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RYTHME.

Ecriture, poésie.

 

 

Selon le Robert illustré 2015 le mot rythme est un nom masculin venant du latin rhythmus empreint lui-même du grec rhuthmos.

Rhuthmos venant de rhein signifiant couler.

Il est amusant de voir que lorsque l’on entend le mot rythme on pense directement, en tout cas c’est mon cas, à quelque chose de saccadé, d’entre-coupé, alors qu’à l’origine, le mot évoque un sentiment contraire : celui d’un écoulement sans interruption, sans fissures sinon celles des mouvements des vagues produites par les courants.

Une des premières définitions données nous explique que le rythme est un retour à intervalles réguliers d’un repère constant avec une alternance de temps forts et de temps faibles.

Une définition à la fois biologique (les cycles chez les êtres vivants la nature etc.), musicale, relative au langage, particulièrement à la poésie et bien d’autres.

Cette relation du rythme, de la composition saccadée, et de l’écoulement n’est pas si controversée que ce que j’ai pu penser au départ. En effet quand j’écris je fais attention au rythme, au temps de chaque mot, au nombre de syllabes et aux silences formés par la ponctuation et les retours à la ligne. Cela pourrait laisser penser que ce côté découpé se retrouverai automatiquement dans la lecture. Cependant il est vrai qu’à chaque fois que j’ai lu mes textes à voix haute on m’a dit qu’au contraire les auditeurs se perdaient dans l’écoulement des sons.

Ce rythme qui venait les bercer, leur faisait perdre le sens de mes paroles.

Nous pouvons noter que rhein a aussi donné le mot rime selon le Robert illustré 2015, ce qui n’est pas anodin bien que j’utilise également et plus souvent la prose dans mes écrits.

Ces rythmes qui bercent ont été souvent le problème menant mes lecteurs à se perdre dans mes écrits et ce même si le texte n’était pas lu à voix haute.

On m’a souvent dit dans le corpus 1 que mes textes n’étaient pas assez analytiques alors que j’essayais, dans la plupart du temps, de rendre compte des intentions des artistes.

Cependant même si je pensais que, dans le fond, j’avais bien dit ce que j’avais compris de l’œuvre, la forme prenait toujours le dessus.

La forme peut pourtant évidemment être un outil pour faire ressentir le fond du texte, ce qu’on veut faire parvenir au lecteur, c’est encore quelque chose que je dois travailler car généralement j’écris un peu comme les mots me viennent dans leur musicalité. Cela pourrait expliquer cette forme qui prend le dessus même si je fais quand même attention au sens de mon texte.

Ainsi, par exemple, je relis toujours à voix haute plusieurs fois mes textes pour vérifier que les temps (au sens rhythmique du terme) sont bons et du même coup si ce que j’exprime est compréhensible.

Je pense qu’avec Peau j’ai bien réussi à faire cela d’autant plus que dans ce travail mes vérifications étaient multipliées étant donné que j’ai taper l’ensemble du texte à la machine à écrire.

Je n’avais jamais utilisé ce genre d’instrument donc j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois et en plus de cela la machine elle-même offrait une sonorité et un rythme nouveau lorsque je réécrivais.

Certains m’ont dit que j’aurai pu me filmer lors de cette étape mais j’ai pensé que ce n’était pas forcément intéressant puisqu’en soit j’écrivais simplement à la machine comme tant d’autres personnes écrivent à la machine.

Après nous pouvons toujours travailler sur une action qui ne nous est pas forcément exclusive surtout que dans ce cas précis il s’agissait d’une découverte. Cela aurait pu être intéressant mais ce n’était pas mon objectif principal aussi ne me suis-je pas penchée sérieusement dessus à ce moment-là.

On me disait que quand j’écrivais ma gestuelle était assez semblable à une personne jouant du piano.

C’est vrai que je suis plutôt expressive dans le corps et que j’ai fait un peu de piano. Cela doit se retrouver dans ma façon de taper à la machine. Peut-être que cela pourrait être une piste pour un prochain travail mais pour l’instant je n’ai pas réfléchi à cela.

J’essayais de retranscrire le sens des mots et le rythme avec lequel nous pouvions les lire également au niveau visuel en tapant chaque texte d’une façon particulière.

En faisant des superpositions quand le texte évoquait un sentiment de confusion, en retapant plusieurs fois chaque lettre d’un mot pour imprimer à outrance et évoquer une force ou encore en ajoutant des lettres pour rallonger le mot à l’oral etc.

J’ai découvert un artiste qui fait lui aussi ce genre de travail à la machine à écrire et qui semble utiliser ces principes là également. Il s’agit de Heinz Gappmayr.

Déjà lors de la première édition, où j’avais dû mettre en page Alphabet de Inger Christensen, j’avais pris le parti de faire ressentir le texte et le rythme qu’il avait à mon oreille par la typographie elle-même en agrandissant, en multipliant, en encadrant ou encore en gardant un seul mot, petit, isolé, dans une grande double page etc. Bien que cette fois-ci des images venaient jouer avec le texte en plus de cela.

L’écriture, pour moi, avait déjà cette fonction d’image et d’indication auditive et significative pour le lecteur.

Pour moi le rythme n’est pas qu’une question de sonorité, il se retrouve aussi dans le silence, le calme, le texte écrit donc et les images.

Images dessinées : comme dans le cahier du jours que nous avions en première année (j’y dessinais selon les musiques que j’avais dans la tête) ou encore le carnet de Wimereux où il y a beaucoup d’espace de silence, d’espace vides.

Pour moi le silence fait partie du rythme et c’est pour cela que dans mes travaux dessinés, filmiques ou même typographique (dans le dernier workshop avec le collectif Impression à Froid) je privilégie souvent de grandes zones de silence.

 Mais il y a aussi les images du monde qui nous entoure : l’oiseau qui va sur la branche juste au moment où l’on lève la tête,

Le vent qui s’infiltre dans les branches etc.

C’est ainsi que dans ma vidéo Prendre l’air, résultat de l’exercice donné sur le sujet de « l’homme invisible », j’ai travaillé, en quelques sortes, sur les dissonances, ce qui brise la mélodie tranquille d’un quotidien :

La veste qui tombe de la penderie, la bibliothèque qui s’écroule, la porte qui s’ouvre toute seule.

Je me suis aidé d’un métronome pour placer les plans, je voulais essayer de mettre ces perturbations au moment des temps forts.

Je l’ai d’ailleurs laissé au montage pour rendre compte de cette musicalité du quotidien.

J’ai laissé également autant de temps au transitions noires qu’aux plans, ces transitions noires étant comme des silences visuels.

 Il me semble toujours important de leur laisser le temps de vivre.

Cela jouait aussi dans la sensation d’étrangeté produite par ces objets qui décident d’entrer en action d’eux-mêmes et ce alors que rien ne l’indique.

 

Selon le Robert culturel de la langue française 2005 écrit sous la direction d’Alain Rey, les « artistes » sont « à l’écoute de l’épaisseur sensible du monde comme de [leur] propre corps ».

Il est dit que « tout est objet auditif, rythmique, musical. Donnée pour lui [l’artiste] immédiate de la perception, le rythme peuple l’univers environnant, le don d’une profondeur et d’un sens « poétique ». Il est [le rythme], à ce titre, une donnée du sensible, un mode d’appréhension et de structuration temporelle propre à toute perception. »

Le Robert illustré 2015, quant-à-lui, site Le Clézio : « Tout est rythme. Comprendre la beauté, c’est parvenir à faire coïncider son rythme propre avec celui de la nature. »

Je pense pouvoir me reconnaître dans cette perception du rythme dans la vie en générale. De ce comment aborder le monde et la beauté de celui-ci.

Sa poésie inhérente qu’il suffit de remanier légèrement pour qu’elle soit plus explicitement mise en valeur.

J’essaye toujours de rendre compte de ce rythme dans mes travaux.

C’est ainsi que la typographie animée, réalisée avec Laureline Othenin-Girard, a été faite une première fois sans son puis adaptée à la musique de Materie partie III de Louis Andriessen.

Même si l’animation avait été réalisée au préalable le rythme des mouvements été travaillé dès le départ et il n’y a pas eu à faire grand-chose pour que la musique s’adapte à la composition.

Enfin, si le rythme est inhérent au langage, à l’écriture, à la poésie, à la vidéo et à l’environnement même : il est aussi quelque chose de très gestuelle qui se retrouve dans le corps.

Cela se traduit donc dans beaucoup dans mes travaux puisque le corps est un de mes outils principaux. Je pense que cela est d’autant plus perceptible lorsque j’assimile un langage.

Le langage C++ de mon petit ami qui se découpe sur mon ventre en respectant un même temps pour chacun des signes et pour chaque noir (traduisant un retour à la ligne).

Ou il y a encore mon travail sur le Braille que j’essaye d’assimiler par le biais de mon corps en répétant sans cesse la description des différents poinçons et en les mimant dans l’air ou sur ma chair, toujours avec une certaine régularité au niveau du geste et de la parole.

 

 

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