RETOUR REFERER / SE REFERER « Rapporter une chose à autre chose », « raconter », « se rapporter à quelque chose comme à une autorité, pour s’en prévaloir » (selon le Dictionnaire historique de la langue française des éditions Le Robert), référer c’est prendre pour relier. Dans un travail, il est fréquent d’apporter des références en aval du projet. Pourquoi ne pas le faire également en amont, partir d’une référence, d’un support. On peut parler en général d’adaptation (« transformation d’une oeuvre pour l’adapter à une forme nouvelle », « modifications selon le milieu et la situation » selon le même ouvrage cité plus haut) lorsque la référence est assez importante dans le travail qui en découle. Je trouve, lorsque cela est bien fait, que l’adaptation permet un élargissement de l’oeuvre original très intéressant. Par exemple, Sylvain Tesson à écrit un livre, Dans les forêts de Sibérie (2011), relatant son expérience de 6 mois dans une cabane en Sibérie. Ce livre est complété par un documentaire du même nom réalisé par le voyageur français (2012). Quelques année plus tard (2016), un film homonyme (de Safy Nebbou) est adapté de ce livre mais avec une forme bien plus narrative, des péripéties et des personnages supplémentaires. Nous pouvons ainsi avoir une vision plus réaliste avec l’écrit, en images par la forme documentaire, et un histoire et un esthétique différent avec le film d’aventure franco-russe. Beaucoup d’adaptations sont importantes pour moi. Par exemple, les adaptations cinématographiques de Xavier Dolan de Tom à la ferme (2014) (tirée de la pièce de théâtre du même nom de Michel Marc Bouchard en 2004), mais surtout celle de Juste la fin du monde (2016), merveilleusement adaptée de la pièce de Jean-Luc Lagarce (1990). Je retrouve aussi le film fort de Denis Villeneuve, Incendies (2010), adapté de la pièce du même nom de Wajdi Mouawad (2003). Il y a également des adaptations liées à la musique comme l’album du groupe Dionysos La mécanique du coeur (2007), une retranscription du livre homonyme de Mathias Malzieu (2007), membre du groupe, qui amène au film Jack et la mécanique du coeur de Stéphane Berla et Mathias Malzieu, encore lui, quelques années plus tard (2014). Enfin, il y aussi une album incroyable de Bertrand Cantat, Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween, intitulé Choeurs (2011), qui reprend les textes des choeurs de pièces de Sophocle (environ -495/-406) et les mets en musique et en chanson. Un travail peut faire référence à une oeuvre, sans que ce soit forcément une adaptation, mais plutôt, un fil conducteur, une base sur quoi tout se construit. Prenons exemple des biopic avec certains très bons, comme Le Redoutable de Michel Hazanavicius (2017), ou Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar (2010). Dans le film Black Swan de Darren Aronofsky (2011), c’est le ballet du Lac des cygnes de Tchaïkovski (1875/1876) qui est le fil conducteur, ainsi que pour le Concert de Radu Mihaileanu (2009), c’est le Concerto pour violon en ré majeur du même compositeur (1878) qui mène le film. Clément Cogitore suit également une oeuvre musicale importante, Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau (1735), mais change la mise en scène et faisants évoluer des danseurs de Krump (2017). En musique, le principe du sample est une référence directe qui s’inclue dans un morceau. En effet, c’est un extrait sonore qui peut provenir d’une musique, d’une voix, d’un bruitage ou de paroles. Cet extrait est réutilisé pour fabriquer un nouvel ensemble musical. Dans City LIfe (1995), Steve Reich enregistre des sons de la ville de New York qu’il transfère sur un clavier. Ainsi, il peut jouer les sons directement, pendant les représentations, et les inclure avec les instruments. Mais dans les musiques actuelles, le sample est également présent partout. Nombreux artistes reprennent des mélodie existantes qu’ils modifient quelque peu pour la réutiliser dans leur morceaux. On retrouve parmi eux beaucoup de titres, la musique internationalement connue de Dr Dre, The Next Episode avec Snoop Dogg, Kurupt et Nate Dogg (1999) par exemple, qui reprend la mélodie du morceau The Edge de David McCallum (1967) ou celle de Nirvana, Come as you are (1991), qui reprend le thème de Eighties de Killing Joke (1985). Dans les titres connus, il y a aussi des samples plus improbables comme celui de la musique indienne Tere Mere Beech Mein (1981) reprise par Britney Spears dans l’introduction de Toxic (2003). Cependant on pourrait se demander où est la limite entre plagiat et hommage. De façon encore plus large, une oeuvre peut être un hommage à quelque chose. Je pense notamment au film de Leos Carax, Holy Motors (2012), véritable ode au cinéma et au travail d’acteur. J’aime partir d’histoires ou de visuels pour certains de mes projets, pour engager un travail. Je pense que c’est également un moyen de se poser une contrainte qui permet parfois, d’engager plus simplement un projet. J’apprécie par exemple beaucoup le sujet d’adaptation vidéo que nous avons commencé, ou le projet mené à partir d’une photographie choisi d’un artiste, en l’occurence, un cliché de la série Les chambres d’amour de Bernard Faucon (1986). Pour le sujet « si loin si proche » en vidéo, j’avais repris la nouvelle Le vent de Dino Buzzati, du recueil Le K (1966), également utilisé pour le sujet d’adaptation actuel. Je peux aussi tout simplement prendre des petits éléments esthétiques pour construire un personnage par exemple. Pour le projet de Mapping, réalisé l’année dernière, nous nous étions au départ beaucoup inspiré du visuelle et de l’esthétique des monstres de Max et les Maximonstres de Maurice Sendak (1963) (lui aussi, adapté au cinéma par Spike Jonze en 2009). Aimant énormément faire des contes et mythes revisités pour les enfants avec de la musique, pourquoi pas, par la suite en tirer un projet.