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femme

Elle attire les regards

Elle est admirée

Dénigrée

Scrutée

Critiquée

pour sa forme

pour ce qui l’habille

pour ce qu’elle fait

comment elle se déplace

comment elle agit

comment elle ose

comment elle n’ose pas

Cette stupide forme s’attire bien des ennuis.

 

Je les admire

je les aimes

je les respectent

je les vois

je les entends

je les parles

je les écrits

je les traces

les dessines

essayant de les cerner

de leur rendre leur particularité

leur grain

leur beauté.

 

Parfois je me tais

je ne peux rien dire

rien ne sort de ma bouche

parfois je ne peux pas agir

l’impulsion se fait dans mon cerveau

l’électricité parcours mes membres

mais ils restent immobiles

comme j’aimerai savoir comment réagir

et que cette réaction ne soit pas balayée par le vent

comme j’aimerai que ces cris sortent de ma gorge

que cette énergie sorte de mon corps

pour faire comprendre que je suis là

que nous sommes là

un mur qui s’élève

et qui ne laissera pas passer la prochaine faute.

 

 

 

Et j’admire celles et ceux qui arrivent à célébrer et rendre hommages aux femmes, à leurs corps, à leur caractère.

À celleux qui permettent de réellement les voir: tous ces artistes déjà cités pour les mêmes raisons dans le texte «corps» (Courbet, Scheile, Klein, Toulouse Lautrec, Renoir, Ren Hang, Rieneke Dijkstra, Nikki de Saint Phalle, Rebecca Horn) mais aussi les films représentant un large spectre de genres et de sexualités de Celine Sciamma, la bande dessinée Culottées de Pénélope Bagieu qui m’a appris tant de choses sur des personnages féminins historiques souvent méconnues, les dessins de Marjane Satrapi, les dessins affranchies des «règles de dessin» d’Henri Matisse, les figures solitaires d’Edward Hopper, les installation en feutrine de Robert Morris, les photographies de mise en scène de Cindy Sherman remettant en question des figures de femmes de différents milieux, les films d’animation aux héroïnes fortes et courageuses d’Hayao Miyazaki, les peintures inspirées de l’art grec de John William Godward...

J’admire également la peinture et l’histoire derrière elle de Judith décapitant Holopherne d’Artemisia Gentileschi qui est une réinterprètation d’un passage de l’Ancien Testament. Elle fait partie des rares femmes peintres connues de l’époque baroque. Elle peint ce tableau après avoir subit un viol et donne à Holopherne et Judith les traits de son violeur et d’elle même. Elle est également connue pour avoir peint de nombreuses femmes fortes de l’histoire. Je trouve cette histoire lourde de sens car même à l’époque, la justice n’avait pas punit le violeur, la peine accordée n’ayant jamais été effectuée et la parole d’Artemisia remise en cause. Cela reflète pour moi beaucoup de choses qui n’allaient déjà pas à l’époque mais qui perdurent encore aujourd’hui...

En représentant principalement des corps féminins, en déclinant ces corps pour qu’ils soient chacun diversifiés et variés dans leurs formes, en essayant de capturer toute la poésie et la force qu’ils peuvent exprimer, j’essaie de rendre aussi visible l’admiration que j’ai pour ces corps, ces femmes et ces corps de femmes. C’est pour cela que ce sont les formes les plus présentes dans mon travail personnel ainsi que des éléments renvoyant à la nature. Je pense ma propre féminité très fortement liée à la nature et c’est ce que je veux transmettre dans mon travail. On retrouve ce lien très fort de la nature ainsi que de la magie dans l’imagerie autour de la sorcière, une notion à laquelle je m’intéresse de plus en plus. Voilà pourquoi j’aime dessiner des femmes. J’aime redessiner à ma manière les figures de certaines histoires, tableaux et personnages qui m’ont inspirés dans toutes sortes d’oeuvres mais également celles qui font l’actualité. J’ai par exemple repris l’affiche du film Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma en linogravure, où figure l’actrice Adèle Haenel dans sa robe qui brûle.