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SOUVENIRS/NOSTALGIE Mes récits sont narratifs et mettent en scène deux personnages le plus souvent. Ils ont des liens familiaux, amoureux ou amicaux. Dans ma vie de tous les jours, le temps qui passe est une obsession. Voir les gens que j’aime autour de moi, vieillir, s’abimer et s’éloigner des instants devenant souvenirs me rend triste. Et je ressens le besoin de l’exprimer. Pour le représenter, j’utilise le plus souvent le noir et blanc. Et plus particulièrement la mine de plomb ; un outil que je trouve doux et brut à la fois, qui laisse beaucoup de possibilité d’effets et de matière. Je sais rarement où je vais lorsque je commence un projet. Je me lance un peu dans le vide et invente sans connaitre la fin et sans être persuadée du début. Un peu comme lorsque j’entame une ballade et que je ne connais ni sa durée ni son but et que je glane des images un peu partout pour alimenter les pensées qui me traversent l’esprit. Dans un travail d’édition j’ai écrit un texte parlant de la déambulation d’une femme le long d’une rivière. Elle a vieillit et se rappelle, en observant la nature, des souvenirs lorsqu’elle empruntait le même chemin avec ses enfants. En arrivant à un point précis, un « endroit où elle aimait se baigner » en famille. On comprend que son fils s’est noyé ici. Elle n’en a pas fait le deuil et va s’y baigner seule pour le retrouver un temps. Rebecka Tollens m’a beaucoup inspiré pour ce travail. Elle illustre le souvenir de ses rêves, et travaille exclusivement en noir et blanc, à la mine de plomb. Ses personnages sont mystiques et son univers d’une étrangeté inquiétante. Elle a un monde bien à elle et c’est surtout la façon dont elle traite ses personnages que je trouve fascinante. Le blanc de réserve est très présent et laisse place également à l’imagination de celui qui regarde. Quand je conçois un projet, lorsque je dessine ou bien que j’écris, des sons apparaissent : le bruit du vent ou celui des feuilles, ou bien une musique douce. Je me téléporte dans les lieux que j’imagine en y apportant des éléments familiers, des morceaux d’ici et là que je connais afin de ne pas me perdre à mon tour. J’allie le souvenir à la nostalgie automatiquement. Le souvenir peut me rendre heureuse mais je l’assimile souvent à de la mélancolie. Plus le temps passe plus les souvenirs s’effacent et on arrive presque à oublier des sensations qu’on a pu vivre. Il m’arrive d’être nostalgique de périodes que je n’ai pas vécues. J’ai voulu illustrer un poème de Jaques Prévert « Le déjeuner du matin », c’est une scène de petit déjeuner, qui décrit une ambiance pesante de deux amis qui boivent leur café en silence sans même se regarder. J’ai aperçu la encore la notion de nostalgie. Pour moi ces deux personnages étaient amis, ou amoureux et ne le sont plus parce que quelque chose de grave a l’air de s’être produit. J’ai alors illustré ce texte, ces non-dit, ce silence, à l’encre de chine de façon abstraite. J’ai pris beaucoup de plaisir à représenter un sentiment par une seule tache d’encre, je trouve que l’abstrait peut être figuratif dans un sens où on peut trouver à la forme la signification que l’on veut, et la forme représente toujours quelque chose qu’on connait. En animation j’aimerais beaucoup travailler sur ce thème qui je pourrais je pense prendre encore plus d’ampleur. La musique ou le mouvement accompagnerais mes dessins et développerait probablement une autre forme d’émotion. « La maison des petits cubes » de Kunio Kato est une animation que j’ai découvert récemment qui parle d’un grand père revisitant sa maison à travers les époques de sa vie et les étapes qu’il a franchi. En fond sonore une musique douce, m’a emplie d’émotions. Pour ce deuxième semestre j’aimerais beaucoup adapter le poème de Peter Handke, Chanson sur l’enfance. Qui apparait dans les ailes du désir de Wim Wenders. C’est un texte riche qui s’inscrit dans la continuité de cette réflexion. Je le trouve assez complexe et étant donné que j’ai adoré ce film, il me tient à cœur d’entreprendre ce projet. Mon enfance reste ma plus grande nostalgie et c’est un sujet dont j’ai envie de parler.