INTENSITÉ

COULER

Peut-on vivre, désirer, aimer, peut-on créer sans violence ? Je n'aime pas beaucoup le bonheur, je l'ai toujours associé à un état arrêté des choses. J'aime la guerre. La combativité orgueilleuse et souriante. La confrontation comme marque d'amour, de respect. Je cherche à retranscrire bien des choses, parfois extrêmement simples, mais toujours avec l’intensité ressentie qui m'a donné envie de prendre un stylo à un instant précis. Ces instants là surgissent souvent dans un contexte anodin, et pour cela même sont un surgissement, l'instant banal devient alors pour moi unique, fixé sur un bout de papier. Et pour redonner à l'autre l'intensité de ces instants, il me faut recréer la violence. Avec des mots crus, drus, qui vont heurter le lecteur, le déranger, le décaler de sa vision du monde pour l’emmener, si possible, vers la mienne. En peinture, travailler la violence du geste. On peut deviner en regardant un trait s'il a été fait calmement ou frénétiquement, dans la forme qui reste, reste aussi le passé du mouvement, celui qui me plaît tant. Je travaille très rapidement, l'espace où je travaille est vite rempli, j'ai l'impulsion des grands gestes. C'est après-coup que d'autres intentions entrent dans mes envies esthétiques, détail anecdotique, accentuation, raffinement.