RETOUR  CHERCHER / RECHERCHER Chercher avant toute chose. Pour commencer, il me faut comprendre. Si ce n’est comprendre, il me faut collectionner. Si ce n’est collectionner, il me faut me questionner. Chercher, issu du bas latin circare qui signifie « faire le tour de, parcourir pour examiner » puis « fouiller, scruter », former sur la préposition circa, « autour de » et circus « le cercle, le cirque ». Chercher dénote (selon le Dictionnaire historique de la langue française des éditions Le Robert) le fait de « parcourir en tous sens » puis d’ « essayer de découvrir quelque chose ». Il peut induire un résultat inévitable et on peut y ajouter une valeur agressive et familière: « Si tu me cherches, tu me trouves! », populaire: « ça va chercher dans les 10 euros », ou encore abstraite dans le sens de chercher mentalement quelque chose. Il garde encore quelques sens de déplacements dans des emplois concrets. En découle le nom chercheur ou chercheuse qui indique un profession de scientifique adonné à des recherches spécialisées. En revanche ce terme est d’avantage relier aux verbe « rechercher » plutôt qu’à « chercher ». En effet, ce dernier apporte une valeur intensive au mot « chercher » et induit l’action de chercher une nouvelle fois. Le nom qui s’y rapporte, « recherche », est en rapport étroit avec le nom de « chercheur » et « chercheuse ». Il est d’abord spécifique aux Sciences, puis devient institutionnel. Aucun visuel, aucun écrit, aucune technique ne me vient de façon innée. Mon inspiration doit être travaillée, entretenue, comme on travaille une technique, un instrument, une relation. C’est alors en découvrant que se débloque mon inspiration. Ainsi, je cherche, je me questionne, je me recherche. Dans les travaux que j’engage, il m’est nécessaires d’accumuler pour créer. Je ne peux m’engager sans faire par avance, des expérimentations, des recherches théoriques, graphiques, ou m’inspirer de faits ou de ce que j’ai vécu et connaît. Si je veux par exemple mentionner la solitude, (que l’on retrouve dans la vidéo réalisée pendant le workshop animation) je vais m’imprégner bien sûr de mes propres visions de ce sentiment mais également l’élargir à d’autres, même si seulement une infime partie de mes cherches ressortiront dans le résultat final. Je prendrais alors en compte la solitude attendue de Sylvain Tesson, qui écrit en ermite dans une cabane au bord du Baïkal, celle plus théorique des sciences humaines sur ce sujet, celle du quotidien dans les dessins de Catherine Le Carrer, ou celle brutale de Sam qui essaie de la contrôler dans le film La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher (2018). La solitude est aussi très présente dans la chanson, que ce soit celle qui provoque du bien-être chez Léo Ferré, celle remplie de mélancolie chez Barbara, ou encore celle qu’ d’Anthony Kiedis tente à tout prix de combler en se droguant dans Under The Bridge des Red Hot Chili Peppers (1991). Peut- être est-il également intéressant de penser, à l’inverse, au rapport aux autres dans Huis- Clos (1944). Sartre nous dit que « l’enfer, c’est les autres », les autres, qui nous font prendre conscience de nous-mêmes. Pourtant, on aurait plutôt tendance à penser que c’est dans un moment de solitude qu’il est possible de prendre conscience de nous même. Mais après, que faire de toutes ces informations? Il faut choisir quoi tirer de ces recherches. Les questions commencent. D’où dois-je partir? Qu’est-ce-qui me correspond le plus? Qu’est ce qui est le plus juste? Est ce que je ne me perds pas trop dans toutes ces références qui ne sont finalement pas moi, pas mon travail? Un questionnement constant qui se déroule tout au long de la réalisation et bien après. Ainsi, je vois tout ce que j’ai créé comme des expérimentations qui découlent d’autres expérimentation, sans les juger encore comme des projets totalement aboutis. Je me demande si il n’y a pas possibilité de faire mieux, de faire plus, de faire plus juste, de faire autrement. Est-ce que ces questions ne sont pas finalement un frein dans la création? Dans certains cas, je peux également m’interroger sur le point de vue éthiques et me demander jusqu’où peut-on s’inspirer d’autrui et donc, de beaucoup de mes recherches préalables. Par exemple, j’ai pu faire des recherches très interessantes dans le cadre du journal tenu pour le projet Nouvelle Lune, me donnant nombres d’idées d’esthétiques et autres. Cependant, la question de l’appropriation culturelle s’est posée pour moi. Lorsqu’on veut s’inspirer de costumes traditionnels d’une culture par exemple, où est la limite entre simple influence et appropriation culturelle? Mais une interrogation reste inhérente à tous projets: Suis-je légitime?