Enfant Gâtée. Qu’est-ce qu’il faut à un artiste pour créer ? Est-ce qu’il doit aimer ce qu’il fait ? Est ce qu’il ne fait que ce qu’il aime ? Qu’est-ce que j’aime ? Est-ce un hasard si je me suis dirigée dans l’art ? Comment savoir si l’on aime ce que l’on fait ? Est-ce que, ce que j’aime, je l’aimerai pour toujours ? Si l’on fait ce que l’on aime, est ce qu’au final, on est satisfait ? Est ce que j’ai envie d’être satisfaite ? Est ce que ce ne serait pas ennuyeux de faire que ce que l’on aime ? Et si j’aime pas... Si je ne me satisfais pas de ce que j’aime, est-ce qu’il faut faire ce que l’on déteste ? J’aime pas gommer. Je n’aime pas prendre mon temps. C’est pour ça qu’en général, je ne travaille pas énormément le dessin. J’aime la spontanéité. Alors du coup, je me tourne vers la photo. Si l’instant passe, et que je n’ai pas pu prendre ce que je voulais, tant pis. Une photo, c’est un clic. Même pas une seconde. J’aime l’abondance. Si la majorité des trucs que je fais ne sont pas si exptionel, comme il y en a en plein, je trouverai bien là-dedans, qui me convient. J’ai pas énormément de technique. C’est aussi pour ça que j’aime l’impulsion, et la rapidité quand je dessine. Comme en général, je ne fais pas d’image très réfléchie quand je dessine, je reste dans un style très faussé au niveau des perspectives, des proposition, ect... Je sens que c’est un désavantage. Mais il n’est pas si grave, puisque j’utilise souvent des médiums qui eux même ne sont pas très précis : fusain, craies... « Vite fait, mal fait, pas fait » dis Robert Filliou. Ben, c’est un peu comme ça que j’aime créer. Je me moque du résultat. La technique n’est pas aussi importante que l’investissement que je mets mon travail, peut importe en combien de temps, je le fais : 30 secondes, ou 30 ans, c’est pareil. Moi, j’aime bien penser. Penser à ce que je fais, à ce que je compte faire. J’aime bien penser mes projets. J’aime trop les penser... Ou bien, je déteste ça. Tout dépend du projet. Dans les deux cas, ça prend du temps avant que je ne ponde quelque chose... J’aime bien... J’aime bien Yves Klein... Ouais... Lui, il va pas par quatre-chemins... Il prend des femmes bleues, il les balance sur une toile et basta ! Voilà une oeuvre qui traversera les âges ! Et en même temps, ce con, il arrive à nous vendre de l’air, à marchander l’immatériel... Son foutage de gueule permanant, et en même temps, toujours poétique... Moi, j’aime bien. J’aime pas écrire. Mais parfois, je déteste un peu moins ça. J’aime pas... J’aime pas... Putain, mais qu’est ce que j’aime pas... Qu’est-ce qui dépasse le stade d’indifférence pour se jeter direct dans la corbeille à papier... Je sais pas si j’aime ma mollesse, mon désintérêt rapide et on enchaîne. Mon caractère de grand-père qui a connu la guerre, et qui peut tout voir sans broncher. Mon avis, qui n’arrive pas à se fixer, le «je m’en foutiste », qui vient se planter à mes pieds, et qui grimpe comme une mauvaise herbe, et qui ne fait qu’oublier ce qu’il vient de le toucher... Par contre, j’en ai marre de tout analyser, de déballer tout ce que je pense comme ça, c’est chiant. Ouais... Ce corpus me fait chier. Je ne me sens pas assez mature pour apprécier un tel projet. Faire le bilan de tout ce qu’on a fait en art, alors que j’ai 20 ans, pas 60... Enfin bon, si je perdais moins de temps à tout remettre en question et que je m’y mettais vraiment, peut-être, j’avancerai un peu plus vite...