RETOUR COMMUN Qui vient (selon le Dictionnaire historique de la langue française des éditions Le Robert) du latin communis qui signifie « qui appartient à plusieurs », au sens figuré « qui est accessible à tous », commun se rapporte, à basse époque, au « médiocre », au « vulgaire » et même « impur » chez les auteurs chrétiens. Par la suite, on lui apporte une valeur neutre dans le sens de « répandu, courant », qu’on oppose à « hors du commun » justement ainsi qu’un sens collectif qui dénote quelque chose « qui s’applique à tous les membres d’un groupe ». Mais ce terme retrouve vite une plus large connotation péjorative et désigne notamment une banalité de langage, « rebattu, ordinaire ». Ce terme n’a donc jamais été un adjectif mélioratif, impliquant soit du neutre, ou dans la plus part des cas, du négatif. Pourtant, c’est dans l’ordinaire que j’aime puiser mon inspiration. Je trouve bien plus efficace de s’identifier au médiocre qu’a la rareté, de s’intéresser à des personnages aux émotions et tares humaines qui reflètent notre propre condition. J’aime y puiser une certaine poésie. Je garde une envie importante de tirer beaucoup d’éléments du réel ou de ce qui m’est proche. Par exemple dans une des vidéos réalisée, je présente la personne de mon père, un personnage encré dans la routine, aux envies communes et au quotidien médiocre. J’avais pris beaucoup de plaisir à travailler, en première année sur le texte de Nathalie Quintane, Remarques (1997), où l’on découvre des observations du quotidien dans une écriture juste, sobre et poétique. Dans mon édition Miettes, j’ai puisé mon inspiration des personnes âgées que j’ai pu rencontrer et de la certaine fascination que je peux leur accorder à elles et à la vieillesse en elle-même. Je recherche une proximité avec ce que je représente sans tomber dans les extrêmes et essayer de rester juste. Dans Miettes, l’esthétique sobre permet une identification plus facile aux personnages et les éléments simples renvoient au commun en faisant pourtant référence à un personnage précis. Beaucoup d’artistes m’inspirent autour de cette thématique. On retrouve par exemple, Jeff Wall et ses photographies faussement documentaires qu’il appelle « photographies cinématographiques », qui représentent souvent une certaine banalité dans laquelle se cache un petit détail révélateur de quelque chose, Dans le cliché Mimic (1982), un homme blanc imite les yeux bridés de la personne qui marche devant lui, ce qui témoigne de l’abus racial dont Wall à été témoin à Vancouver. Il veut garder un sentiment naturel en faisant appel à des acteurs non professionnels et dans des conditions réelles. L’écrivain Yasmina Reza est très douée pour transformer des scènes banales grâce à la parole. Dans le Dieu du carnage (2006) par exemple, des parents se rencontrent pour régler une altercation entre leur fils respectif. Au début conciliants, les personnages vont rapidement dériver dans certains travers: égoïsme, brutalité, indifférence qui vont laisser paraître les paradoxes de la condition humaine. La chanson peut également très bien représenter les émotions communes. Une routine des quartiers rythmée par les éclairages publiques qui s’allument et s’éteignent est bien racontée chez Hugo TSR dans l’album Fenêtre sur rue (2011) par exemple. En effet, on retrouve ces émotions du quotidien notamment dans le rap, au vocabulaire généralement bien plus cru et usuel et même souvent vulgaire que les autres formes musicales mais, qui reste néanmoins le domaine avec le vocabulaire le plus varié avec en moyenne, 500 mots par morceaux face à 300 pour la pop et 200 pour le rock. Les chercheurs Varun Jewalikar et Nash Vail ont étudié les paroles de chansons de 93 artistes aux styles différents pour déterminer lequel utilisait le plus de vocabulaire. Ce sont des rappeurs qui sont sortis vainqueurs avec une moyenne de 1 018 mots par chanson pour Eminem, suivit par Jay-Z, Tupac Shakur et Kanye West.