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enfance

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Quand je pense à l’enfance, je revois des images qui semblent peu à peu s’effacer. Des souvenirs qui, même s’ils m’ont entièrement construite et qui me construisent encore aujourd’hui, partent en fumée, fondent comme neige au soleil. Des fragments de moments que certaines photo permettent de réanimer, des morceaux de lumières, de sensations, si lointaines mais que j’essaie de garder contre moi. Des courses dans le jardin, des promenades sous les arbres, des escalades d’arbres, des collectes de coquilles d’escargots et d’autres insectes, des gouters après la baignade dans la pelouse, les siestes avec le chien, les cabanes dans les bois, des aventures imaginaires qui en venaient jusqu’à transformer le décors d’un intérieur en une jungle sauvage, d’une piscine en un océan, d’un jardin en un champ de bataille épique…

Quand je pense à l’enfance je ne peux m’empêcher de ressentir ce pincement de mélancolie dans mon ventre. J’ai toujours voulu revendiquer ma part d’enfant, que ce soit dans mon caractère ou mon travail.

Le fait est que mon enfance est encore très présente en moi car j’en suis encore très proche dans le temps. J’ai des images d’histoires et de personnages qui sont présents depuis si longtemps qu’ils ont grandit avec moi. Mon rêve est de leurs donner vie. Quand je pense à l’enfance je sens mes yeux essayer de voir comme ils voyaient autrefois. Des yeux qui pensaient que tout ou presque serait possible lorsque je deviendrais adulte. Mais maintenant que ces yeux sont censés être adultes, je me rend compte de la réalité. Pourtant, récemment, j’ai de nouveau eu cette sensation de possibilités quasi infinies. Rien ne m’empêche de créer, de tenter.

Oui, tout à déjà été fait.

Oui, il est difficile d’inventer encore aujourd’hui.

Mais ce que chacun à pu vivre est unique. Les histoires se croisent, se retrouvent et se ressemblent mais aucune n’est la même. Alors toutes ces visions que j’ai de cette époque passée méritent que je trouve une forme qui m’est personnelle pour les exprimer. Par des histoires, des images, des personnages, des mots.

 

 

Des éclats

de souvenirs et de rires

de sourires et de soleil

de larmes salées

de souffle chaud et vif

qui emmêlent les cheveux, encore longs à l’époque

les trombes d’eau

collant les habits à la peau.

 

À la campagne

les courses effrénées

sur le sol inégal de terre et d’herbes

entre les ombres des arbres

sur les cailloux des chemins

qui menaient à la cabane

elle ressemblait un simple tas de branches accumulées

nos initiales gravées dans l’écorce des deux arbres à l’entrée

les gouters dans le jardin

sur l’herbe lisse et moelleuse par les jours de chaleur

et les promenades avec le chien

l’escalade dans les arbres

le jus des figues qui coulait le long des bras lorsqu’on les décrochaient de l’arbre

le perchoir pour lire un livre dans l’ombre des feuilles du figuier

les planches brûlantes sous les pieds en sortant de l’eau

la balançoire qui nous faisait voler jusqu’à la montagne en face

les siestes et lectures dans le hamac tendu entre les bouleaux

être réveillée par le soleil

qui caresse l’oreiller à travers le Velux.

 

En ville

la trottinette sur la place

les magnolias en face du théâtre

les glaces sous les marronniers

les immenses toboggans du parc après l’école

les balades à vélos le weekend

jusqu’à la pointe de la presqu’île

comme si c’était le bout du monde.

 

En montagne

les chocolats chauds pour réchauffer les joues encore fraiches

l’appel du vide au sommet de la crête

la marche silencieuse pour ne pas effrayer les bouquetins

la ceuillette de chanterelles comme une chasse aux pépites d’or dans la mousse épaisse

les stalactites sous les sapins enneigés

l’aveuglante mer de nuages en haut du télésiège

et la montagne en face comme une île perdue.

 

Puis

le vent sur la colline désormais chauve

la cabane affaissée

ou le corps seulement trop grand pour y rentrer ?

le vide laissé par la niche du chien

le cerisier qui disparaît

la balançoire raccourcie

les visites plus espacées

la fin des aventures dans le jardin

les maisons qui envahissent les champs

la neige plus rare

les jours plus court

le temps qui passe

à autre chose

 

 

J’aime exprimer cela en dessin à travers des scènettes souvenirs, ce que j’ai déjà pu citer dans la contemplation. La façon dont Françoise Héritier l’exprime dans Le sel de la vie correspond très bien à cette vision là et c’est un peu dans ce sens là que je pense certains de mes travaux en dessin, notamment dans les composition au crayon comme dans mes dessins pour l’exposition «Reste l’Enfance».