IDÉALISME

FANTASTIQUE

Les fous s'exposent à la tempête et meurent avec elle en s'écrasant dans les vagues, dont le roulement redevient calme et morne. Et d'autres fous attendent déjà sur la falaise que le vent se lève à nouveau, les yeux plein d'empressement tournés vers le ciel, sachant pertinemment qu'ils sauteront à leur tour quand la tempête s'en ira hurler vers d'autres rivages. Ne pouvant vivre dans le calme insupportable. J'ai bien trop peur du lyrisme, en art et en vie. Il faut garder les pieds sur terre, dans la boue. J'ai été une grande romantique, dont j'ai admiré la peinture et les tournures de phrase, j'ai été une grande romantique, j'ai été une Ema Bovary. J'ai été idéaliste, j'ai été communiste. Je crois même que j'ai pleuré le jour des attentats de Charlie. Je me souviens d'avoir mis délibérément le lyrisme de côté, j'ai abandonné le rêve pour le cynisme, j'ai lu Céline et Bukowski. Deux visions se partagent depuis quelque temps mon esprit, l'une rêveuse, magicienne, l'autre au rire noir et aux mots acérés. Deux visions entre lesquelles existe un nuancier. Dans mon travail plastique, je suis souvent entre quelque chose de très impulsif, de hasardeux et de bordélique, de sale et de crasseux, et quelque chose de plus vivant, heureux, fantastique, coloré, onirique. Avant d'entrer à Epinal j'étais plus colorée, très colorée, et je me suis assombrie dans mon travail en arrivant ici. Maintenant, je cherche à faire le chemin inverse, revenir à des couleurs fortes, puissantes, qui sont ancrées dans mon imaginaire et ma pensée, cynique ou pas.