Humour Moi, j’aime bien rigoler. J’en connais pas beaucoup qui n’aime pas ça. Alors moi, j’aime bien faire rigoler. Toujours plus facile de parler quand on sait faire rigoler. Des fois c’est compliqué, faut réfléchir, des fois c’est pas drôle, des fois c’est méchant, et des fois c’est vrai... On peut choisir de considérer le rire comme étant une marque grossière de supériorité, une moquerie, qui se joue des défauts des autres, pour mieux se conforter. Pour moi, le rire permet de créer une connection. Et c’est ça le but d’un artiste, non ? De faire connexion. Un artiste ça allume des émotions. Une oeuvre, c’est comme un interrupteur du sensible. Et si on n’y arrive pas, on s’attend au moins une réaction. À savoir si le rire est une émotion, je ne sais pas. Mais c’est déjà une réaction. Alors, on a qu’à commencer par ça. Même s’il peut dévoiler les faiblesses, l’humour permet aussi de les contrer, de s’unir dans un même éclat de rire. Ça marque l’esprit, ça donne l’occasion d’apprendre avec enthousiasme et de garder un certain recul sur toutes ces informations l’on emmagasine. Ça requiert une finesse d’esprit ; ou pas ! Bref, pour moi, le rire, c’est l’effondrement d’une tension préétabli, entre l’orateur et l’auditoire. Et, quand je décide de faire rire, j’ai mes petites préférences. Malgré l’arrangement et la présentation des paragraphes qui vont suivent, je ne me contrains pas à un seul type d’humour par type de réalisation, j’évoque seulement des généralités qui ressortent de mon travail. Je commencerai par le plus facile : l’auto dérision. Y a pas besoin de chercher bien loin pour trouver... Il suffit de se regarder, et d’en faire une petite BD de temps en temps. En prenant des exemples du quotidien. Y a pas besoin de réfléchir pendant 30 ans à savoir si on se fout de ta gueule ou pas. Et en même temps, il faut savoir transmettre le comique d’une situation, avec l’attachement émotionnel personnel qui va avec ; à quelqu’un extérieur à tout ça. Dans l’auto dérision, on peut se permettre beaucoup de choses, puisque le sujet, c’est nous, et notre seule frontière se limite à celle de notre ego. En se jouant de nous-même, on est sûr de n’offusquer personne (à part soi-même évidement), et de se lier un minimum avec le spectateur qui peut se reconnaître dans les tracas quotidiens. C’est un humour de proximité, qui créer des liens intangibles. Pourtant, je trouve parfois cet humour est un peu trop égocentré... C’est toujours moi moi moi, alors, que j’aime rire des autres aussi. Quand je m’attaque aux « autres », je ne viens pas causer politiquement correct. Avec l’humour noir, je traite souvent de l’actualité, en petits dessins de presses, je m’amuse quoi. Je trouve que l’humour noir tire sa force dans son insolente véracité, et pourtant, elle n’en détient pas moins une certaine subtilité. Une subtilité qui couple le souffle à toute forme de sentimentalisme, de compassion ou de politesse. Il s’agit de revendiquer la démarche de se moquer pour se moquer, sans gêne aucune. L’exemple par exellance, c’est Joan Cornellà. Avec ses petits bonhomes roses, presque inofensif. Il trouve toujours le moyen de finir sa BD de manière inatendu, drôle, mais aussi très barbare. Cette cruauté envers ses personnages semble parfaitement normal dans l’univers qu’il développe. Mais personelement, je n’ai jamais trouver que son humour s’essouflait au fil des lectures. Je sais à quoi m’attendre quand j’arrive au bas de la page, mais la surprise est toujours au rendez-vous. Si l’auto dérision crée les liens, l’humour noir lui, ne s’en embarrasse pas et les coupe. Le dernier type d’humour qu’il me plaît d’utiliser, c’est l’humour absurde. Je l’aime... Mais pas lui. Il n’aime pas grand monde l’humour absurde. Parce que c’est compliqué de le caser quelque part. Et quand je l’introduis, ce n’est plus d’humour dont il est question... C’est simplement de l’absurde absurde. Il faut réfléchir, et en même temps, pas trop. Du moins, il ne faut pas que l’auditeur cogite trop longtemps pour comprendre que ça n’a aucun sens. Et en même temps, le laisser là, un peu pommé, c’est aussi un de ces petits plaisirs de l’humour absurde... Son utilisation reste plutôt récente et inhabituelle, par rapport aux deux autres précédents. Je dois encore me bâtir sur ce point. Cet humour, je le réserve pour mes histoires. Mes histoires qui n’ont l’air de rien. C’est un humour que j’utilise tout en douceur. Ce n’est pas le propos, il est juste là, en option, pour ceux qui le verront. Et si on ne le voit pas, c’est un peu comme oublier 2 centimes sur le comptoir d’un bar... Ça n’a pas grand intérêt de le savoir non plus.