CARTON

Le carton ça vend pas, enfin, ça vend moins, sauf pour les artistes revendiqués biodégradables. C'est dommage parce que moi j'adore le carton quand il est signe de laisser-allé, de je-m’en-foutisme, d'impertinence. Il y a une certaine impertinence à utiliser des matériaux pauvres pour de beaux dessins, à payer son dîner en gribouillant sur une nappe, à rendre un bout de bois célèbre, ou des déchets ramassés sur une plage. C'est un choc des civilisations, une peinture sur du carton. Enfin, ça l'a été. Ce n'est pas non plus l'art rendu au peuple qui me plaît, l'art pas élitiste, tout ça je m'en fous. C'est vraiment l'idée qu'un bout de carton puisse valoir cher, qui me plaît. Et puis, j'ai la conviction très personnelle, que l'Art, s'il ne peut pas naître de rien, peut naître de peu. Que dans la vie tant que j'ai un bout de crayon et une feuille volante, rien n'est perdu. Je dis ça pour me rassurer, bien sûr. Il n'empêche que ça a un rôle majeur dans mon flegmatisme, cette idée grandiloquente d'artiste, ça fait que je me ballade souvent avec un bout de crayon et une feuille volante, qui finit souvent par s'envoler pour de bon. Si ça me permet rarement d'approfondir une technique (je ne garde jamais un même outil plus de quelques semaines) cela donne en revanche à mon travail une large part d'expérimentation. Je travaille avec tout ce qui me passe sous la main, et il y a mille choses à aborder. Cela ne m'ennuie pas tant que ça, j'ai toujours tendu à être pluridisciplinaire, et à mélanger autant de techniques dans mon travail que possible. C'est pourquoi savoir travailler, le dessin, l'écriture, l'édition, le son, et l'animation me tient à cœur, j'y voit un énorme potentiel de création. Ceci dit, garder un même univers esthétique est pour moi difficile, même si mes travaux se reconnaissent et se ressemblent, ils sont, j'ai l'impression, un amoncellement hétéroclite de moi-même.