RETOUR NOIR ET BLANC / DEBUT DE LA COULEUR La majorité du temps, je compose mes dessins qu’en noir et blanc. D’un part car que n’ai que très peu travaillé la couleur et ne suis pas encore à l’aise avec ça, ne les associant pas forcément correctement ensemble, mais également car je trouve que le noir et blanc a un impact particulier. Le noir est la couleur la plus foncée et ne réfléchit aucune lumière même si, tout comme le blanc, il ne correspond pas au sens strict du terme couleur. En effet, une couleur se définit comme une impression produite sur l’oeil par la lumière réfléchie par la surface d’un objet. Or, le noir est l’absence totale de lumière. La couleur étant la sensation des radiations lumineuses, le noir ne peut être qualifié de couleur. Il est de même pour le blanc, qui n’est pas une couleur à proprement dit car, il s’agit de la somme de toutes les couleurs. Pourtant, dans les productions plastiques, le noir et le blanc jouent un rôle semblables aux couleurs et on utilise les mots « noir » et « blanc » pour qualifier la couleurs de certains objets. Ainsi, je parlerai tout de même de « couleur noire » et de « couleur blanche ». Je trouve que le noir et blanc permet une certaine liberté en, paradoxalement, restreignant les possibilités. Il permet d’apporter plus facilement de la sobriété. J’aime utiliser l’encre de chine dans mes travaux qui permet à la fois, une grande intensité dans le noir et la possibilité de la décliner en nuances de gris et de faire quelque chose de très contrasté et très fort ou quelque chose de plus doux avec des lavis et plus de variations. Elle permet également d’utiliser des outils tel que le pinceau pour un trait plus grossier et large mais aussi la plume qui amène une grande précision et un contraste avec le recouvrement au pinceau avec quelque chose de beaucoup plus graphique. Plusieurs artistes utilise l’encre de façons différentes et toutes très intéressantes. Manu Larcenet est, par exemple, une grande source d’inspiration. Il a une grande maitrise de cette technique, que ce soit dans la série de quatre bandes dessinées Blast (2009), ou dans celle de deux tomes Le rapport de Brodeck (2015/2016), une adaptation du roman éponyme de Philippe Claudel (2007). Dans Blast, il dilue d’avantage son encore pour créer des lavis et apporter des nuances. Dans Le rapport de Brodeck, les images sont beaucoup plus contrastées avec des noirs très intenses. J’aime aussi beaucoup les estampes japonaise à l’encre très délicate, et au traits de pinceau justes. On retrouve notamment le Paysage de Li Tsai (milieu du XVème siècle), le Paysage de Sesshu Tôyô (1495) et le Paysage de neige de Kou Touan (première moitié du XVIème siècle). Dans les illustrations de Thierry Vernet, dans le livre L’usage du monde Nicolas Bouvier (1963) le trait de pinceau est beaucoup plus grossier et l’encre n’est jamais diluée, ce qui donne une spontanéité aux dessins et mène à des image très efficaces. L’outil du crayon noir ou du crayon de papier est également très agréable çà utiliser. La liberté du trait amène un grain particulier et une richesse dans l’image et une certaine vibration très plaisante dans l’animation. L’artiste Catherine Le Carrer l’utilise très justement je trouve avec ses personnages atypiques. Enfin, la gravure est une technique génial pour utiliser la couleur noire. Pour l’exposition dans la galerie du Bailli, j’ai ainsi fait une série de quatre gravure au formes très organique. Cette technique permet une intensité dans le noire et un travail du détail avec la pointe sèche. Inversement, en terme de photographie, je pense surtout par la couleur. Je n’ai encore jamais tenté de photographie en noir et blanc et trouve l’impact de la photographie couleur plus puissant. Certains photographes utilisent d’avantage la couleur que d’autres. Bernard Faucon à un traitement de la couleur particulier dans la photo, notamment dans la série Idoles et sacrifices (1990), composé de dytiques avec les couleurs or et rouge opposées à chaque fois. Dans les clichés d’Alberto Selvestrel par exemple, la couleur est le point central. Il compose son image majoritairement par des aplats de couleurs ce qui peut amener le spectateur à la confusion ne sachant pas forcément de quoi il s’agit réellement au premier coup d’oeil. Bert Danckaert a un processus similaire. Il rend des lieux banaux par le cadrage et joue avec la composition des couleurs. On peut également retrouver les photographes Francesco Romero et Vishal Marapon qui travaillent la photo par les couleurs, une peu plus vives que précédemment. Kohl Donnelly lui, utilise notamment les éclairages artificiels colorés de la rue pour créer des clichés aux couleurs très vives dans le noir. Enfin nous retrouvons bien sur Harry Gruyaert, déjà cité dans ce corpus, pour lequel la couleur à une place très importante dans son travail. Ainsi, la couleur est tout de même présente dans ce que je fais mais cherche tout de même à approfondir ce point. En effet, je tente de travailler dans mes dessins, cet aspect avec lequel je suis pas encore à l’aise. Le projet de sérigraphie est très intéressant pour cela, étant la circonstance parfaite pour se poser des question sur la couleur.