Mes merveilles

 

Mes merveilles, ou tout ce qui m’émerveille…

Un brin d’extraordinaire, un soupçon de perfection, de surprises…

Les merveilles, quelles choses admirables et étonnantes  : cette capacité à transformer sa conscience du monde,  en un réenchantement.

Dans le dictionnaire historique de la langue française et à la lettre M je trouve :

« C’est merveille »  en ancien français on le traduit par : « c’est surprenant, extraordinaire. »,

« c’est fascinant. » au sens littéraire proche du fantastique.

 

Les merveilles c’est tout ce qu’il y a de magique et d’inexplicable, le monde du surnaturel, le fantastique. Une évocation, un charme. Jeter des sorts. C’est une illusion de la réalité.

 

Les surréalistes tentent d’atteindre ce qu’il y a au-dessus du réel. Ils veulent libérer l’homme et la littérature du contrôle de la raison. Le surréalisme est un mouvement littéraire et artistique né après la Seconde Guerre mondiale. Il succède au dadaïsme.  Les surréalistes m’inspirent avec  leurs idées farfelues, les codes qu’ils veulent casser. Le surréalisme englobe tous les procédés de créations et d’expressions utilisant des forces psychiques comme l’écriture automatique, le rêve, l’inconscient… André Breton écrit à ce propos dans le manifeste des surréalistes de 1928 : « Je crois à la résolution futur de ces deux états que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue. De surréaliste si l’on peut dire ainsi. »

Quant à Frida Kahlo : « Le surréalisme est la surprise magique de trouver un lion dans un placard, là où on était sûr de trouver des chemises. » 1

Je me sens comme eux, un peu flottante, un peu glissante parfois. J’apprécie la phase de rêve, quand mes songes m’entraînent ailleurs. Comme eux, au-dessus de la réalité, au-dessus du naturel. Je voudrais que les barrières et les images s’inversent ; qu’elles donnent à voir d’autres images que celles communes à l’évocation d’un mot. Ce n’est plus une idée figée, tout est remis en cause, le monde et les sens sont perturbés, comme dans le tableau « La persistance de la mémoire » peint en 1931 par Dali, où les horloges semblent coulées. Dans notre réalité les aiguilles ne s’échappent pas, les horloges restent fixent et rigides, cloués au mur. Dali nous démontre qu’il perçoit le temps différemment visiblement quand il peint, et tout s’enfuit. Même le temps.

 

Le mot merveille n’échappera pas à l’évocation du merveilleux et tout l’imaginaire qui l’entoure.

Le merveilleux est un registre littéraire, c’est celui des contes de fées et du surnaturel. Dans les histoires merveilleuses, les fins ne sont pas toujours heureuses. Le texte peut avoir une évocation philosophique. Les contes de Voltaire sont marqués par le registre du merveilleux. Les œuvres merveilleuses échappent au réel. De nombreux film de Tim Burton tel Big fish, appartient à ce registre du merveilleux. Dans Ponyo sur la falaise ou Le monde dans le Monde de Chihiro, Myazaki nous plonge directement dans son univers peuplé de fantômes, de monstres, hantés de vieilles légendes ou le bien et le mal s’y mêlent. Les personnages principaux sont pris aux pièges et se débattent au fil des rencontres.

Contrairement au fantastique, le merveilleux place le lecteur directement dans un univers imaginaire. Je me souviens avoir lu, adolescente, et dévorée Les soeurs Grimm, de Michael Buckley. L’auteur revisite les personnages de contes traditionnels. Dans un univers merveilleux totalement loufoque, deux sœurs orphelines se retrouvent mêlées à des faits extraordinaires où Blanche-Neige est une maîtresse d’école, le chaperon rouge une méchante meurtrière et la reine de coeur aspire au pouvoir.

Les histoires merveilleuses suivent un schéma narratif précis. Le conte commence par « il était une fois » et les lieux sont une forêt ou un château, simplifiés et peu édulcorés. Les personnages sont stéréotypés. La prosopopée et la personnification contribuent à l’extraordinaire. Le merveilleux est un dépaysement, une surprise.

 

Le mien, qu’en est-il mon imaginaire ? Sur quoi repose-t-il ? Reste-t-il prostré dans une strate oubliée du temps ? Je le sens proche de la vie, à deux doigts de ce que je vis, dans une dimension parallèle infiniment proche et instable.

 

La lecture est une de mes merveilles les plus précieuses. Elle est ma source de jouvence, mes trésors d’Ali Baba. Les merveilles, ce sont les livres que je lis.

« Vous lire c’est regarder le poitrail de l’oiseau qui gonfle, vous savez cette joie atomique qui lui monte à la gorge avant de chanter. » écrit Bobin à propos d’un livre de Marceline Desbordes-Valmore.

Les mots sont aussi des Merveilles.

Peut être les plus grandes Merveilles que je considère. J'ouvre des livres, ils me happent, m'entraînent dans des histoires aux rythmes rocambolesques. Et mes yeux cueillent les mots précieux. Les mots vénérables, ceux qui m'interpellent. Comme dans un roman de Yasmina Khadra au fil d’une description, j’ai buté sur le mot « adiposité ». J'ai souvent rêvé de le placer dans une phrase. Il m'attend assis sur son trône. Il est sur le bout de ma langue, impossible de retrouver les pages. C'était une description si juste. Quand enfin j’arriverais à le placer, la phrase coulera de source, il se métamorphosera, se glissera dans son habit royal. Et n'en sera que plus précieux d'être si confortablement assis.

 

Je me sais émerveillée. J’ai l’émerveillement facile. Le monde me donne de nombreuses occasions de le redécouvrir. Comme une première fois. Chaque chose se ré-enchante, m’appelle, s’illumine. Des petites lucioles m’attrapent par les cils. Elles me susurrent de regarder derrière moi, devant, autour, dessous. De nouvelles sensations, de nouveaux éblouissements. Mêlées à mon émerveillement et à ma découverte du monde, il y a l’espoir bien enfoui, bien caché, de tomber sur une perle rare qui saura réveiller mon regard. La lumière du phare au loin m’indique le chemin vers une idée, une pensée créatrice. Dans mon émerveillement, les échelles s’inversent, se distordent. Tout s’étire, s’allonge et s’agrandit.

Je bondis. Le temps est suspendu lorsqu’enfin je tombe sur la prémisse d’une merveille dans tous les graviers de la mine. Elle devient mienne, je me l’approprie. C’est elle le début, le lien de mes idées. C’est elle le commencement de mes merveilles. Je les tiens dans mes mains, ils se figent dans mes yeux. Ce sont mes merveilles, mes instants.

 

Avec l’émerveillement, le monde devient grandiose, c’est un monde de curiosité et du surnaturel.

Et je voudrais le prolonger cet émerveillement, dans la magie des mots, des traits et des couleurs.

La magie, je l’apprécie comme les mots instantanés, dans tout ce qu’il y a d’inexpliqué.

Ce moment d’émerveillement est celui de la chute aussi, quand cette phase cesse. Il y a la retombée, le monde reprend visage et corps. Les repères se reconstruisent. La terre a de nouveau une consistance. Ce monde est encore plus vaste qu’avant, encore plus grand.

 

Mon chemin est là, sûrement. Dans ma capacité à modifier ma conscience du monde. Celle de m’émerveiller quotidiennement. Je croque dans mes carnets, les bouts de paysages. Je les dessine pour garder un peu de ces instants de merveilles en vie. J’aime ramasser des anecdotes, cueillir des phrases qui  traîneraient. J’ai fait, à l’occasion d’une exposition à la Galerie du Bailly, une courte bande dessinée « Les Turbules » sur ces moments où la maladresse devient charmante et drôle. J’aime broder, assembler et créer des motifs en tissus. Pour Bocal-bancal, une soirée musicale et plus particulièrement un défilé en costume, j’ai brodé deux masques, deux créatures mi-aztèque, mi-africaine, sorties tout droit des bocaux de mon imagination.

 

Je l’avoue, il y a de nombreux jours, sans merveilles, sans les grands yeux écarquillés.

Bobin est un grand émerveillé, de la vie qui l’entoure, qu’il nomme si bien «La Grande vie ».

Il dit tirer ses poèmes et ses phrases de tout ce que la nature lui souffle.

« Campé comme un idiot sous le vieux cerisier, regardant la pluie suspendue des fleurs en extase, admirant leurs têtes hilares de sacrifier, je reçois une leçon de courage. »3

 

L’art, la nature et les passions exercent une influence vive sur l’univers du magique.

« L’art pur c’est créer une magie suggestive »4 dit Baudelaire.

Les artistes sont tous des magiciens pour moi. Ils créent un objet, une œuvre, un concept, une idée. Ils donnent naissance à un rêve. Dans mes carnets, mes dessins, j’incarne mes rêves, les couleurs que je vois.

La magie est là. Je donne corps à la nature, une couleur, une courbe, voilà une montagne, sur lequel navigue un éclat de soleil. Les montagnes bougent la tête. Comme dans l’œuvre « Apparition d'un visage et d'un compotier sur une plage » (1938), de Salvador Dali, où la montagne a un visage difforme, un menton de sable et des yeux en pots allongés. J’aime créer, apporter un souffle de vie, faire danser des petits bonhommes sur des cailloux argentés. Apporter une essence par une légère touche de couleur. Concrétiser une émotion, une ambiance.

Les formes rondes ondulées comme des cœurs, qui se cabrent et s’arrondissent. Que les collines ondulent et les arbres se meuvent, la nature prend corps sous les doigts. Je m’émerveille de cette feuille grise qui vient de s’habiller d’arbre d’or, en feu sous les crayons de couleur. C’est mon moyen de prolonger l’enchantement, de créer un petit peu d’émerveillement. Les illustrateurs sont les marionnettistes du merveilleux, ils habillent et caractérisent les personnages, ils prennent des formes incongrues, deviennent humaines ou pommes de terres au fil des mots de l’auteur. Les personnages de Rebecca Dautremer sortent tout droit de la grande porte du merveilleux, ils sont intrigants et atypiques, avec des grands nez, bossus, trapus ou longilignes…Comme ceux de Xavière Devos, ils m’enchantent, ils séduisent, comme des petits bonds de couleurs vers mes yeux.

 

Et au fur et à mesure de mes ébauches de textes sont venus en petits champignons opportun, des évidences. J'aime faire parler les choses, leur donner un corps et un esprit, une vie et un souffle. Cette nature qui nous entoure n'est pas seulement merveille. Elle est merveille car vivante, elle ne meurt pas, elle se déguise, s'habille, de ses plus beaux ou plus laids atouts selon les jours, les saisons et les rayons qui la bercent.

Je voudrais m'y fondre souvent, ne plus être seulement que contemplatrice mais actrice de cette magie qui m'échappe. Elle m'échappera toujours, je le sais. Je les personnifie pour qu'ils me guident et m'éclairent. Pour que ces êtres sans voix deviennent mes amis. Pour m'approprier ce semblant de magie. Pour en être un peu aussi, de ces créateurs de merveilles. Faire des ponts vers les yeux inconnus, enfants ou adultes, vers mes univers. Imbriquer, superposer, mots et dessins, noyer les couleurs.

 

1 Lettres 1922-1954 de Frida Kahlo.

2 Bobin dans « La Grande Vie », p.12.

3 p.35  dans  « La Grande Vie ».

4 Baudelaire dans «  Œuvres complètes de Charles Baudelaire III » en 1885.

 

 

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