PUNK

FOLIE

Je n'ai pas connu le punk. Je crois d'ailleurs que le punk est mort quand il est né, dès qu'il fut conscientisé. Quand ne pas avoir de règle devient une règle, il ne reste pas grand chose de la liberté tant recherchée. Le punk est une fausse-couche, un avorté. C'est le Don Quichotte des temps modernes, la figure pathétique par excellence, un fantasme d'adolescence. J'adore le punk. Je l'ai découvert dans une bd de Tardi, puis dans une autre de Jodorowsky, dans Enki Bilal, Moebius, et Akira, de Katsuhiro Otomo, aussi. Je retrouve dans le punk l'idée que l'humain soit destiné à créer des sociétés violentes et incohérentes, qui se retrouve dans des formes narratives très courtes que j'ai pu écrire par le passé, et que j'aimerais développer. Mes personnages sont souvent soumis à eux-mêmes et à leur entourage, victimes d'un désordre intérieur et extérieur. Le punk est aussi pour moi l'apologie de la liberté. Comme dans beaucoup d'univers sombres, j'aime mettre en scène des personnages marginaux, en décalage avec le monde, et qui n'aspirent qu'à en échapper, s'en évader, à travers le rêve ou la prise de conscience. Quand j'ai stipulé en cours aimer le punk et ne pas y être apparentée, on m'a contredit. Heureusement, car je tenais à garder ce mot dans mon corpus. Maintenant, je crois discerner ce qui me rapproche de ce mouvement. Le trash d'une part, celui du dessin peu travaillé, du dessin sale, comme on dit. Les couleurs souvent morbides, les sujets aussi. L'anarchie de ma méthode de travail, le peu de soin, qui ressort forcément dans l'esthétique. Le rapport à l'impertinence, à la controverse. Le rejet de certaines normes sociales. La marginalité, la dissidence, un regard cynique, une parole violente. Un rapport à la liberté romancée, théâtralisée, rêvée.