L’identité c’est quoi ? C’est ce qui nous est propre, ce qui nous différencie des autres, sans confusion possible... «Identité» semble si vaste, comme un champs de rhizomes : à l’image d’une mangrove. C’est un partage qui grouille, se démultiplie. C’est à peu près de cette façon que se fixe les choses. C’est de cette manière qu’ils existent des liens de parentés entre des formes qui n’étaient pas prédestiner à se rencontrer, à se toucher. En commençant un projet, la première idée n’est pas forcément la bonne, elle change, évolue ou se détruit. On part du chaos et on avance aux travers des failles. Edouard Glissant parle même «d’identité-rhizome» qu’il définit en ces termes :

 

«Appliquées au concept de l’identité, l’image de la racine évoque toute identité fondée sur l’appartenance ancestrale à une culture, alors que celle du rhizome admet une identité multiple, née non pas du passé mais de relations qui se tissent au présent.»

 

L’identité se vit tous les jours. Elle se vit grâce au contact avec les autres : une identité relationelle, de communion avec chacun. C’est aussi pouvoir donner naissance à une culture commune.

Partir de mon île où j’ai nourri tout mon imaginaire et me retrouver dans un plus grand pays, avec une culture aussi vaste que la mienne, a permis l’inattendu. Même lorsqu’il s’agit d’étudier un artiste, le simple fait de s’informer sur son travail/prendre des notes, permet de rassembler quelques éléments pour compléter notre paysage. En effet, venir en Métropole ou tout simplement devenir étudiante à l’esal a permis de me questionner sur bien des choses et d’appréhender deux points de vue différents. Mais aussi d’interroger mes projets autrement, même si cela reste encore timide dans mes démarches.

 

Je prends l’exemple de mon corpus 1, où à travers ma constellation «Réveiller les consciences», j’évoque le Carnaval et comment je le perçois en m’appuyant sur l’histoire du «groupe à po». Un «groupe à po» en créole, en français «groupe à peau» est un groupe emblématique qui souhaite renouer avec l’histoire et la culture de la Guadeloupe en s’inspirant des mythes et des légendes.

Dans le but de revaloriser la culture locale et se détâcher d’une culture puisée chez les autres. Je me suis assez vite identifier à ce type de groupe : L’envie de se sentir différent. Je tiens à le préciser car en Guadeloupe, je n’avais aucune idée de l’essence qu’il dégagait et l’histoire qu’il véhiculait. Avant c’était normal pour moi d’assister au Carnaval, un plaisir pour les yeux, mais aujourd’hui il est essentiel d’en connaître les origines. De plus, ça a été une autre façon de le découvrir par le biais de l’écriture. Pouvoir en faire un poème, mais avec un oeil plus ou moins enrichi : de se concentrer sur des souvenirs ? C’est un exercice qui fait apprendre sur soi, loin d’une démarche narcissique mais plutôt une curiosité à se connaître. Ça donne une vision des choses qui est variée d’autant plus que c’est un texte que j’ai fait résonner avec d’autres oeuvres. Mettre en parallèle : une forme de métissage. Ou même, de créolisation ?

Des questions que je me suis posée lorsque j’ai fait un exposé sur cette période festive. Pouvoir en parler avec des gens qui ne connaissent pas, et leurs interrogations sont aussi une façon de se connecter aux autres et de transmettre une partie de ma culture.

Yinka Shonibare est un artiste brtiannico-nigérien. J’ai pris le temps de m’intéresser à son parcours et une de ses réflexions m’a interpellée. Alors qu’il est jeune, on lui suggère de s’intéresser d’avantage à ses racines, à son histoire. Il ne s’était  jamais posé la question, et c’est bien une personne extérieure qui lui a ouvert les yeux. Sincèrement, ça peut paraître anondin mais cette observation aussi permis de me poser la question, de me demander ce que je savais de l’île où je venais. Mais aussi : pourquoi ne pas l’évoquer dans mes projets ?

Des éléments sur ce qui nous plaît, nous rendent sensible. Comme dans un tétris chaque morceau aurait sa place et se juxtaposerait parmi l’ensemble. Ou alors comme dans un peinture d’Arcimboldo, un détail parmi une accumulation d’autres détails. Comme une mangrove, grouillant de racines : un monde où s’entremèle la vie, presque impénétrable mais constituant notre paysage. Au final, ils constituent une forme globale. Un portrait. La représentation d’une personne. De son statut social et de ces centres d’intérêt. De ce qui la définit, de ce qui l’identifie.

Au-delà de la simple esquisse d’un visage. Le portrait, qu’apporte-t-il ? Il apporte une réflexion sur soi, sur ceux qui nous entourent. Il révèle des sentiments, des émotions que l’on peut dévoiler selon la façon dont on le traduit, dont il est traduit. Un trait de nous-même. De s’informer sur soi-même. Il y a des indices : un peu comme le travail que nous sommes en train de mener avec ce corpus. Le portrait chinois, bien qu’il reste un simple exercice, je l’ai envisagé comme un exercice de déchiffrements, d’images, de mots, un jeu d’enfant, un qui suis-je, le saviez-vous ?

Je me définis ? Je peux être un koala ou une bibliothèque. En réalité, ça révèle que je suis quelqu’un qui aime dormir, et quelqu’un de silencieux. C’était plutôt amusant.

Dans les écrits aussi, des évènements, des images qui font écho à une partie de mon histoire, à mon vécu. Le corpus 1, je l’ai envisagé comme un arbre généalogique où chacune des oeuvres ont un lien de parenté : une famille a composé : se retrouver, s’assimiler aux oeuvres et dialoguer avec quitte à les faire résonner avec notre petit parcours de vie. Creuser, plus de profondeur. J’ai justement l’envie de compléter cet arbre avec de nouvelles racines qui partiraient à la rencontre de l’une et de l’autre et s’interconnecteraient.

En abordant des thèmes tel que l’identité, le déracinement, de la solitude, de la dualité. Sans jamais mettre de frontière entre ces mots. Et puis le corpus 2 qui contribue à enrichir ce premier jet de découvertes. Pour aider à la création d’un auto-portrait.

 

Je n’aime pas reproduire mon visage, je ne sais pas le faire aussi. Mais j’ai essayé avec une technique photographique, au sténopé. Un médium qui garantit un aspect flou, evanescent selon la durée de pose et la façon dont on maintient notre boîte. J’aime bien l’irrégularité que ce médium peut apporter. Pour ce faire, j’avais réalisé un projet que j’avais nommé «Tu réfléchis trop».

Il s’agissait essentiellement de photos en contre plongée de moi qui fixe un point quelconque. Dans mes pensées. Vous savez, ces moments de doute, où notre esprit est loin, quelque part d’autre. Quand on pense à tout et n’importe quoi. Travailler au sténopé permet aussi de prendre sur le vif. De capter ce qui se passe pendant, le temps de la photographie. Il y a cet aspect figé qui marque un instant mais qui est en même temps en mouvement.

Le portrait était aussi présent dans un projet d’inventaire. Je devais me représenter, ma personnalité avec des éléments de ma trousse, de mon sac : des choses de la maison, des choses que l’on transporte. Toujours avec soi. Comme sa boite à outils, personnelle mais que l’on partage, que l’on déballe. J’ai donc choisi un taille-crayon et je l’ai réinterprêté :

Il taille, donne une forme différente, une forme juste. Il adapte le crayon, lui prend la tête, comme je me prenais la tête pou rien. Pour ensuite lâcher prise, me libérer : ainsi ma deuxième image était celle d’un drapé ouvert qui abandonne le jugement, qui n’a pas peur de se déployer dans sa texture. De montrer l’intérieur, ma trame émotionnelle. Ou encore mon paysage intérieur: réinterpreter ce qu’on a sur soi.

 

Pouvoir se retirer, n’être entourer de personne pour ne pas être déranger. Me retrouver seule en fait; me poser des questions, que je ne me poserai pas si je travaillais avec des gens.

Je vis seule, et je me complet à vivre seule. Je me sens bien chez moi. Ce n’est pas vraiment un isolement, c’est plutôt un refuge. Où je peux me laisser aller. Il me faut une coupure avec les autres. Mon instant.

Au bout d’un moment, j’ai besoin qu’il y ait une séparation. Je n’arrive pas à travailler à l’école, à la bibliothèque, j’ai l’impression d’être agiter, de ne pas agir normalement. Je ne suis pas entièrement à l’aise en fait. Je suis plus occupée à regarder autour de moi qu’à réellement m’investir dans mon travail. Un rien me distrait.

Écrire un texte instantanément est une difficulté, il me faut réfléchir, prendre le temps qu’il faut. Me concentrer, mais me concentrer en imaginant ce que je vais écrire. En attribuant aux mots des images. Ou aux images que j’ai dans la tête, des mots. C’est pourquoi j’ai besoin de calme, et d’un environnement que je contrôle. Où je suis moi-même. Ainsi, quand il s’agit de travailler dans un autre endroit que chez moi, j’ai l’impression qu’il y a trop de choses qui se passent autour de moi, trop d’agitations. Alors qu’en fait, ce n’est pas vraiment le cas. Par exemple, quand il fallait écrire à Wimereux, je préférais le faire dehors, lorsqu’on le pouvait. J’étais moins enfermée, moins limitée. Moins «guettée».

C’es aussi pour cette raison que pour la première édition en graphisme, j’ai décidé d’étudier un passage du livre de Marguerite Duras : «Écrire». J’ai été sensible à son écriture et à la façon dont elle parlait de l’écriture, de son écriture. Qu’il lui fallait être seule. Si seule qu’elle s’est complètement isolée du monde extérieur dans une grande maison de campagne. En la lisant, j’ai l’impression que c’était aussi une manière pour elle de se couper des autres et de se confronter à elle-même. Se reconnaitre. Découvrir son inconnu, sa partie d’ombre. Et ce, malgré le désespoir que ça peut engendrer. En effet, elle dit :

 

« C’est seulement dans cette maison que je puis seule pour écrire, écrire des livres encore inconnus de moi, et jamais encore décidés par moi. La solitude sans quoi l’écrit ne se produit pas. »

 

C’est un peu comme un lieu d’exil, d’égarement. Mais un égarement favorable aux idées. Être dans un endroit intime pour se concentrer. J’y puise de l’inspiration, car c’est seulement dans ces moments que j’arrive à rêver, à être bien pour travailler.

De plus, la plupart du temps, l’élan me vient principalement le soir venu. Quand il n’y a pas beaucoup de bruit, quand mes voisins sont au lit, que les lumières sont éteintes. Et puis une forme de silence s’installe. Le calme de la nuit. Avant, il m’était compliqué d’écrire à l’ordinateur. J’étais habituée à écrire à la main car le bruit-même des doigts qui s’enfoncent dans le clavier me gênait. Je préférais prendre un cahier et écrire. Rayer, recommencer, c’était plus agréable. Mais avec le temps, je me suis quand même résignée à écrire de façon tapuscrit. C’était plus efficace pour les rendus. Et petit à petit, le bruit du clavier m’est devenu familier et puis j’ai commencé à écouter de la musique. De la musique douce : même si j’en écoute, j’ai l’impression que ce qui se trouve, ce qui se passe autour de moi est si silencieux. Et que rien ne viendra me troubler.

Ça me fait penser à un film d’animation «Louise en hiver» de Jean-François Laguionie que j’ai vraiment apprécié. Un film doux, aux couleurs pastels. C’est l’histoire d’une femme âgée qui se retrouve seule dans une ville. Une solitude qu’elle va apprendre à apprivoiser : elle va avoir ses habitudes, s’adapter à cet état d’esprit. La bande originale a été composée par Johannes le Pennec : je l’écoute souvent lorsque je dois écrire et me concentrer d’avantage. Elle est propice à l’introspection; à l’errance, et peut-être même au «silence».

 

Il y a donc cette petite expérience sociale que j’ai menée en m’appuyant sur le rapport que j’ai eu avec quelques camarades dans l’école ou d’autres personnes. La curiosité, l’échange, leurs ressentis. On me rappelle que je suis antillaise, un sentiment que je n’avais pas expérimenté en Guadeloupe, c’est normal...Ce n’est pas péjorative ce que je dis, au contraire(tout dépend de la façon dont les choses sont dites).

Pour le terra incognita, j’étais amenée à parler avec des inconnus, et c’est arrivé qu’il y en ait une ou deux personnes qui me demandaient si je venais d’Afrique : mon but était d’aborder l’intimité dans un lieu public à travers les actions des autres, et c’est vrai qu’il m’est arrivé moi-même d’y être confronter...De même pour un écrivain qui est venu donné une conférence à l’école, il m’a tout de suite parlé de l’Afrique quand il m’a vu, et des Antilles, d’Aimé Césaire, de Patrick Chamoiseau. En faisant ce constat, je me suis renseignée autour de moi.

Et j’ai remarqué que plusieurs personnes avaient des proches antillais : la Guadeloupe est si loin mais en même temps si proche. Grâce à ce raisonnement j’ai pu travailler un projet un vidéo sur le thème «Si loin, si proche» en témoignant de cette expérience et de celle de ma famille aussi. Même si la finalité de ce projet ne m’a pas plu, son processus et le rapport avec les autres durant cette courte durée fut très intéressants.

 

Il y a peu de temps, nous avons réalisé un workshop autour du «modulographe». On nous proposait de partir de formes qui nous sont familières pour constituer nos tampons. Des formes qui font écho à notre travail ou alors de formes géométriques de bases. Pour ensuite les transformer, les moduler à notre guise. Il en fallait 3. Instinctivement j’ai pensé à la cartographie des petites antillles, notamment à la Guadeloupe, à la Martinique ou encore à Saint-Kitts. J’ai donc utilisé la forme de ces îles pour pouvoir ensuite créer mon alphabet et mes images.

Ce qui est assez curieux c’est le processus en lui-même. Car après les avoir moi-même façonner, ce sera à une autre personne(ou à d’autres) de les utiliser. C’est donc une façon de dire qu’elles vont circuler et être transmise à quelqu’un que je ne connais pas, qui va par la suite marquer quelque part l’empreinte de ces îles. Comme un message qui circule et se partage.

 

Cette démarche m’évoque dans un sens celle des oeuvres participatives. En effet, cet échange reste une sorte de «rencontre» bien qu’il n’y ait pas de face à face, le fait de prendre connaissance du travail de l’autre.

Mary Corey March est une artiste qui a créé quelques œuvres participatives. Notamment «Write Me for Art/Do you read me?». Pour ce faire, elle donnait à des étrangers des lettres avec son adresse écrite dessus, un peu partout en Suisse. Il y avait une question à l’intérieur ainsi que l’intitulé du projet. Ils étaient invités à écrire une réponse courte et à l’envoyer à l’adresse indiquée. Cette réponse devenait une partie de son projet. Elle a aussi mis en place une autre œuvre participative, mais cette fois-ci l'interaction se faisait directement dans la salle d’exposition où non seulement les gens prenaient part à l’oeuvre mais ils pouvaient aussi parler avec l’artiste, de ses intentions, de leurs histoires.

Je pense aussi à Pascale Marthine Tayou et son œuvre plastic bags. Une œuvre monumentale, à la gare Saint-Lazare, faites à partie de sacs plastiques colorés. Chaque jour, chaque voyageur ou autre personne était invité à placer son sac plastique sur l’oeuvre. Ce cœur, cette ruche faisait écho à la surconsommation, à la pollution que le problème était bien présent, devant nous et montrait que nous en étions aussi responsables. Ces exemples pourraient bien évoquer des identités communes ?

Je réalise aussi des portraits. Notamment pour mon projet personnel en peinture. J’avais commencé par faire des croquis en couleur. Puis, j’en avais sélectionné trois afin de les réaliser en plus grand format. Des individus qu’on ne croiserait pas. Souvent avec un air blasé...Sans expression particulière, sans émotion. Ils sont juste présents.

 

D’ailleurs, depuis un moment déjà, un projet d’illustration me trotte dans la tête. Un sujet qui me tient à coeur. Car étant une femme noire, je dois reconnaitre que la représentation de personnages noirs et surtout de femmes restent très timide dans la bande dessinée. Faible. Et je sais que lorsque j’étais enfant, je ne m’en rendais pas compte. Mais au fur et à mesure que les années ont passées, il m’a paru difficile de m’identifier à une héroïne, à quelqu’un qui me ressemblait. Je préfère en parler dans ce texte, plutôt qu’à celui dédier à l’identité même, car le mot portrait résonne d’avantage : il peut à la fois désigner celui d’une personne qui résonne avec le portrait d’une génération entière. Qui la représente, la décrit. C’est pourquoi, pour mon futur projet, je vais dresser le portrait d’une petite fille noire en m’inspirant par exemple de ma culture. Mais aussi celle de l’Afrique ?

 

«L’Afrique» c’est vaste. Mais il est vrai que certaines marques du passé sont communes. Et inévitablement, j’ai aussi envie de m’intéresser au travail de certains artistes africains, comme Pascale Marthine Tayou. Il a fait l’objet de ma curiosité lors d’un exposé. Je le connaissais déjà mais c’était une façon d’explorer à nouveau son travail, son portrait et de le mettre en relation avec deux autres artistes que mes camarades avaient choisis. De même pour mon blog d’artiste. Cette fois-ci, c’est Yinka Shonibare que j’ai découvert : un portrait inédit et tout aussi coloré, piquant et foisonnant. De même pour l’affiche dis-moi dix mots, j’avais sélectionné le mot «griot» qui est issu d’Afrique, qui désigne un conteur, un diseur de bonne aventure. C’est un début de curiosité que je souhaite poursuivre, en m’intéressant à d’autres portraits.

Je pensais notamment à la BD Aya de Youpougon de Marguerite Abouet qui met un scène les aventures d’une jeune femme noire dans le quartier d’Abidjan. C’est l’une des seules en France, mais j’ai vraiment apprécié lire ces histoires. Et même si je ne suis pas africaine, il y avait quand même cette sensation de me sentir à sa place. À la place du personnage. De m’identifier à elle et à ses aventures.

Je m’intéresse aussi au travail de Wangechi Mutu, artiste africaine qui offre une nouvelle lecture de réprésentation des corps féminins et plus particulièrement ceux des femmes noires dans la société de consommation occidentale. Et elle s’est elle-même retrouver étrangère, face à un soucis de représentation. Sa démarche est aussi de déconstruire les clichés, de casser les stéréotypes, de l’image que l’on offre à «l’identité féminine». Afin de livrer un portrait sans filtre, hybride, déconstruit.

Je n’arrive pas à écrire quand il fait jour. Le jour, le dehors semble si agité. J’entends l’animation, je vois le beau temps, et d’un coup, j’ai l’impression que ma bulle n’est pas assez fermée pour déballer ce que je ressens. La nuit est propice au calme. À chaque projet, un rythme, un rythme de solitude ?

Je sais que je l’ai déjà évoqué mais j’en reparle à nouveau : Jean Dubuffet. J’ai évoqué une de ses œuvres dans mon journal d’exploration pour le studio-évènement : «La closerie falbala». Il érige en...une grande forteresse, loin de tout, isolée. Autour d’elle, un parc qui lui servira d’endroit pour déambuler. Cette œuvre est pour lui  une façon d’intérioriser, de se questionner sur des choses dont il n’a pas l’habitude d’aborder, de ne plus restreindre ses pensées. C’est évacuer. Faire le point, prendre son temps.

Si Marguerite Duras s’est retirée dans une maison pour écrire, Jean Dubuffet, lui, s’est construit une grotte. C’est un peu se construire une intimité, un habitat : se sécuriser presque. Et devenir sédentaire.

 

La solitude est présente en partie dans certains de mes écrits, dans mon premier corpus par exemple.

J’y évoque comment mes personnages se sentent vis-à-vis de cette dernière. Si elle est assumée ou forcée et le bien ou le mal qu’elle apporte. «Des amis» qu’elle a créé, comme l’alcool, la peur. C’est aussi elle-même une amie. Une amie silencieuse.

Ça reste un sujet très récurrent dans mes écrits, puisque c’est grâce à elle que j’arrive à écrire, et que je me projette. Je ne sais pas, j’ai besoin d’en parler, même si ce n’est pas un état que je considère comme néfaste. Ça peut-être marqué par une autre manière : j’envisage toujours de parler d’un personnage à la fois, de raconter un passage de sa vie. À comment il s’y confronte seul et quel message il a envie de donner à cet évènement.