RETOUR LA PEUR La peur est (selon le dictionnaire de français Larousse) une sentiment d’angoisse éprouvé en présence ou à la pensée d’un danger, réel ou supposé. Physiologiquement, il y a deux partie de notre cerveaux qui réagisse à la peur. D’un part, on trouve l’amygdale qui décrypte une situation de danger et permet une réaction physique instantanée et d’autre part, il y a le cortex préfrontal qui analyse la situation et pèse le pour et le contre pour déterminer si il y a une menace immédiate ou non. Selon le physiologiste Charles Richet, dans La Peur: Etude psychologique des effets et de la cause, elle fait partie des émotions primitives communes à l’Homme et à l’Animal. On retrouve ainsi l’attraction et la répulsion qui prend trois formes: la douleur, le dégoût et donc, la peur. Elle peut être morale ou physique. Il prend alors l’exemple du sentiment d’angoisse que l’on peut ressentir dans l’attente d’un examen et celui présent lorsqu’on se fait poursuivre par un lion. La peur ne peut se maitriser et ne dépend aucunement de la logique. Elle s’amplifie grâce à l’attention qu’on lui porte. Lorsqu’on a peur de quelque chose et qu’elle prend toute la place dans notre esprit, elle s’étend de plus en plus, tout comme la douleur. Mais elle augmente d’avantage grâce à l’imagination. Richet dit: « L’imagination est toute- puissante: (...) elle est capable de construire un édifice tout entier (...) c’est-à-dire, faire grandir la peur. » La peur est une émotion qui me fascine. Elle est l’une des plus puissantes et prend le pas sur beaucoup d’autres. La peur est également depuis bien longtemps une armes et un outil important de soumission. Et c’est quand la peur est installée profondément dans la tête de chacun qu’elles tyrans peuvent régner. Lise Payette, femme politique, écrivain et animatrice de télévision et de radio canadienne voit la peur de façon très néfaste. Elle déplore le contrôle par la peur qui amène à remettre la liberté entre les mains des dirigeants. Aujourd’hui, la peur permet aussi bien de gagner une élection, que vendre une salade ou une assurance vie. Et c’est là à mon sens, qu’on retrouve toute la complexité de ce sentiment. Il est à nuancer entre sa nécessité bénéfique à la vie qui permet la survie de chacun et son utilisation néfaste à la liberté. J’ai énormément d’angoisses sur tout ce qui m’entoure mais travaille pour garder le contrôle sur ces dernières. Ce qui me fait peur me captive à la foi ce qui m’en rend très proche. Ainsi, je tente de les exorciser et des les placer dans mes travaux. Charles Richet explique que « le seul moyen de combattre la peur, c’est l’habitude ». Il ajoute l’exemple de sa peur de s’aventurer dans la une foret la nuit. Il va alors s’obliger à entrer dans la foret et, chaque jour faire cent pas supplémentaires. Ainsi, au bout d’un certain temps, il y sera habitué et n’éprouvera plus d’angoisse à entrer dans cette forêt. Pour le projet d’adaptation, j’ai choisi une nouvelle de Dino Buzzati, La jeune fille qui tombe... tombe, où une jeune fille chute d’un gratte-ciel immense pendant une journée entière et vieilli au fil de la descente (1966). Ici l’auteur montre l’inéluctabilité de la mort et le manque de contrôle sur la vieillesse. Lors du choix du texte à adapter, j’hésitais avec une nouvelle du même auteur, La chasse au vieux, qui porte sur le même sujet. En effet, la vieillesse est l’un de mes peurs qui se retrouve dans mon travail. Dans cet adaptation je la présente d’une façon quelque peu différente que dans la nouvelle. La jeune fille ne change pas physiquement mais passe par des appartements lors de sa chute où elle se voit dans les personnes qui y vivent. Elle est ici montrée comme fatale et sombre. En revanche, je la traite avec beaucoup plus de douceur dans le projet d’édition Miettes, qui présente un portrait d’une vieille femme vu à travers les yeux d’une jeune fille. Bien qu’on peut y voir un certain décalage entre le « vieux » et le « jeune » et une fatigue du corps et du moral, la vieillesse est montrée de façon assez gracieuse et délicate. Je cherche à insérer mes peurs pas uniquement par un point de vue négatif et sombre mais aussi par des cotés plus doux et positifs. En effet, en ce qui concerne la vieillesse, elle représente, pour moi, une perte de contrôle corporel et potentiellement mental et au final, la mort et celle des autres mais également une accumulation de savoir et d’histoires, une connaissance de l’évolution du monde et une grande beauté dans un corps vieillissant. De plus, elle se ramifie en une multitude d’autres angoisses liées à cette dernière et au temps qui passe inéluctablement: le fait d’évoluer et de devoir faire face à des responsabilités, s’intégrer dans une société et suivre un monde en évolution aux nombres aspects négatifs. L’artiste polonais Roman Opałka est un grand nom de l’art conceptuel. Il a fait un travail d’une grande sensibilité de 1965 jusqu’à la fin de sa vie en 2011. Il a peint en blanc sur fond noir, des toiles qu’il appelle Détails, où il inscrit des nombres se succédant, manifestant du temps qui passe. A partir de 1972, il fait évoluer son travail en ajoutant, à chaque nouvelle toile, 1% de blanc dans la peinture servant au fond de la toile, initialement noir à 100%. Cela ajoute une nouvelle manière de présenter l’avancée du temps accompagné également d’enregistrements, où il annonce les nombres qu’il est en train d’écrire et d’autoportraits qui apportent une dimension physique et humaine au toiles. Le très beau film A Ghost Story (2017) de David Lowery, parle également du temps qu’on ne peut arrêter et qui mène toute chose à disparaître. C’est représenté à travers l’histoire d’un homme qui meurt et qui va errer en essayant de trouver le repos dans ce qu’on pourrait qualifier d’ « au-delà » et va être témoin du temps qui passe. Encore dans le projet d’adaptation, je représente des immenses grattes-ciel et une jeune fille qui chute du plus haut de tous. La hauteur est une autre de mes peurs que j’essaie de contrôler. Ici, la vidéo ne se focalise pas sur cette angoisse mais bien sur celle de vieillir, mais la chute permet la lecture de ce temps qui passe et la vision sombre du personnage sur la vieillesse. Au début, elle est en plein lumière, tout en haut de l’immeuble et, plus elle descend, plus l’atmosphère devient obscure et la chute rapide, angoissante et désordonnée. On peut également voir dans la verticalité une ligne temporelle par laquelle passe la jeune fille. Bien que la hauteur me terrifie, je lui trouve un grand aspect esthétique, elle permet un point de vu incroyable qui modifie la perception de l’espace et une beauté dans la perte de repères, et un jeu d’échelle très intéressant. On appelle la peur des hauteurs l’acrophobie. On ressent alors une peur panique lorsqu’on se trouve à un certain niveau et cherche à redescendre. Elle touche énormément de personnes, soit entre 2% et 5% de la population. Le neurologue Thomas Brandt, va encore plus loin et montre qu’elle concerne jusqu’à 28% de la population soit une personne sur quatre, à des degrés divers. Cette peur se retrouve également dans les montagnes que je représente car, comme je le dis lorsque je parle du voyage, elles représentent pour moi ce dernier mais, également cette angoisse du vide et le danger de la hauteur. Je trouve impressionnant les effets physiologique qu’elle engendre, notamment la sensation de déséquilibre et de perte de repères, ainsi que cette impression d’attraction vers le bord. Sylvain Tesson aborde d’ailleurs cette sensation de vertige qui peut de décliner sous plusieurs formes dans Dans les forêts de Sibérie (2011), présent dans le corpus réalisé en première année: « Je connaissais le vertige vertical du grimpeur accroché à la paroi : la vue du gouffre l’effraie. Je me souvenais du vertige horizontal du voyageur dans la steppe : les lignes de fuite l’étourdissement. Je savais le vertige de l’ivrogne qui croit tenir une idée géniale : son cerveau refuse de la formuler correctement alors qu’il la sent grandir en lui. Je découvre le vertige de l’ermite, la peur du vide temporel. Le même serrement de cœur que sur la falaise – non pour ce qu’il y a dessous mais pour ce qu’il y a devant. » L’opposé me fait tout aussi peur la batophobie la peur de la profondeur que je relie, pour ma part à la thalassophobie, la peur des fonds marins liée a la faune marine. En effet, la mer est l’endroit le plus méconnu sur terre. On sait bien plus de chose sur l’espace que sur nos océans. L’ingénieur cartographe Benoît Loubrieu affirme qu’ « on considère que la surface des océans cartographiée est de l’ordre de 10% ». Cela laisse une grande place à l’imaginaire et l’existence de possibles créatures ou endroits alimentés par de nombreuses histoires, mythes et légendes. Pour les plus célèbres, on retrouve par exemple le Léviathan, créature marine à plusieurs têtes, présent dans la Bible, le Kraken, issu des légendes scandinaves médiévales, immense et possédant de nombreuses tentacules avec lesquelles il saisirait les coques des navires pour les faire chavirer. Il est inspiré de réels calmars géants allant jusqu’à quinze mètres de long. Dans la mythologie grecque, Charybde et Scylla se trouvant d’une part et d’autre d’un détroit, ou encore le Cthulhu inventé par l’écrivain Howard Philips Lovecraft endormie dans un cité engloutie dans l’Océan Pacifique. Enfant, je regardais beaucoup les livres sur les dinosaures aquatiques et ceux sur les monstres marins et les légendes qui s’y rapportent avec de vieilles illustrations en noir et blanc comme celles de Gustave Doré. C’est de là qu’est venu mon attrait pour ce milieu. Ainsi, bien qu’aucun de mes gros projets ne portes encore sur les fonds marins, il arrive souvent que je le représente par des tentacules dans le dessin, comme par exemple dans les réalisations du workshop de linogravure ou lors du travail sur le collage en première année qui traitait des fonds marins.