BORDEL

Le bordel, je n'y peux rien, et ce matin (8h10), il est partout. C'est simple, chez moi, plus possible de marcher, le sol est tapissé : chaussures, écharpes, robes, gants, pinceaux, peintures, livres, documents, une toile et à côté, déchirée, sa housse, clopes, cendriers, un tas de feuilles posé en évidence à côté de ma machine à écrire, qui a, elle, le prestige d'être posée sur un coussin. Une certaine propreté règne tout de même dans mon appartement où on ne peut pas marcher, en effet, le bordel change régulièrement, comme qui dirait : il se renouvelle. Mes images sont embrouillées et souvent illisibles de saturation, le spectateur est agressé par une sur-information, où je me sens pourtant, moi, tout à mon aise. Je ne suis pas dupe, même si le bordel semble doté d'une vie propre, qu'il agit parfois derrière mon dos, se rétractant soudainement pour envahir à nouveau chaque centimètre de vie, au fond, je ne peux pas vivre sans, et inversement. Cependant, il y a un domaine où il n'a pas sa place : l'animation. J'ai enfin trouvé la discipline qui me permet de ne pas être bordélique, mon père, désespéré, serait enfin satisfait. Même si mon image parait fouillis, les différents calques, les temps qui séparent l'apparition et la disparition de l'image, les mouvements de la caméra, tout est pensé, sinon prévu, au moins réfléchi. La table de montage du logiciel ne laisse pas de place à la confusion, chaque élément est à sa place. J'aime le papier découpé, la matière du dessin, le style brut, l'animation faite de brique et de broc dont l'on peut aisément concevoir la fabrication. C'est ce charme que l'on retrouve chez Sebastien Laudenbach ("La jeune fille sans mains") à l'aquarelle, ou chez Bill Plympton au crayon, qui m'éloigne automatiquement d'un dessin animé en trois dimensions que notre cher studio Disney aime tant à nous présenter.

HASARD

CARTON

COLLAGE

COULER

MATIÈRE