FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

 

 

Forêt :

Vaste étendue de terrain couverte d’arbres ou ensemble de ces mêmes arbres couvrant cette étendue.

Dans le

Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier

et d’Alain Gheerbrant publié chez Robert Laffont dans la collection Bouquins en 2004 il est dit que

« dans diverses régions, notamment chez les Celtes, la forêt constituait un véritable sanctuaire à l’état de nature ».

Pour ce qui est des Celtes, qui semblent en effet occuper une grande place dans la symbolique religieuse de la forêt, on découvre qu’il y a une pour eux une « stricte valeur sémantique, à l’époque ancienne, entre la forêt celtique et le sanctuaire, [dit] nemeton [bois sacré apparemment]. » plus loin il est même précisé que « les temples de pierre ne se construiront en Gaule que sous l’influence romaine après la conquête.

 Pour ce qui est des autres manifestations dans le monde de la forêt en tant que sanctuaire naturel, la définition site notamment la forêt de Brocéliande (liée à la plupart des légendes arthuriennes), celle du sanctuaire de Dodone chez les Grecs (sanctuaire oraculaire dédié à Zeus et à la Déesse Mère Dioné) ou encore comment les toriis marquent la pensée shintoïste.

Ces toriis sont en effet de grands portails sans portes construits à l’entrée de ce sanctuaire qu’est la forêt.

Ce dernier exemple me semble particulièrement intéressant car selon ce même dictionnaire ce portail servirait notamment de perchoir pour les oiseaux qui auraient aidé les Dieux (kami) à sortir Amaterasu de sa retraite. Etant une Déesse solaire, en se cachant elle privait le monde de sa lumière.

Son symbole de lumière divine se retrouve ainsi assimilée aux oiseaux mais aussi à l’entrée de la forêt et à sa traversée.

Il existe encore beaucoup d’exemples citée dans ce dictionnaire mais nous pouvons déjà nous arrêter sur cet aspect de la forêt en tant que sanctuaire qui donnerait accès à un certain éclaircissement divin.

Lors de mes premiers temps de recherche j’étais souvent assez déçue par les propositions de définitions symboliques de la forêt.

En effet la plupart du temps on revenait à l’idée de Jung comme quoi la représentation de la forêt en serait objet de terreur panique inspirant la crainte des révélations de l’inconscient car selon cette analyse moderne la forêt, par son obscurité et son enracinement profond symboliserait l’inconscient.

Je ne suis pas totalement en désaccord face à cette proposition mais j’avais l’impression que la plupart des livres que j’avais parcouru mettaient l’accent sur le côté terrifiant et presque néfaste de la forêt en oubliant que sa traversée était avant tout initiatique et que la lumière faisait, de ce fait, parti intégrante de l’obscurité que la forêt inspire.

 Être dans la forêt, pour moi, c’est un peu pouvoir se retrouver hors de tout et se permettre d’aller vers quelque chose d’instinctif. La forêt m’accompagne depuis longtemps car j’habite juste à côté de l’une d’elle en Haute-Savoie et aujourd’hui, à Epinal, la forêt m’entoure encore.

Ainsi l’année dernière j’avais fait une série de photo où je mettais en scène une de mes robes avec une petite valise de cuir dans différents lieux. L’arrêt de bus, un portail rue de Lorraine… J’ai fini par atterrir dans la forêt du Spinaparc où j’ai photographié ma petite robe qui s’emblait plus libre tout à coup. En effet, accrochée par le ceintre à une branche d’arbre, elle flottait dans le vent s’infiltrant entre les arbres contrairement aux autres photos prises dans la ville-même où elle était toujours plaquée contre une surface plane qui la maintenait droite face à l’objectif.

Ce côté droit et un peu austère été recherché dans mes photos, cela dit, mais je trouve que cela donnait l’impression que l’espace forêt était vraiment autre chose pour la petite robe, il y a comme une respiration obligée.

 

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

 

A Bouzey je m’isolais ainsi en m’enfonçant dans la forêt avoisinant le lac. Ainsi je pouvais me rapprocher des arbres en retraçant leur écorce avec du fil mais aussi parce que comme cela je pouvais me sentir plus à l’aise pour expérimenter dans ce cadre un peu cocon et à l’abri des regards.

Par la suite j’ai décidé de me rapprocher du sentier pour continuer sur ce principe de compréhension d’écorces mais les arbres redessinés loin des yeux des passants avaient une aura plus particulière à mon sens. Plus grand, plus droit, plus majestueux car véritablement chez eux. J’y suis retournée quelques mois plus tard pour voir comment avait évolués ces installations et pour celles placées un peu plus loin du sentier il n’y avait presque aucun changement ce qui leur donne un aspect un peu plus intouchable et donc un peu plus surnaturel.

D’une certaine façon la forêt « profonde » est le lieu du surnaturel puisque c’est celui des légendes et des contes. C’est aussi celui de l’inconscient de Jung même si je rappelle que la traversée dans sa globalité a une force initiatique importante ce qui donne aussi l’idée de sanctuaire duquel on revient toujours. Au départ d’ailleurs j’avais imaginé comparer les labyrinthes trouver dans les écorces à ceux découpés par Ariane dans la légende du Minotaure. J’ai rendu une petite édition traitant le sujet mais finalement je me suis plus concentré sur l’aspect graphique que rendait ces tracés plutôt que le lien mythologique.

Lorsqu’il nous a fallu choisir un lieu de tournage pour le groupe pastille vidéo la forêt c’est imposée dans l’esprit de beaucoup de personnes du groupe et à bien y réfléchir c’est peut-être le côté initiation, surnaturel et sacré qui nous a poussé à choisir ce lieu. En effet nous tournions la naissance et la quête dans différents rituels du personnage de Comète qui souhaite retrouver la Lune.

La forêt inspire tout cela puisqu’il s’agit d’un lieu qui semble détaché du temps et des changement humains quoique dans les faits ce ne sera jamais totalement le cas.

J’ai encore exploité ce côté mystique d’un lieu à l’allure primitive dans un projet personnel encore inachevé où je filme ma main dans un gros plan en train de toucher de façon assez sensuelle une coquille d’escargot vide et cassée par endroit.

En vérité j’ai été amenée à filmer cela encore une fois de façon très instinctive, sans vraiment avoir idée de ce que je faisais, mais au fur et à mesure je me suis rendue compte de cette sensualité et j’ai fait le rapprochement avec le sexe féminin et donc la masturbation.

Cependant je n’étais pas vraiment certaine que cela se voyais ou s’il n’y avait que moi qui avait cette impression. J’avais proposé une séquence au cas où il y aurait besoin pour Nouvelle Lune mais je me demandais si ce n’était pas trop étrange et sexualisé. Quand j’ai montré mes séquences à Mélanie Poinsignon elle m’a dit elle aussi que ça lui faisait penser à la masturbation notamment si l’escargot et le coquillage avaient la même symbolique.

Lorsque je l’ai vérifié dans le dictionnaire des symboles je me suis effectivement rendue compte que l’escargot symbolisait bien souvent le sexe féminin, comme le coquillage, et les cycles notamment lunaire par rapport à sa forme et au fait qu’il peut apparaître et disparaître de sa coquille.

J’imagine que ce genre d’images est imprimé en chacun de nous, au moins quand nous faisons partie de la même culture, aussi n’est-ce pas extraordinaire que j’ai pensé à la masturbation après coup mais je trouve que cela reste intéressant que ce se soit passé dans le cadre de la forêt, sur le sol brun jonché de vieilles aiguilles de sapin.

La forêt étant symbole de ce qui se passe dans l’inconscient mais aussi de ce que l’on cache des autres tous au fond de nous.

Or si la masturbation n’est pas un sujet à qui l’on va donner une très grande visibilité et la masturbation féminine est encore plus dissimulée.

 

 

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

 

 

Ces prises de vues m’ayant plu j’ai décidé de faire plus de vidéo mettant en scènes des parties de mon corps intervenants sur le sol de la forêt en prenant connaissances de différentes coquilles d’escargots. Cette fois-ci même si le décor et les « acteurs » sont les mêmes le rendu, lui, est totalement différents.

Alors qu’avec les premières séquences l’ambiance était étrange inspirant une certaine sensualité et un certain malaise, ces dernières prises de vue sont, quant à elles beaucoup plus détendu, de l’ordre du jeu. A ce moment-là mon seul objectif était d’intégrer ces parties de mon corps à la forêt en tant que créatures à part entière peuplant celle-ci.

Bien sûr la forêt des histoires est le lieu de vie de beaucoup d’animaux et d’êtres surnaturels plus ou moins malicieux mais on perd peut-être peu à peu l’intimité et le secret qu’on pouvait avoir dans les autres vidéos.

A Bouzey j’avais aussi appréhender la forêt d’une façon plus rigolote en installant un téléphone de fortune entre deux grands arbres qui semblaient se répondre.

C’était simplement un fil tendu entre eux deux dont les extrémités se terminaient par des boîtes de conserves, comme des téléphones que fabriquent les enfants.

J’avais appris peu de temps avant que l’on avait découvert que les arbres avaient des moyens de communication souterrains leur permettant d’appréhender l’ensemble de la forêt et de la construire en conséquence (je grossis les traits je ne m’y connais pas assez).

Cette installation, en plus d’être une forme de jeu rigolo, entre deux arbres était un moyen d’évoqué cette nouvelle découverte, la rendre un peu plus visible pour nous.

Une des symboliques des arbres est le lien entre Ciel, Terre et les quarte éléments.

Le lien entre Ciel et Terre est assez intéressant puisqu’il donne encore une fois à l’arbre, et à la forêt par conséquent, un rôle de médiateur vers le sacré : l’au-deçà et l’au-delà, le monde conscient et inconscient.

Lors de ma session séquences escargot j’ai tourné un autre genre de vidéo dans laquelle je me confondais dans l’obscurité de la forêt et où, peu à peu j’allais vers la lumière d’une clairière se découpant en arrière-plan.

On pourrait voir dans cette vidéo la dimension voyage initiatique évoquée dans l’analyse de Jung mais il y a peu on m’a dit qu’au niveau esthétique cela pouvait se rapprocher de la vidéo de Bill Viola Reflecting pool.

Il y a un fond d’arbres verdoyants qui tranche avec le premier plan dans les deux vidéos mais pour Bill Viola il s’agit une piscine alors que le mien est une sorte de dentelle noire de forêt obscure. Si le personnage de Bill viola arrive du fond, le mien se découpe dans la noirceur du premier plan il se voit assez difficilement et disparait dans le font vert.

Alors que le personnage de Viola vient vers nous le mien s’éloigne dans la lumière pourtant les deux passes, d’une certaine façon, dans un autre monde de façon mystérieuse.

 Le mien bénéficie de la noirceur de la forêt et de la tâche soudainement lumineuse ce qui lui donne une dimension particulière puisqu’on ne le voit jamais précisément. Celui de Bill Viola tente de sauter dans la piscine mais il s’arrête en plein vol tandis que l’eau de la piscine continue de se mouvoir.

Peu à peu le personnage de Bill Viola, toujours en bombe, disparaît dans le fond vert des arbres environnant et réapparaît soudainement dans le reflet de l’eau comme s’il y avait eu finalement passage auquel nous n’aurions pas droit.

 

On pourrait penser que la vidéo de Bill Viola parle elle aussi d’accès à l’inconscient, de la peur que l’eau, en l’occurrence, inspire et du caractère sacré et intemporel de celle-ci puisque l’eau ne cesse jamais de bouger contrairement au personnage qui de plus disparaît. Cet artiste nourrit un lien très fort avec l’eau puisqu’il a failli s’y noyer étant enfant. Il explique son expérience et dit qu’il ne s’était jamais sentit aussi bien qu’à ce moment que c’était vraiment un autre état, un autre monde, monde que l’on pourrait appliquer à la forêt qui révèle une étrange et belle dangerosité (bien que je n’aie jamais failli mourir en forêt).

Dans cette vidéo il y a également l’apparition du monde d’en haut, celui d’où le personnage de Viola arrive et tente de plonger dans le bassin, et le monde d’au-deçà à l’intérieur de la piscine où on verra miraculeusement le personnage reparaître par l’intermédiaire d’une sorte de reflet fantôme.

Cela peut se rapprocher de la symbolique de l’arbre comme médiateur entre le monde d’en haut et d’en bas : par la cime et les racines.

En ce moment j’écris une histoire en anglais où le personnage principal, en proie au deuil de son enfant, crois un jour voir un reflet dans l’eau d’un lac de montagne. Elle s’y rattache peu à peu (car il s’agit d’une femme) comme s’il s’agissait de son enfant perdu.

Cela n’a pas rapport avec la forêt directement cependant j’ai l’impression de retrouver l’idée d’un monde en-deçà offert à travers la traversée d’un élément.

Cette idée doit donc être plus récurrente chez moi que je ne l’aurais cru.

Il y a aussi l’idée de l’inconscient puisque nous ne serons jamais vraiment si l’image dans l’eau n’est qu’une projection désespérée d’une mère en deuil ou si le lac serait vraiment le portail vers l’autre monde. Dans mon texte l’héroïne finit par s’y rendre tous les jours un peu comme s’il s’agissait d’un sanctuaire, idée très liée à la symbolique de la forêt également.

 

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.

FORÊT.

Sanctuaire et lieux de transition.