RETOUR LE VOYAGE Pour le voyage, (selon le Dictionnaire historique de la langue française des éditions Le Robert) on parlait d’abord de déplacement vers un lieu lointain, puis d’un transport de quelqu’un ou quelque chose et au figuré, un passage de la vie à la mort, un « voyage sans retour ». L’emprunt de l’anglais « trip », désigne encore autre chose: un état sous hallucinogènes, sorte de voyage intérieur. Je garde du mot voyage, surtout son sens physique, cette notion d’éloignement et de lieux divers, notamment naturels, loin de ce que l’on connait. Je le vois comme un échappatoire, une courte fuite du quotidien et une grande source de connaissances. Dans ce que je fais, je le montre par le motif récurrent de la montagne rocheuse, difficile d’accès mais magnifique. Par exemple, pour le projet de sérigraphie en cours, je représente une montagne avec des meubles banaux. Dans l’adaptation vidéo, ce motif est également présent et conteste avec une ville constituées uniquement que gros immeubles rectangulaires. J’aime mêler le quotidien et le voyage, mettre des petites touches d’ailleurs dans le commun. Par exemple, dans l’édition Miettes, je mentionne la montagne en parlant de rides d’une vieille femme, du Baikal pour le glissement de ses mains ou encore du lac Tekapo pour la couleur de ses veines. Lors d’un workshop à Metz, nous devions, à partir d’un texte de Francis Ponge extrait de Proêmes (1948), imaginer et dessiner l’intérieur de notre propre corps à échelle 1. Je l’ai représenté sous forme de carte, aux annotations et symboles différents en fonction des zones (bras, jambes, buste, tête) comme un territoire qui m’est propre et de manière chronologique. Une grande partie du corps (des pieds jusqu’à la taille correspondait aux lieux où j’ai pu allé ou où j’ai vécu, qu’il soit très précis (une maison particulière) ou plus général (une ville, un hémisphère d’un pays). En effet, je donne une grande importance aux lieux où j’ai pu me trouver et où je me trouverai. J’ai commencé à avoir un attrait à la découverte de nouveaux milieux et de nouvelles culture d’abord par l’étude de la musique: le jazz, la musique orientale, latine, africaine, notamment liée aux griots (mot d’ailleurs choisi pour le projet d’affiche et de leporello « dis moi dix mots » en première année), et le mélange de plusieurs de ces genres musicaux. En effet, j’ai pu découvrir des cultures musicales qui m’ont beaucoup nourries et qui venait de continents très différents. J’ai notamment était fascinée par le chant diphonique, le chant traditionnelle mongole, qui m’a donné envie de découvrir d’avantage ce pays aux espaces et à la culture incroyable et d’y partir quelques années plus tard. Avant de pouvoir m’inspirer directement des espaces en m’y rendant physiquement, je les découvre par le biais de nombreux documentaires Arte, des conférences d’anthropologie et des récits de voyage, notamment ceux de Sylvain Tesson, mais également l’Usage du monde de Nicolas Bouvier (1963), ou Voyage d’une parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Néel (1927), ou le récit biographique Into the Wild de Jon Krakauer (1996), des fictions comme Bêtes, Hommes et Dieux de Ferdinand Ossendowski (1922) et les Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar (1938). Je peux parler de films comme Woman at War de Benedikt Erlingsson (2018), Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki (2000), Okja de Bong Joon-ho (2017), Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion (2015), tous les quatre avec une vision écologique ou la sur- production, mais d’autres longs métrages comme 127 heures de Danny Boyle (2011) retraçant l’histoire de l’ingénieur et alpiniste Aron Ralston, coincé au fond d’un canyon dans les gorges de l’Utah pendant six jours, I am not a Witch de Rungano Nyoni (2017), qui raconte sous forme d’un conte, l’histoire d’une petite fille accusée de sorcellerie en Zambie, sorcellerie, qui est toujours pris très au sérieux dans certains pays d’Afrique central et peut conduire à des violences graves sur les habitants et renvoie à des réalités sociales, religieuses et politiques complexes comme peut l’expliquer le journaliste Jean- Yves Katelan. Je peux aussi mentionner La tortue rouge de Michael Dudok de Wit (2017), film d’animation contemplatif se déroulant sur une île déserte tropicale, ou encore Mud sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols (2013), où la nature prend une place très importante. La photographie m’emmène également avec le travail de Jimmy Nelson, qui mène des explorations depuis près de trente ans et a photographié les peuples autochtones les plus reculés du monde, Ragnar Axelsson qui photographie le grand froid depuis de nombreuses années et témoigne du mode de vie traditionnel de l’Islande, du Groenland et des îles Féroé, ainsi que l’impact du réchauffement climatique qu’il constat au fil des années et impacte les pratiques locales, et enfin Harry Gruyaert qui prend des clichés impactants dans de nombreux pays avec un travail incroyable sur la composition et la couleur vive. Certains de ces artistes se retrouvent d’ailleurs dans le projet de corpus de première année avec le même thème du voyage et de l’éloignement de soi. Dans mes occupations extérieures à l’école, j’aime également transmettre cette envie de découverte de pays différents et de cultures nouvelles. Je travaille notamment dans l’animation pendant les vacances scolaires et essaie de faire réfléchir les enfants sur des façon de vivre différentes de la leur à travers des activités et un imaginaire mis en place qui peut mener à des débats et une prise de paroles de leur part de façon naturelle, car c’est intégré dans une histoire. De plus j’aime beaucoup raconter des contes, légende et mythes tirés de divers cultures et y intercaler des chansons de la langue d’origine du pays quand c’est possible, ce qui permet de rendre encore plus vivant l’histoire et de capter d’avantage leur intérêt. Après le travail de recherche pour la soirée Nouvelle Lune, je pense également me renseigner d’avantage sur la mythologie aborigène, appelée histoire du Temps des rêves, qui semble passionnante et témoigne d’un façon de traduire le vécu des peuples aborigènes d’Australie et représente des rites de passage divers chez les individus.