HUMAINS

J'aime beaucoup les machines, les robots, les tubes et les tuyaux d'aciers, les cœurs d'horlogers. Je trouve ça très sympathique. La fascination a commencé entre Ghost in the Shell, Giger et K. Dick, il y a deux ans à peu près. Je les trouve humain les robots, à cause de mes lectures, et puis des temps qui viennent. Et je les trouve robot, les humains, ces machines biologiques dont les aiguilles se cassent et dont les piles s'épuisent. Les tocs, les névroses, les obsessions, les bugs informatiques du corps me passionnent, comme certains s'abandonnent aux entrailles des voitures, d'autres au cerveau d'un ordinateur, au final, c'est tout pareil, il y a un système d'une beauté étonnante, d'une complexité charmante, et hop, c'est cassé, et on sort la clé à molette, et les gros sabots, pour tripoter tout ça, trifouiller, trouver le faux contact, voir si c'est pour la casse ou si on peut réparer. Si les histoires d'androïdes me fascinent tellement, c'est qu'on en revient à ce qui fait l'humain, sa forme, sa conscience, son empathie, un tissu naturel ou synthétique, qu'est-ce qui défini, et différencie l'humain de la machine, le vivant du mécanique? Dans Aliss, une reprise gentiment pornographique d'Alice au pays des merveilles, Bone, le Chapelier toqué, et Chair, le Lièvre de mars, ouvrent des corps dans une recherche frénétique de l'âme. L'image m'est restée. Que penser des médecins et philosophes qui ont déterré des cadavres pour en fouiller les entraves et tenter d'en comprendre le mécanisme. En extrapolant on peut faire référence aux expériences menées dans les hôpitaux psychiatriques, à l'abri des regards. On peut citer pour l'horreur ; les expériences menées par les scientifiques nazis. Disséquer est un geste violent. Étudier, au sens d'observer avec précision, regards, gestes, mots, tenter de se former une image d'un individu, profondément, bien qu'à travers le filtre d'une subjectivité, même sans entrave à l'intégrité d'autrui, reste un acte violent. Les réduire à une image, une phrase, un sentiment. Ne pas leur laisser de mystère, tout percer à jour, inventer pour combler les lacunes, pour savoir quoi écrire, que décrire, que dire de leur condition, de l'éternelle condition. Comme un portrait ne cherche pas toujours uniquement le contour mais l'Idée (comme dirait Platon) qui se dégage de l'individu. L'essence ! Or il n'y a pas d'essence. Il n'y a que du mouvement. Mes portraits, de mots ou de couleurs, sont comme des tirages photographiques de ce que j'aperçois à un instant donné, celui de la création ; où je réduis l'autre inévitablement à la vision fausse, parce qu'incomplète, que j'ai de la personne en face de moi. Parce que je ne cherche pas un contour précis mais ce que ce contour dis d'une personne, je travaille beaucoup avec la mémoire. Le souvenir m'aide à m'éloigner du réel et me rapprocher de ma vision, préalablement déformée, plus proche de ce que je vois de l'autre, instinctivement.

FOLIE

SUPERSTITION

PEUR

PUNK