes femmes, des artistes queers, des femmes queers et artistes, dans l’espace publique et médiatique comme dans la mémoire et la culture collective.

 

Comme je le disais précédemment, j’ai encore du mal à produire de l’art que je qualifierais d’engagé, de féministe. D’abord, parce que j’avance plus vite dans ma réflexion que dans ma production ; les idées que je veux exprimer demandent une base de concepts partagés qui doivent être vulgarisés au grand public ; j’ai toujours l’impression de devoir recommencer à la base pour me faire comprendre, et ça m’enchaîne à une trop grande simplification, pour éviter de heurter. Ensuite, parce que la complexité des enjeux politiques du féminisme quand il se conjugue avec les autres luttes sociales demande une rigueur énorme, et que j’ai toujours peur de voir le sens, les sous-entendus, la lecture des images m’échapper. Je m’y attelle pourtant, sous différentes formes qui ne me convainquent pas toujours. J’aborde souvent la question sous l’angle du témoignage, qui me permet de me dédouaner un peu d’une certaine imprécision du propos.

Pour adapter un chapitre de l’essai de Despentes (notre reine à toustes), King Kong Théorie, j’ai interrogé plusieurs camarades sur leur rapport à la féminité en tant que construction sociale, comme une suite d’injonctions conditionnées par la domination masculine de la société. J’avais produit en MàNAA une série de photos où j’interrogeais le rapport au vêtement en tant qu’uniforme social. J’ai fait quelques tentatives plus dirigées : l’an dernier, le projet vidéo Métamorphose avec Sarah présentait un certain rapport au maquillage, de façon assez frontale et brute, tout en essayant de garder une multiplicité de lectures. Plus récemment, j’ai écrit un poème en anglais qui parlait des violences subies à cause de mon assignation féminine, en partant de mon expérience pour éviter là aussi de dire trop de bêtises.

Je ne trouve jamais mes propositions aussi intéressantes et abouties que dans les textes théoriques que je construis dans ces travaux de corpus (quoiqu’ils soient encore très incomplets), mais j’y travaille, promis, j’y travaille.

 

Revendiquer sa différence du masculin (qui est encore et toujours perçu comme une norme), sa « queeritude », sa déviance face aux attendus sociaux de la féminité ; revendiquer sa position et son engagement continu contre ces normes sociales ; créer dans une identité marginalisée et qui revendique cette marginalité, c’est déjà faire exister sa lutte, c’est déjà défier l’ordre établi, c’est déjà une action engagée.

BOIRE, MANGER, RESPIRER FÉMINISME

tout est politique

on ne naît pas féministe

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des artistes féministes stylées

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