LAISSER DEVINER

Quand je rate un dessin, une peinture, je recommence par-dessus. Quand l'image ne me suffit plus, j'écris, je crache des mots, je les projette, puis je les recouvre. Une forme trop définie, je la masque, je la déforme, je la détruis. Des idées trop réfléchies, je les transforme en maximes énigmatiques. Ne pas trop en faire, pour moi qui aime également la saturation, est un équilibre difficile à trouver. En écriture, c'est induire plutôt que de dire, en dessin, en peinture, s'est esquisser plutôt que de dessiner. J'admire énormément le travail de Baudoin à l'encre de chine, qui en trois coups de pinceau suggère une image. On cherche à comprendre. De ce voile de mystère naît un fantasme, mais la limite entre intriguer et ennuyer est fine. Entre dire peu, et ne rien dire. J'ai un problème avec le langage explicite, je le sais. Soit, il est trop explicite, soit, il ne n'est pas assez. Laisser deviner, c'est jouer à cache-cache, indiquer à une certaine mesure pour laisser une manœuvre de réflexion et d'interprétation. C'est courir le risque d'être mal-interprété, ce qui n'est pas l'effet escompté. Le risque d'être mal compris. En peinture comme en écriture, j'essaye de faire deviner plutôt que d'affirmer. Pourtant des fois j'affirme beaucoup trop, et des fois j'en dis bien trop peu. Des fois mon image est bien trop remplie, saturée, bondée, des fois elle est trop pauvre, trop plate, pas terminée. Mallarmé écrit : Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve.