Mouvements de matière Je travaille parfois de façon si hasardeuse que mon support, souvent du papier, se couvre à la chaîne d’images sans rapports les unes aux autres. Et quand enfin le mouvement s’apaise, c’est souvent plus question de fatigue que de satisfaction. On m’a conseillé de photographier au fur et à mesure, de manière à ce que certaines fois, se conserve d’heureuses couleurs passés. Dans l’intérêt que je porte au stop motion, cela m’a parut bien trouvé. J’ai commencé comme ça, à peindre la plus grande toile que j’ai jamais eue. J’ai peins la matière, un corps, un ciel, une mer déchaînée, une noyade. Sans chercher non plus à représenter une chose précise. Quand je photographiais mes avancées, je me suis mis à imiter les gestes amples auxquels je m’abandonnais en peignant, pour ajouter aux images un peu de l’abstrait du geste. J’imagine les ciels de Van Gogh, se déroulant à l’horizon dans un lent émerveillement. Je n’ai vu que des extrait, mais il se fait nécessaire pour moi, de voir la passion de Van Gogh. C’est de ce film jamais vu dont je n’arrête pas d’entendre parler, surtout depuis que j’ai commencé à animer mes photographies de toiles abstraites. C’est le décor d’un songe, comme je le voulais pour adapter librement, le rêve d’un homme ridicule. Dans cette nouvelle, un homme se suicide en rêve, et traverse les cieux jusqu’au soleil dont il rencontre le peuple. Un peuple sage qu’il pervertit sans le souhaiter, de sa simple présence. Ce sont des visions de fantasme que je soupçonne sans voir en lisant ce livre, suite logique que de vouloir les interpréter. J’ai voulu pour retranscrire ce mélange de douleur crue et de rêve, utiliser des technique diverses. Mais l’animation est un univers dont les contours m’échappent. Et le peu de concepts originaux que j’ai vu défiler sur l’écran n’ont cessé de repousser ce à quoi je pensais limiter la pratique. Bruce Bickford est à ce titre, l’artiste de stop motion le plus barré qui me vienne à l’esprit. C’est à lui, à Lynch et à Van Gogh que j’ai le plus pensé dans mon travail d’adaptation. L’an dernier, je m’étais essayé au stop motion sans connaître Bickford, avec une vague idée de ce qu’est cette pratique. Et devant la difficulté de l’exercice, je m’étais dit « plus jamais ». Mais en découvrant ses métamorphoses de formes, et la liberté que prend Bickford avec la matière, le goût m’est revenu d’en faire. La bande son de Zappa n’y est pas non plus indifférente. « Tout peut bouger », se déplacer et se déformer. Que se soit le fait de l’usure, ou de petites mains patientes. Je revois encore le ver blanc se balader dans le décor d’Eraserhead, et je souris. Je souris avec la même joie sincère qu’en voyant une animation de plympton, dont les transitions improbable et le sens du rythme me sidère. Ses corps se démènent dans leur environnement étrange, de toute leur masse et pensées. Ses images sont si parlantes qu’elles se suffisent à elles même. Et pendant que je suis encore à me reposer dans l’extase, je citerais the wall. Quand deux fleurs y entament une danse de séduction, chacune cherchant à dominer l’autre, il y a cette fluidité qui me fascine. Elle permet de cerner la beauté organique de leurs ondulations. C’est une mécanique curieuse qui me caresse l’œil. Quand je vois ces quelques beautés en mouvement, je me sens alors frustré de mon peu de capacité en logiciel. C’est bien cette frustration qui a motivé mon stage chez clément Combe, monteur et truquiste. Je lui ai montré quelques machins que je bricolais, notamment ma nouvelle lubie. Celle de faire bouger mes photographies. Il m’a montré comment jouer, un peu, à animer. Et en sa compagnie j’ai découvert Akemi Takeya, son installation Modell 5 notamment, où sur six panneaux sont projetés le visage d’une femme. Elle tourne les yeux, bouge légèrement la tête, sans jamais sortir du cadre. Des décalages apparaissent, s’amplifient. Surimpressions, déformations. L’image s’accélère, et sa figure se change pour le monstrueux sur des sons au rythme des mouvements. Magnifique. Je veux nourrir cette bibliothèque mouvementée, et expérimenter de nouvelles manières de faire se déplacer les matières qui me traversent. La part d’imprévisible que porte l’animation prend souvent des allures de limite infranchissable, mais c’est tenter de sans cesse repousser cette contrainte qui me plait. Qui me donne envie de faire se mouvoir bien d’autres choses.