cosmique

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D’où je suis je ne peux pas deviner les montagnes, les anciennes mers asséchées, les cratères d’objets qui se sont écrasés, les vents de poussières, les orages de la taille d’une planète qui durent depuis des millions d’année, les gaz, les déserts…

D’où je suis je ne peux voir que des minuscules points, qu’une traînée lumineuse, qu’un trait bref qui disparaît en quelques secondes à peine.

 

En fermant les yeux je sens mes pieds décoller du sol, se soulever en entraînant mon corps.

La place où j’étais assise s’éloigne peu à peu, les tuiles du toit se font de plus en plus serrées, le toit lui-même rétrécit. Je vois la rue, les gens dans la rue, mais eux ne me voient pas. Qui aurait idée de regarder dans cette direction. C’est bien trop éloigné et bien trop grand et inaccessible pour être intéressant et en plus ça fait peur. Qui voudrait savoir ce qui l’attend réellement une fois passé l’atmosphère ? Heureusement, les lampadaires se chargent de séparer les humains du ciel

en les aveuglant lorsqu’ils lèvent les yeux vers la nuit.

 

C’est la rue désormais qui rétrécit pour ne devenir qu’un trait lumineux enchevêtré parmi d’autres. L’enchevêtrement rétrécit à son tour. Autour de ce amas de lumières, l’obscurité, parfois traversée par une traînée blanche et rouge, les routes, qui relient les différentes villes. Quelques points parsemés par-ci par-là permettent de distinguer ce qui est terre et ce qui est mer. Sur la mer il n’y a rien. Seul le reflet bleuâtre, quelques fois, de la Lune. Je tourne le dos à la Terre et me laisse doucement dérivée vers le haut. Je passe un brouillard épais. J’en ressors. À peu près au même niveau que mes yeux, loin à ma droite, des clignotants rouges. Je l’observe quelque temps avant qu’il ne s’estompe à son tour dans un nuage. Il fait froid. Je remonte la fermeture de ma veste et met ma capuche. Heureusement qu’elle est bien molletonnée. Je sens ma peau s’humidifier peu à peu. C’est de plus en plus silencieux.

Je n’entends plus que le vent. Sous mes pieds se détache désormais un grand morceau du continent. Aucune frontière. Juste quelques lumières. Je ne saurait pas dans quel amas lumineux se trouve ma rue, mon toit. Le ciel obscure devient de plus en plus clair à l’Est. Peu à peu mes oreilles se bouchent.

Il y a bien longtemps que l’horizon s’est courbé. Je flotte maintenant au dessus d’une immense bulle. Une bulle de sol, d’eau, de lave, de glace, de racines, d’humains, d’animaux, d’air et de gaz. Ses bords sont bleutés et très clairs et le centre est très foncé mais je devine encore les lumières humaines. Quelque chose se soulève en moi et je deviens plus légère. Je suis comme attirée à la fois par la Terre mais aussi par ce qui se trouve dans l’obscurité si mystérieuse de l’espace. Je flotte entre deux eaux.

Le silence est tel que je peux sentir tout les bruits internes de mon corps. Les battements de mon coeur dans mes tempes et ma poitrine, le craquement des os de mes membres et de ma cage thoracique, les gargouillis de mon ventre, et même le clignement de mes yeux. Soudain un éclat très vif jaillit à l’Est.

Je suis un peu aveuglée. La Terre découvre le Soleil qui me semble toujours aussi loin que lorsque je suis à ma fenêtre le matin. Je dérive un peu ventre face à la Terre jusqu’à ce que je rencontre la route d’un satellite. Il y a des hommes et des femmes à l’intérieur. Je les vois s’entraîner sur des tapis roulant, la tête vers le bas, faire des relevés sur des tableaux remplis de boutons, réparer l’extérieur de leur étrange maison provisoire dans des combinaisons lourdes et encombrantes. Je me retourne afin que mes pieds se posent sur l’une des parois afin de me propulser d’un coup vers le noir infini.

 

C’est ce genre de sensations que je ressens lorsque je regarde les oeuvres de lumière qui se basent sur le mouvement des astres et du ciel de James Turell, les photographies de mouvements de lumières au dessus de paysages de Reuben Wu, les premiers dessins représentants des planètes et autres astres d’Étienne Léopold Trouvelot, le film Interstellar de Christopher Nolan, les mobiles reprenant le mouvement des étoiles de Calder, les photographies inspirés par la lune et sa lumière d'Alexis Pichot, les dessins trompe-l’oeil et qui semblent d’une autre réalité d’Escher, les décors, histoires et constructions qui semblent venir d'ailleurs de Schuiten, les compositions intégrant les astres de Frederic Edwin Church...

Ce sentiment d’être minuscule lorsque je regarde vers le ciel. Une sorte de vertige agréable. Celui de sentir que quelque chose de bien plus vaste se trouve plus loin. Qu’il nous reste tant dont nous ne savons et ne saurons probablement jamais rien. Une crainte de l’inconnu, du vide complexe qui nous surplombe et la peur qu’il nous inspire. Mais une peur délicieuse...

L’espace m’attire de plus en plus. J’aimerai comprendre, voir et découvrir tout ce qu’il y a au dessus de nos tête, en être consciente.

Depuis quelque temps j’aime composer des dessins avec des éléments tels que la lune ou les astres, que l’on peut retrouver dans mes dessins personnels, souvent des compositions, entre des figures féminines, des plantes et des astres, dans ma série d’illustration en formats de cartes allongées représentants sous formes graphique différents astres ou bien dans l’histoire d’Ati l’Étoile Filante.