COULER

FOLIE

Je suis mon cobaye numéro un. Il m'arrive de rester délibérément dans un état suspect, pour expérimenter. L'alcool et la solitude sont alors mes meilleurs outils. Puis je peins violemment, frénétiquement, ou j'écris des saloperies. Quand je sens bien que je vais nulle part, que je me noie dans mes pensées, dans mon travail, je remonte à la surface. Généralement, je m'achète un pâté lorrain et je monte en haut du parc, de là où on peut voir la ville. A Epinal on ne manque pas de pâtés lorrains, et l'air frais du château est excellent pour remettre les idées en place. Dans ces moments-là, lorsque je peins, je pense à moi, à mes peurs, mes doutes, ma colère, peindre devient une expiation, une bouée de sauvetage, ce à quoi je dois m'accrocher à tout prix pour avoir toujours quelque chose qui compte, qui ai un sens, qui en vaille la peine. Cela nécessite de ne pas trop me soucier de ce que je fais, car je ne sais pas si je me dirai alors : décidément ça en vaut la peine. Je m'accroche à la simple idée d'être entrain de faire quelque chose, à l'impulsion première, et je me dis que le reste suivra. Il m'arrive alors de commencer plusieurs toiles sans les finir, je sais bien que mon état ne me permet pas d'avoir le recul nécessaire pour juger mon travail. Ce qui me laisse souvent avec cette question : "est-ce que j'ai fini ?" Puis je les laisse reposer sous mon bureau. Elles sont patientes, elles m'attendront.