RETOUR LE SON / LA MUSIQUE Le son (selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) est une sensation auditive produite par une vibration sur l’organe de l’ouïe. C’est une onde qui se propage dans un milieu élastique, notamment dans l’air. Trois éléments sont donc nécessaires à l’existence d’un son: une source qui produit le son, un milieu qui transmet la vibration et un récepteur. Lorsque les sons sont ordonnés, on peut parler de musique. En effet, il s’agit d’une combinaison harmonieuse de sons et elle permet à l’Homme de s’exprimer par leur biais. On peut définir la musique par une approche intrinsèque (propre à elle-même) ou extrinsèque (qui dépend de l’extérieur). Dans l’approche intrinsèque, la musique peut exister en elle-même avant d’être entendue, dans la nature par exemple, avec la musique des oiseaux ou de la rivière. Ici, il n’y a pas besoin d’une intervention humaine. Dans l’approche extrinsèque, elle est une perception et s’inscrit dans la société. Elle est liée à l’Homme et à la qualification qu’il lui donne. Dans La Métaphysique, Aristote écrit: « Tout ce qu’ils (les Hommes) pouvaient montrer dans les nombres et dans la musique qui s’accordât avec les phénomènes du ciel, ses parties et toute son ordonnance, ils le recueillirent, et ils en composèrent un système; et si quelque chose manquait, ils y suppléaient pour que le système fût bien d’accord et complet ». Ainsi, la musique est créée et reçue par une personne. Elle est une forme de communication considérée comme universelle. Une communication considérée comme universelle qui peut être entendue par tous mais, peut-être pas comprise par tous. Dans Problèmes de la musique moderne (1959), l’écrivain, traducteur et musicologue Boris Schloezer explique que le sens du langage qu’est la musique est plus difficile à comprendre que d’autres langages car, il ne dépend que de lui même et ne renvoie pas à des référence extérieures. On peut lire: « La musique est un langage au même titre que la parole qui désigne, que la poésie, la peinture, la danse, le cinéma. Ceci revient à dire que tout comme l’oeuvre poétique ou plastique, l’oeuvre musical a un sens (qui n’apparaît que grâce à l’activité de la conscience); avec cette différence pourtant qu’il lui est totalement immanent, entendant par là que close sur elle-même, l’oeuvre musicale ne comporte aune référence à quoi que ce soit et ne nous renvoie pas à autre chose. » Nietzsche s’attarde sur l’art de la musique dans La naissance de la tragédie (1872). Dans cette ouvrage, il distingue l’art Apollinien, qui représente le rêve, l’interprétation, le regard, l’apparence et qui nous montre un monde beau et l’art dionysiaque, qui représente l’ivresse dans laquelle s’expriment les forces naturelles, l’instinct primitif et qui reconnait les souffrances du monde et ne présente pas uniquement le monde beau. A travers l’art dionysiaque, l’Homme peut transcender les limites de son propre égo. Il désigne alors l’art de la culture pour l’art apollinien et celui de la musique pour l’art dionysiaque. Il reprend l’idée de son contemporain Schopenhauer selon laquelle la musique est une affirmation de la volonté de vivre selon les besoins primitifs. Le son et la musique occupe une part très importante pour moi. Dans mon quotidien, elle est constamment présente, m’aidant à me garder concentrée lorsque je travaille et influençant mes idées et mon imaginaire. J’ai tendance à repérer et découvrir un milieu ou une personne par les sons qui sont présents dans ce milieu ou les sons que la personne produit vocalement ou corporellement. Lorsque je construis un projet, la musique influe sur ce que je produis et j’ai tendance à penser par le son et la musique, notamment en vidéo. Chaque visuel s’accorde à une musique ou une composition de sons. Pour beaucoup de projet, l’image est le son sont à penser en parallèle, indissociables l’un de l’autre. J’aimerais approfondir le travail du son dans mon travail qui n’est à mon sens, pas assez creusé dans ce que j’ai pu réalisé. Dans le corpus réalisé en première année, j’ai essayé de trouver une certaine musicalité dans ce que j’écrivais, notamment dans les textes poétiques. Dans l’édition Miettes, la dernière partie est rythmée par une chanson des année 30 (Tu voudrais me voir pleurer). On alterne entre mots du personnage de la jeune fille et paroles de la chanson qui connote le fait que la vieille femme chantonne cette chanson en boucle. On a donc à la fois, la musique qui est présente dans l’écriture, mais aussi dans l’histoire qui montre comment elle peut impacter une personne et persister chez quelqu’un, ici avec la vieille femme qui « fredonne cette valse qui n’a pas de coda et rebondit continuellement sur la barre de reprise. » J’ai également pu réaliser de la musique dans le cadre du projet de la soirée Nouvelle Lune, que ce soit pour la scène ouverte ou le vjing, où elle était un part très importante de l’évènement. Certains artistes travaillent le son de façon très intéressante. Par exemple, Julien Clauss a construit un projet qu’il appelle Diaph (2018), qui est un prototype de casque acoustique pour écouter et découvrir la ville autrement. Il s’agit d’un dispositif sans hauts- parleurs, destiné à faire des promenades sonores. Le casque filtre les sons extérieurs. Il travaille la matière sonore de l’environnement et sa plasticité afin d’en faire une mise en forme directement sur la tête de l’auditeur. Ainsi, on découvre des changements en fonction des lieux de balade sonore, dans des environnements plutôt donc urbains et bruyants. Steve Reich s’inspire également des bruits de la ville pour son oeuvre musicale City Life (1999). Il va même les extraire directement dans la ville de New York, pour les réinsérer dans sa composition et les utiliser comme support rythmique. En effet, il va enregistrer des son de la ville, Klaxons, slogan pendant une manifestation, portes, moteurs, paroles personnes dans la rue ect... Il va ensuite les sampler sur un clavier, pour les intégrer à la musique instrumentale. Dans un registre différent, l’artiste Céleste Boursier-Mougenot créer une musique dans une installation appelée Clinamen v.2 (2015) composée d’une piscine bleutée à la surface de laquelle des bols de porcelaine se balancent et évolue s’entrechoquant délicatement, créant une douce musique. On se retrouve alors devant un paysage visuel et auditif très apaisant. Dans cette oeuvre, l’écoute prime sur le regard. Certains artistes pensent également d’abord pas la musique pour créer. Je pense notamment à certains film où c’est de la musique, que découle les images, comme la tragédie, selon Nietzsche, qui prend racine dans l’art dionysiaque pour, par la suite, s’orchestrer avec l’art apollinien. Fantasia (1946) et Fantasia 2000 (1999) sont de bons exemples. On créer une animation en partant d’oeuvres musicales célèbres. De même pour les film de Damien Chazelle, Whiplash (2014) et Lalaland (2017), où il crée autour de la musique avant tout. A l’inverse, le son peut aussi être un repoussoir pour moi. Il s’encre dans le quotidien et influence ma façon de voir les choses. En effet, beaucoup de sons bien précis me sont insupportables et provoquent même des réactions physiques. On peut expliquer ça par le fait que je fais preuve de misophonie, littéralement un « haine du son » qui est un trouble neuropsychique assez commun qui se caractérise par des états comme la colère, l’anxiété, le dégout et même la haine. Elle se déclenche donc par des sons spécifiques, qui soit forts ou non. Dans le projet vidéo réalisé lors du workshop animation, je me suis inspiré très fortement de ce trouble. Les sons provoqués par la gène et l’agacement s’amplifie de plus en plus et finissent par submerger tout le reste et prendre tout l’espace.