Émotion

 

Tristesse toi qui m’étreins

laisse place à ma mélancolie

J’ai regardé l’arbre

Il ne semble pas vieillir

Mais moi petite chose qui vais mourir

Dans ma robe de spleen

Il ne me reste plus qu’à courir

Et le vent hurle

Sans douleur

Colère et noirceur au creux de mon cœur

Je ne sais qu’en faire,

à part les jeter à la mer

Je te donne tout, mon sel, mon âme, mon feu

Emporte-moi loin.

De celui qui m’éteint

L’amour a fait couler le bonheur sous les ponts

Il débordait de sa vieille tasse

Il suffisait de boire un peu

J’ai avalé,

Toutes mes émotions

Les mâcher pour mieux les comprendre

J’ai craché

Il restait encore

Des miettes d’amour pour toi

 

Les paysages

 

 

Il m’a planté là.

Je n’ai pas fait exprès pourtant. De tomber. Ce n’est pas bien seulement, il faut se relever et s’en aller vite. Sinon je pourrais rester toute la vie, devant lui. Il est tellement beau, tellement grand. Vous n’avez pas vu, comme il me tient si bien dans ses bras ?

Il m’engloutit tout entière, de son éclat, et moi dans son noyau je suis sa prunelle, il me l’a chanté. Il parle si bien, je vous jure. Et ces cheveux si longs, dorés, comme les blés de l’été. Je ne peux l’oublier. Il a semé dans mes yeux des lumières nouvelles. Je n’aurais pas pu croire réel le spectacle si neuf de son corps nu, de ses muscles de montagnes saillantes. Je l’ai touché doucement. Je n’osais pas et puis ça m’a pris d’un coup, cette l’envie de le peindre. Et ses yeux si verts, si purs, comme les abîmes de ces forêts profondes. Je suis prisonnière de ses yeux. Et le nez saillant de son visage fin. Il m’impressionne.

 

J’en suis tombée amoureuse, de ce paysage.

 

 

Couleur

 

Je me suis réveillée ce matin. J’ai ouvert les volets. Tout de suite quelque chose clochait dans le ciel. Je ne savais pas quoi. Me serais-je habituée ? Aurais-je oublié ?

Pourtant mon malaise grandissait. Dans la rue si morne même les oiseaux faisaient la tête. Plus aucun son. Les maisons semblent vides, ou habitées par des gens muets aux regards malheureux.

La rivière coulait toujours, pourtant. Bien pleine, de sa fureur tranquille, transportant continuellement les déchets et les bouts de bois morts.

J’ai froncé le nez. Les arbres n’avaient plus d’odeurs, leurs troncs sonnaient creux et vides. Le béton trempé, les affiches mouillées.

Qui donc avait gobé la vie ? Car c’est bien cela qu’il manquait, la vie partout qui se répandait.

Il faisait tout noir, tout terne, tout gris.

Il manquait des saveurs. Où étaient les couleurs ?

 

 

Violet

Au sortir des veines et vers le chemin du coeur

Bleu

Tranquille et douce je me perds dans ses yeux

Vert

Enivrant de la tête au pied des forêts

Brun

Le sol et la terre sur mes doigts

Orange

Entres les seins de la déesse

Jaune

Soleil berce les têtes d’or

Rose

Aux joues et au bout de son nez

Rouge

Je l’aime et le serre sur ma peau

 

 

Travers-ée

 

Tra-versée

 

Traversée

 

Il pagaie

Dans les remous,

Il vient de passer les rigoles des idées

Il se sait en danger

La cascade puis la chute

Toute proche, qui sait ?

Parti de la hutte

De la sensation,

Il pagaie

Il ne sait

Encore

Quel sera son sort

Deux embranchements

L’hésitation est un guet-apens

La noyade assurée

Il se jette bien abîmé

À droite

Dans la rivière pleine d’obstacles

Les arbres morts de l'incertitude

Il esquive

Belle adresse

Voilà les rapides

Maladresse !

Il se cogne, sa rame broyée

Il ne lui reste plus qu’a plongé

Déjà l’immense cascade

Où bruisse la création

Dans un plouf sonore

Il en sort

Tout neuf et tout changé

Là voilà mon idée

 

 

Engagements

 

Au secours ! Je m’échappe sur les routes. Car la terre a sonné l’ordre du départ. Elle se fissure. Je savais les blessures.

J’ai essayé, mais je ne l’ai pas assez écouté. Sa détresse. Si je colle mon oreille contre son sol, je sens vibrer les éclats de bombes dans le ciel. J’entends ses pleurs qui fondent au creux de son ventre, car ses enfants se meurent. Ils tuent ceux qui fuient, ils massacrent ceux qui restent, ils se détruisent et l’abîme en continuant leur vie bien tranquille et polluante. Elle avait prévenu, déjà plusieurs fois, que ça n’allait pas bien, que ça n’irait pas mieux. Quelques-uns « des illuminés » ont tenté de prévenir, de se soustraire au système de consommation. Mal vus, mal regardés.

D’autres s’échappaient par centaines sur des bouées, par milliers, loin des terres de dangers. Ils les ont repoussés à l’eau. C’est plus pratique des noyés. Il y a moins de gens à dorloter, à donner la becquée.

Son Nord et son Sud se disputaient. Ils se chamaillaient gentiment. Jusqu’à tout bousculer, tout inverser. Des guerres dans le sud, des attentats dans le nord, et ça dégouline partout, dans les plis de la terre, au coin des paupières, le sang des humains et des animaux. Et les brûlures des arbres qui crient de douleur, les cheveux si soyeux de la planète en cendres. Ils hurlent, mais personne ne les entends dans ses forêts de fumée.

 

Le cœur de la terre fond, sa banquise se disloque, la mer s’étend. Il y a trop de ravages alors elle tempête, elle tempête une dernière fois. Dans son souffle, elle fait craquer sa peau et s’ouvrir ses entrailles, pour avaler toute cette misère, faire cesser ces guerres. Et peut-être enfin, réveiller les hommes.

 

 

S’inspirer du quotidien

 

Dans les assiettes

Dans les miettes

Au creux de son coude

Et la lumière sur l’eau

Dans le rire trop fort d’une amie

La mélancolie de Paris

Le balancement du bus

Les tressaillements du corps

Les peurs qui froncent les sourcils

Dans les bras doucereux

Et les phrases inavouées

Les pieds ensablés

Dans les éclats de tendresse

Et les gouttes d’eau

Dans le sourire de ma sœur

Et les battements de son cœur

J’ai tout pris

Comme la voleuse que je suis

J’ai puisé dans mes jours et dans mes nuits

Les grands et petits bruits de la vie

J’ai rempli des pages de plein de mots brouillons

J’ai décoré des bouts de phrases tourbillons

En guirlandes d’idées

D’où jaillissent des images, en papillotes colorées

 

 

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