Géométries Occultes La maison de mon enfance sera bientôt celle de quelqu’un d’autre. Et le mur du salon sera amputé de ses masques dogons. Ils finiront certainement dans des cartons au fond d’une pièce. Ces visages de bois noirs aux propriétés inconcevables. J’espère qu’ils ne seront pas trop longtemps délaissés, et que leurs figures mystiques trouveront un porteur occasionnel dans le futur. Un danseur ivre, qui pensant reconnaître les sonorités de l’Afrique, s’emplira de magie et de bière pour accomplir des pas de danses tribales. Le pourquoi m’importe peu. Ils sont là, faits de formes brutes, de motifs répétés symétriquement, témoins de croyances lointaines. Leur présence ici ne relève pourtant pas de l’étrange. La géométrie et les motifs tribaux m’ont souvent entouré. Ainsi je trouve aux deux un charme que je recherche. Kupka me vient en tête, lui qui invente et construit son art en bon père de l’abstraction. J’aime penser à lui dans mes élans d’affection géométriques et multicolores. Par sa peinture il m’apparait réaliser des incantations rigoureuses. Et ce n’est pas si étrangers des porteurs de masques Dogons dont la symétrie des masques aide les morts dans l’au-delà. C’est encore une de ces mille mythologies que j’aime. Celles de langues étranges, dont l’articulation se fait sur d’autres plans que la parole. Et tout cela, tout cela me rappelle l’ennui des salles de classe. Non pas que ces artistes me fasse chier. Non. L’ennui des salles de classe a surement été le terrain le plus fertile de l’imagination de mon adolescence. Et j’ai rarement mis autant d’ardeur à chercher la distraction que face au théorème de Pythagore. Les cercles dont on devait calculer le diamètre devenaient des visages, et mes cahiers de formules se changeaient en réseaux de personnages bizarres dialoguant avec moi de la vie comme de la fille deux rangs devant. C’est le grand détournement, pratiqué avec rigueur pendant l’ensemble de mon parcours scolaire. Et si les quelques examens que chacun passe étaient notés sur ce que l’on a réellement retiré de ces années, j’aurais pu présenter nombre de fonctions dérivées en formes d’yeux ou de bouches. Plus encore, j’aurais été à même je crois, de présenter un univers absurde, évoluant en parallèle des sciences sur la même base logique. Je fouillerais avec plaisir, mais je crois bien que tous ces vieux cahiers ont brûlés. Et j’en garde je crains, une raison attaqué par les vapeurs d’encre. Ces fumées flottent toujours dans l’air du soir, j’aspire en leur sein le désir de composer quelques langues curieuses. La première loi sera, le plaisir de me contredire, nourrit de ces folies sensées dont je me plais à faire l’éloge.