PEUR

HUMAINS

Mettre trop de soi dans son travail, aller trop loin, jusqu'à l'indécence, celle de la souffrance, j'en suis incapable. Quelque chose me bloque, me retient. Peu à peu, je rassemble les miettes d'un masque, où je me cache et je m'exhibe, en tirant par-ci, par-là, des traits de ma personnalité. Quand j'écris ce n'est plus tellement moi qui parle, mais le "moi" qui écrit. L'art et la vie sont deux miroirs dont les reflets se confondent, je me sens dans l'un quand je suis dans l'autre et inversement, et pourtant je sens le danger à mélanger trop complètement les deux. Car quand j'écris des conneries, des inepties, des méchancetés, puis-je dire: ce n'est pas moi qui parle, pas moi qui pense, mais l' "artiste", l'autre, celui qui est libre de toute pensée malsaine, fétide, putride? Créer des oeuvres violentes, choquantes, dérangeantes, revient à laisser place à une part de moi qui n'a le droit d'exister qu'en dehors de la réalité. Cette prise de pouvoir est remplie de peur, les monstres de mes dessins sont mes monstres à moi, et les exposer, les exhiber, les faire danser, ne se fait pas sans une part de honte cachée.

LAISSER DEVINER