Espoir

 

J’aime te délecter, que tu sonnes bien dans la bouche.

Pourtant on te marche dessus, on te saccage à coup de matraques, de crachats.

On te brûle. On te déracine.

On te hache. On te scie.

On te broie. On t’enterre.

On te noie.

Je m’excuse, je m’en veux de leur ressembler.

Devant l’annonce de la mort, le découragement du quotidien. Je t’ai délaissé.

La grisaille dans le cœur et le corps, les jours trop longs sans l’apparition du bout de son nez.

Je ne croyais plus en toi, pauvre fleur fanée. Je t’ai récupéré un jour de brume. Dans mes doigts mouillés, je t’ai mis dans un vase.

Au bord de la fenêtre, mon espoir attend le soleil.

 

Magie

 

Je me rêve jeteuse de sort et faiseuse de mots magiques. Créer des rêves tout chauds, tout beaux.

De ma robe longue aux reflets carmin, je balaierais le voile des doutes, pour prédire juste ce qu’il faut du soupçon de mystères dont les humains regorgent. Je volerais en équilibre sur la cime des sapins, et mes doigts seraient capables de sentir le moindre des frissons. Je me veux ensorceleuse, diablesse. Toute en sensualité et mystère, juste ce qu’il faut de sorcière. J’aurais des potions entassées dans un laboratoire infini de fleurs séchées, des talismans au cou. Je me glisserais avec agilité dans la peau d’une humaine ou d’un chat moucheté. Je réciterais des incantations capables de créer un feu d’artifice ou transformer un château en ruines en montgolfière.

Je serais Déesse ou bienfaitrice, incarnation du feu. Et dans ma chevelure courront les flammes. Au bout de mes doigts jaillira toute la colère des femmes, de celles que l’on soumet, que l’on oblige et abuse, de celles que l’on retient prisonnière, de celles qui ne peuvent pas parler, car on les croit dangereuses et sorcières. Alors, éclatera dans le grondement de la terre, le murmure des enfers. Et guidé par le souffle de toutes les mères et de toutes les sœurs, un ouragan fera peut-être secouer un peu les mœurs de la Terre.

 

 

Surréalisme

 

Lessiver des essuies-glaces

Promener des vitres

Masser un panneau stop

Tondre des ésperluettes

Saupoudrer des agrafes

Peigner des fougères

Grignoter un saxophone

 

 

Une porte sur l’univers

 

En haut des grands escaliers de bois, ceux qui craquent toujours même si on a la taille d’une souris, se trouvent une porte. Une petite porte verte toute simple, un peu usée. Elle ne l’a jamais ouverte, pourtant elle en meurt d’envie, la petite fille aux nattes blondes. Elle monte prudemment, sursautant à chaque craquement. Si elle se faisait repérer ? Que diraient ses parents ? Son coeur bat très vite. Elle ne saurait dire pourquoi, mais elle a conscience de faire une chose interdite.

Elle arrive enfin tout en haut, la main sur le bois. Elle sourit ravie, trop facile ! Avec appréhension elle tourne la poignée avec une infinie lenteur, comme s’il y avait quelqu’un de l’autre côté qu’elle aurait pu réveiller. Avec cette même lenteur, elle ouvre la porte verte, qui grince dans un mugissement tout doux, tout triste. La fillette à la robe framboise ferme les yeux. Elle n’ose pas encore. Et s’ils s’y cachaient des monstres derrière ? Elle ouvre délicatement ses yeux verts.

 

Devant ses pieds nus et agiles, se tient une verrière aux arbres plus grands qu’elle ne saurait l’imaginer. Il y a des fleurs si pures et si éclatantes qu’elle doit bientôt plisser les paupières. La fillette s’agite, bondit. Un autre monde s’est ouvert. Elle goûte des couleurs et des odeurs inconnues, une nouvelle palette de saveur. Partout grouille la vie sous ce toit de verre et de soleil. Des insectes, créatures extraordinaire, sorties des contes les plus merveilleux, aux couleurs flamboyantes se dandinent. Les papillons et les abeilles jouent de leur antennes. Les créatures minuscules semblent les gardiens de ces lieux.

Un sourire plus large que sa figure ronde elle ferme les yeux et savoure ce torrent de bruits nouveaux. Elle monte dans un arbre très haut. Elle n’a plus peur de tomber, le charme des lieux l’enveloppe tout entier.

 

-Eh ! Flammell ! retentit plus bas la voix bien connue de son grand-père. Sais-tu où tu es ici ma chérie ? Il la cueille doucement sur sa branche. Tu étais montée sur un de mes arbres sacrés, un Adansonia digitata. Tu as pénétré dans ma serre, c’est une verrière magique issues du fruits de mes voyages où je prends soin de chaque plante quotidiennement. Tu pourras venir ici avec moi une fois par jour, seulement il ne faut pas les déranger trop longtemps, tu sais. Les arbres et les fleurs ont besoin de leur intimité, ils craignent d’être démasqués si nous nous attardons. Je sens que tu as déjà deviné leur secret. Prends garde à ne le révéler à personne. Il n’y a plus que quelques lieux où la magie existent encore.

 

Elle acquiesce de l’air grave des choses importantes la bouche close. Elle n’a pas besoin de parler, les yeux scintillent encore.

 

 

 

Un corps à la nature

 

Vous n’avez pas entendu ?

Elle tressaille un instant

Sans encombrement

Je grimpe sur le dos

De la géante blanche

Où coule le long de ses flancs

La neige fraîche

Habillée d’un manteau de fourrure

Et de ces arbres immenses

Je m’y fonds,

Dans les replis et les creux, je m’enfonce

Le sommet est loin

l’air pur m’avale

Je suis ici et nulle part

De sa grandeur

Elle pourfend le bleu si vif du ciel

Mon regard ne peut soutenir

Sa luminosité

Et chaque pas plus lourd, elle craque

C’est la mélodie de son rire

Sous les chatouilles de mes pieds minuscules

Dans ces hauteurs lointaines et reculées,

Petit recoin d’inaccessible

Garder en soi le bonheur invisible

Terrible secret de l’instant

Là où l’homme n’a pas encore une dizaine de maisons installées

Je me roule contre le silence de son cœur

La sagesse de ses rides

Elle sait

Mon souffle qui peine

À gravir son échine

Un vent froid souffle

Elle me porte et me relève.

Les cascades ricochent

Et les oiseaux s’époumonent

Par-dessus leurs chants

Je l’entends

L’âme de la montagne

Je la sens

À son sommet je l’embrasse

 

 

Lire

 

J’ai jeté le livre loin de moi. Pour qu’il arrête de m’étouffer, de me happer.

Seulement trois minutes plus tard, j’ai rouvert des yeux lucides devant la violence de mon acte. Les phrases m’ont prises au piège, me soustraient du réel. Il m’a fallu beaucoup de forces pour contrer l’assaut de ces mots. Je l’ai ramassé entre le tuyau et l’armoire, pauvre livre abîmé. Doucement, comme un objet maléfique et précieux je l’ai posé sur mon bureau, là où il ne pouvait m’atteindre. Je le reprendrais plus tard, lorsque la réalité de la vie se fera moins pressante.

 

On ne jette pas les livres par terre.

 

J’ai pleuré sur les lignes du livre. J’ai pleuré, car Madame Michel est morte ce matin sans prévenir.

Je serrais ma tasse de thé très fermement. Les larmes sont sorties seules, sans demander la clé. Je lisais aussi frénétiquement que je pleurais, par saccade, sans respirer.

Et quand les phrases eurent finis de se dérouler si sublime sur les pages, je levais la tête au bord de la falaise. C’était une grande douleur baignant dans des mots si merveilleux.

Un de ces un instants de grâce où les mots atteignent l’Absolue de notre réalité. Dans le convoi mortuaire qu’ils amenaient, ils me portaient vers la vie avec solidité, sans faillir. Merci Muriel Barbery, de me rappeler que je suis vivante et que je ressens.

 

On ne noie pas les mots non plus.

 

Le monde grandiose

 

Ils rêvaient d’un édifice sans barreaux, sans barrières

D’attraper le soleil et de capturer les étoiles

Ils rêvaient bien trop grands pour des ailes si petites

Et dans leurs nids, le désir fit gonfler l’appétit.

Ils rêvaient et leur oisillon s’en est partis

Conquérir le monde, avant qu’il ne l’ai englouti

Il fait partie de ceux qui osent

Découvrir l’autre monde grandiose

Ses proches les pleurent et l’envie

Ils se meurent dans leur pays

Il rêvait et c’est mieux ainsi

Sa nouvelle vie est remplie de faims et de gris

De sa fenêtre il se rappelle le nid et les fleurs

Dans sa tête les rêves sont encore en couleurs.

 

Par la fenêtre

Je dévore le bleu du ciel

Je voudrais le modeler,

De mes mains

Qu’il danse

Sous mes pieds.

À l’ombre de ma chambre

Je rêve

De sentir le soleil glisser sur ma peau

Juste en face il me nargue

Á réchauffer les tuiles inertes.

Je ferme les yeux

Très fort

Pour que l’imagination soit plus grande que la réalité

Je rêve d’horizon plat et de mer calme,

De poissons argentés

De dunes chaudes

Où mes doigts s’enfonceront à s’y pâmer.

Je rêve d’embruns fouettant le visage

D’air piquant mordant les joues roses,

Pendant que mes yeux se perdent toujours

Dans la profondeur du bleu

Une tête bouclée rouge

Est venu se faufiler entres mes bras

De son grand corps, il me réchauffe

Je me laisse bercer

Moi aussi, je sens le soleil

 

 

Innocence des yeux et du cœur

 

Du blanc partout du blanc. Et du gris. J’avance. Les muscles tirés et lourds, le dos courbé sous le sac. Je sue.

Je ne sens plus mes pieds qui voudraient sortir du brouillard à toute hâte. Comme une lente procession, j’arrive dans la forêt de pins sombres. Mes pupilles agrandies traquent les faibles lueurs. Je débouche de cette pénombre, sur un sommet aride. Le bleu m’appelle, attraction déconcertante. La tête courbée sur mes pieds qui trébuchent contre les pierres coupantes.

Après une lente ascension et quelques pierres dégringolantes, je pose mon lourd fardeau sur une vaste prairie dans un souffle. L’air frais emplit mes poumons novice de l’Altitude. Je ne remarque pas tout de suite les milliers de boutons d’or. Enfin, je lève ma tête endolorie. Mes yeux fatigués attrapent les taches de couleurs. Des papillons par dizaine s’envolent sous le poids de mon corps qui s’écrase contre l’herbe grasse de début d’été.

J’éclate d’un rire sonore. Et tout se déploie. Les formes de vie sortent de leur cachette.

Ce sont des milliers de boutons d’or et de pâquerettes, des bleuets, des fleurs sauvages. Mon corps ivre de ces merveilles, roule. Il roule pour se mêler un peu mieux à ces trésors de la nature, pour sentir un peu plus l’herbe et les fleurs sauvages. Il tangue contre les trous de marmotte, entre les sifflements. Un vautour plane en haut, et ma tête dodelinant tourne encore. Et là, dans un recoin de la terre, dans un trou de verdure et de bouton d’or, allongée sur le dos devant le ciel et la beauté immense ; je sens la vérité consternante. Au creux d’une once des merveilles de la terre, elle me frappe.

La vraie vie est là, dans les instants de clarté.

Lorsque l’on s’aperçoit que notre existence fait partie d’un tout, sans bien en comprendre le sens. Notre vie a au moins une petite place quelque part dans les maillons emmêlés du monde.

La vrai vie, vois-tu, me souffle la montagne si grande, c’est ce que tout ce que tu t’appropries, tout ce que tu en dis.

 

 

 

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