Après deux ans à l’École Supérieure d’Art d'Épinal le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire mon travail est «Expérimentation».

 

 

J’aime bien ce mot car il laisse place à une multitude de possibles, à un large champ de création que je n’aurais pas encore arpenté. Il peut être beaucoup de choses auxquelles je n’aurais pas encore pensé et surtout, il n’est pas réducteur et me permet de ne pas me fermer de porte, de ne pas faire de choix, du moins pas tout de suite.

Cette année, il est mon maître mot car j’ai pris le parti de m’investir dans à peu près tous les projets qui me passaient sous la main, que cela soit au niveau de l’école, des commandes extérieures ou encore de projets plus personnels.

Je me suis, par exemple, beaucoup investie dans la vie de l’école et j'ai participé activement à la création d’une association appelée "Rhyzome", ayant pour but de fédérer et d’encourager les projets collectifs au sein de l’école. Je me suis essayée à la création du fanzine "Kromozom" puis plus tard, j'ai participé à la création d’une organisation d’un groupe d’étudiant de l’école, appelée "sauver le monde", qui n’avait comme finalité à son début que de se réunir pour échanger sur des sujets de société que nous voulions remettre en question. Progressivement ces discutions se sont changées en un projet plus concret. Nous avons décidé de mettre notre savoir faire au profit de nos idées et nous avons mis en marche différents projets. La création de jardins pour les enfants dans les écoles, la remise en page de quelques textes de loi ou encore la participation et l’organisation de manifestation en sont quelques exemples.

Pour résumer (et je ne parle qu’en mon nom car nous n’avons pas encore pris le temps de nous définir de manière plus précise), c’est une organisation qui met en marche des petites actions simples et sans prétention teintées d’utopie pour améliorer un lieu de vie et qui préconise pour cela le lien, la rencontre et avant tout la discussion et le partage.

Cette expérience ma été bénéfique à tout point de vue. Elle m’a tout d’abord permis d’expérimenter le collectif, de voir comment un projet se construit à plusieurs, comment s’organiser pour que cela fonctionne; ce qui n’est pas aussi évident que cela, même entre personnes qui se connaissent déjà. Elle m’a aussi permis de voir comment faire un lien entre mon travail et mes idéaux de vie; ce qui est à prendre en compte car, juste qu’a présent je n’avais jamais vraiment réussi à relier mon travail à un but plus concret, plus ancré dans le réel.

De même j’ai pris le pari de m’essayer à des domaines que je

ne connaissais pas du tout ou très peu comme l’animation, le vjing, le mapping; de me mettre en danger d’une certaine manière. J’ai ainsi pu travailler pour le Conseil Général de Vosges et expérimenter ce qu’était un travail de graphiste avec tout ces aspects, positifs comme contraignants.

J ai aussi eu la chance de pouvoir travailler avec image est dans le cadre d’un évènement où il ma été demandé de créer un set vjing à partir d’images d’archive pour une conférence. Cette expérience et celle de la Sourie verte lors de la soirée que nous avons organisée dans le cadre d’un projet d’école m’ont permis de prendre conscience que le fait de travailler dans le milieu de l'événementiel n’était pas pour me déplaire. La raison principale étant que c’est un milieu où il y a un lien constant quasi immédiat avec les gens avec et pour qui l'on travaille; que cela soit dans l’élaboration de la rencontre ou durant le mix vidéo.

Cela fait déjà un bout de temps que ce milieu me plaît et que je cherche à le découvrir plus précisément. C’est dans cet esprit que j’ai décidé d’être stagiaire au festival Zinc Grenadine. Durant cette année nous devions donc participer à l’élaboration de la manifestation et penser un stand ainsi que plusieurs animations destinées aux enfants. J’y ai retrouvé ce même sentiment d’exaltation, que cela soit lors de la semaine de montage ou j’ai pu apprendre comment monter un chapiteau (et grimper dessus !), re-goûter à cet esprit d’équipe et de cohésion qui lie un groupe de personnes travaillant sur un même projet, que durant le festival, lorsqu’il nous fallait animer et guider les enfants dans les ateliers que nous avions pensés pour eux. Pour ma part j'ai travaillé autour du "Manèz", manège fait de vélos,  et penser des masques de chevaux que les enfants devaient décorer avant de les mettre sur leur vélo et ainsi les transformer en véritable destrier. Je n’avais encore jusqu’à présent, jamais travaillé avec des enfants et bien qu’un peu intimidée au début, cela ma beaucoup plu.

Cela m'a surtout confortée dans l’idée que je me faisais des festivals comme des lieux ponctuels mais magiques ou la rencontre et l’échange sont des valeurs primordiales. Je ne peux m’empêcher d’imaginer ces lieux comme des utopies passagères expérimentant des nouveaux moyens de fonctionnement et c’est dans ce même esprit que je vais à présent essayer de découvrir le festival "Bien Urbain", en tant que stagiaire encore, et assister des artistes dans la création de leurs projets dans la rue.

Cela devrait me plaire puisque c’est un évènement qui se veut créateur d’une vie de quartier à tous points de vue; que cela passe par de petits ateliers créatifs ouverts à tous, des balades sonores visant à découvrir de nouveaux lieux ou encore simplement la mise en place de lieux ou se rencontrer, se retrouver et passer un bon moment.

Quand je parle d'expérimentation, je l’associe très simplement avec le "lâcher prise". Le fait de ne pas savoir où l’on va mais d’y aller quand même, d’essayer. Je pense que c’est une manière pour moi de me détacher de la peur de ne pas faire les choses bien, de justifier cela en disant : «oui mais j’essaie» et d’être plus intuitive dans ma manière de produire.

Au début de la première année par exemple, j’avais complètement arrêté de dessiner ou en effet non je dessinais mais je ne me reconnaissais pas dans mon dessin. C’est par un travail de la ligne et du lâcher prise que j’ai réussi à me réapproprier mon trait. J’ai pris le parti de ré-apprendre à dessiner en traçant des formes de manière instinctive sans me poser de question.

Petit à petit je me suis créée un langage formel et j’ai pu a nouveau prendre plaisir à dessiner.

Expérimenter, c’est aussi aborder les choses de manière différente, mélanger les médiums, se dire le temps d’un instant bricoleur, mécanicien, inventeur, musicien, grimpeur, voyageur... C’est avancer pas à pas, à tâton sans savoir vraiment où l’on va. C’est pouvoir faire tout et n’importe quoi et relier un travail «artistique» à n’importe quel domaine. Voir les chose de cette manière me plaît beaucoup et me donne l’impression de pouvoir accéder à une certaine liberté : celle de pouvoir devenir n’importe qui.

C’est d’ailleurs un sujet que j’aborde dans le texte que j’ai écrit à Méloménile intitulé "l’Hommes", qui est un des premiers projets où j’ai pris la décision de parler de moi et de ma manière de fonctionner.

L’expérimentation a donc été un moyen de me libérer autant dans la pratique que dans la manière de penser mon travail car cela m’a permis d’élargir mes horizons et d’ouvrir mon travail sur une multitude de domaines.

Suite à cette année expérimentation, une notion a progressivement émergé : Celle de la limite.

Ce mot s’est tout d’abord imposé à moi dans une problématique physique. Le fait d’avoir accepté beaucoup de projets différents au même moment ma fait prendre conscience que j’étais limitée en temps et que je ne pouvais pas tout faire, ou du moins pas tout faire bien. Progressivement, ces premières interrogations ont été rejointes par d’autres : comment traduire une limite ? Quelles sont les limites qui me définissent ? La limite positive ? Négative ?

Cela m’a donc fait m’interroger sur mon travail. Je pense qu’après un certain éparpillement, j’avais besoin de commencer à me demander ce qui m’était spécifique, ce qui me plaisait vraiment et si je n’ai certaine- ment pas une réponse complète à ce jour, elle commence tout de même a pointer le bout de son nez.

Je pense que j’ai eu une démarche de chercheuse cette année dans la découverte. M’être essayée à beaucoup de domaines ma permis de piocher dans chacun d’eux des petits bouts, des choses qui me plaisaient pour me construire un univers. Par exemple, l’expérimentation en elle même m'a amené ce mot : Limite. Ce mot qui pour l’instant m’intrigue beaucoup. Surement car je ne l’avais jamais énoncé pour d’écrire mon travail auparavant, alors qu’il me semble maintenant évident tant il rassemble à lui seul différents aspects de mon travail.

La limite comme le fait de vouloir toujours repousser ses limites, toujours vouloir aller plus loin, relever les défis, c’est un peu ma manière de fonctionner au quotidien.

J'ai retrouvé cette idée dans "l'Éloge à la fatigue" de Robert Lamoureux où celui-ci fait l'apologie du travail et de la fatigue qui en découle.

Croire que rien n’est impossible, ne jamais s'arrêter, c'est une idée qui me plaît.

Cette dernière phrase m’amène à une autre qui lui ressemble beaucoup : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait.» de Mark Twain, mais à laquelle je rapproche pourtant un autre sens : la limite comme notion de frontière, de voyage, de vie nomade... C’était en effet  une phrase que nous répétions beaucoup lors d’un périple à vélo durant lequel nous donnions avec des amis des spectacles de rue au gré de notre route. Car c’est quelque chose qui m’intéresse aussi beaucoup : les modes de vies alternatifs, nomades, la notion de déplacements que j’abordais d’ailleurs dans mon mémoire de première année.

J'aimerais beaucoup réussir à lier cela à ma pratique artistique, un peu à la manière de "La Caravane des Espaces Libres" qui est un collectif d'artistes itinérants voyageant en caravanes, roulottes, péniches ou autres moyens de locomotions alternatifs.

Et enfin la limite mathématique, comme symbole, comme ligne, comme représentation graphique, concrète d’une notion abstraite.

Je pense que mon intérêt pour les symboles a commencé lorsque j’ai réalisé un carnet où je retranscrivait tous mes déplacements. J’ ai donc tout naturellement utilisé des formes simples comme la ligne, les points ou quelques dessins pour situer les lieux et les trajets que je faisais. J’ai remarqué que je prenais un certain plaisir à

simplifier les choses où juste à tracer des lignes, retranscrire un grand déplacement par un plus petit : celui de ma propre main sur le papier.

A simplifier, mais aussi à traduire car c’était dans cette esprit que je réalisais mon carnet. M’astreindre un code, une règle, une ligne directrice que j’appliquais plus où moins scrupuleusement. (une ligne = un trajet en voiture, des pointillés = un trajet à pied etc...) J'aime beaucoup le travail de Marianne Mispelaere par exemple, où, par une simple ligne elle s’astreint à retranscrire une conversation entre deux personnes.

 

Les systèmes de codification sont des dispositifs qui me fascinent. C’est dans cette même logique que je porte un grand intérêt à la musique comme un ensemble d’éléments non matériels pouvant être régis et traduits par un système de notations bien précis, les notes et les partitions.

En première année j’ai d’ailleurs travaillé sur un projet interrogeant la relation entre le son et la voix en les faisant dialoguer, s'imiter mutuellement.

Je me suis donc tout naturellement intéressée à Tim Ingold auteur d' «une brève histoire de ligne» qui nous fait remarquer la présence de cette forme graphique dans toutes sortes de domaines, de sujets ou de lieux. Dans le début de ce qu’il appelle son essai, il s’interroge tout d’abord sur ce qui sépare la parole du chant.

Ce processus de travail se retrouve dans plusieurs de mes projets.

Pour habiter le musée, par exemple, j’ai entrepris de traduire les sons du musée en forme graphique pour les adapter tout d’abord sous forme de partitions musicales destinées être rejouées dans l’espace du musée par les visiteurs, puis sous forme de peintures en grand format.

Pour le sujet sur les chansons, encore, je me suis mis en tête de représenter chaque "sample" des musiques que j’avais choisies pour ensuite m’amuser à les recomposer de manière dfférente.

  J’analyse, je découpe en petits morceaux, je traduis, puis je ré-assemble, je ré-agence à ma manière.

Voilà un autre aspect de mon travail qui tranche plutôt avec ce que j’énonce dans la première partie ou je parle de mon goût pour l’expérimentation et le lâcher prise. Je ne dirais pas que cette ambivalence est contradictoire, bien au contraire, je pense que ces deux manières de travailler s’équilibrent et s’enrichissent l’une avec l’autre comme l'expose Jean Marc Lévy Leblond au sujet de l'art et la science dans son texte «De la science à l’art et retour»: "L’art envie à la science la rigueur de ces procédures, de l’autre côté, la science admire la dimension esthétique de l’art".

Je rapprocherais en effet cette dernière manière de créer d’un processus quasi scientifique.

Ayant fait des études scientifiques, c’est un domaine qui m’intéresse et me plaît beaucoup. Dans la rigueur de ses théorèmes, dans le fait qu’il met en lumière des phénomènes inconnus jusqu’alors, mais aussi dans un aspect purement graphique : dans ses lignes, ses symboles, ses schémas qui fonctionnent presque comme un autre langage.

Je m’intéresse aussi beaucoup aux artistes qui ont cherché à retranscrire des sensations sonores de manière visuelle, des premières expérimentations de Hans Zimmer à des créations plus récentes comme celle de Delicate Steve & becky n joes dans le clip Tallest Heights. Je trouve que ce sont des productions fascinantes.

Lier le son à l'image n'est certainement pas une idée révolutionnaire mais je trouve dans cette association de médium un sujet propice a créer de multiples manière. J'aimerais ainsi dans ce sens m'essayer à la création de clip vidéo, développer davantage ma pratique du vjing et travailler sur le son en général qu'il soit musical ou plus expérimental.

 

Je construis actuellement une structure cubique en bambou de deux mètres par deux mètres afin de délimiter un espace. L'idée étant de me procurer et de disposer des petits émetteurs sonores utilisant leur support comme amplificateur, dans les tiges et ainsi de les faire vibrer et résonner.

Les micros rediffuseraient le son ambiant de la salle ou ce situerait l'installation mais d'une autre manière créant ainsi une mise en abîme du lieu que le spectateur peut traverser.

J'ai été beaucoup inspiré par l'artiste Zimoun pour ce projet. J'aime beaucoup la manière dont il modifie l'espace à la fois de manière visuelle et phonique par des installations toutes simples reproduites en très grand nombre dans un lieu immense.

Ce projet est donc une première expérimentation d'installation que je voudrais réaliser en rapport avec le médium sonore que je compte bien poursuivre et améliorer.