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 CONTAMINATION
 Parfois, je fais d’énormes blocages sur certaines choses. Des artistes connaissent cela, et lorsqu’ils arrivent à retranscrire des notions comme celles de la contamination, de l’invasion ou de l’obsession dans leur travail, ça me plaît. Je fais d’énormes blocages thématique. Ca ressemble à une sorte de bug informatique. Un jour, une sorte de virus arrive et rentre dans mon crâne. Alors pendant trois semaines, je vais avoir une réelle obsession du monde des fourmis. Le jour d’après, au hasard de certaine de recherche, je deviendrai passionné du sanglant dessin de Jeffrey Dahmer jusqu’à en rêver la nuit. Ces obsessions sont aussi fulgurantes que diverses. C’est un véritable plaisir subi. Parfois, j’essaye de les externaliser dans le dessin ou dans un autre médium, mais je n’ai pas le temps. Ca ne me dérange pas. Je sais que ces obsessions ne sont jamais perdues et réside toujours dans un coin de ma tête, élargissant lentement mon champ de sensibilité. De plus, je crois réussir petit à petit à faire des ponts les unes entres les autres pour voir des thématiques majeurs s’en détacher telles que la marginalité ou l’exotisme. Le travail de certains artistes me fait exactement le même effet. Je reçois un choc brutal d’un moment à un autre, parfois venant même d’une œuvre que je connaissais déjà. Alors pendant des semaines et des semaines, ces images tournent et retournent dans ma tête. Comme pour les fourmis, je vais ressentir la nécessité de creuser le sujet jusqu’à la moelle essentielle. De comprendre son sens, mais également d’en décrypter le processus de production. Principalement, pour la photographie et le dessin, je vais chercher des heures et des heures la façon d’obtenir les mêmes résultats formels, sinon sensorielle en calquant et répétant le geste inlassablement. J’ai passé des journée entières à copier Blast de Manu Larcenet et à analyser les peintures de Hopper afin que mes photographies dégage le même silence dérangeant. Désormais, mes soirées ne sont rythmées pas la vivacité des traits de Blutch. Je crois que les thématiques de l’obsession, de l’invasion et de la contamination sont récurrentes dans mon travail. Au début timide et inconscient, elles sont en train d’y prendre une place prépondérante. « Felio », c’est l’histoire d’un homme dont le cerveau est colonisé par les cigales. Un nombre incalculable d’œuvre m’a aidé pour réaliser cette bande-dessinée et lorsque je les analyse, l’une des trois thématiques cités plus haut en est toujours le socle. « Take Shelter » par exemple. Un film poétique et étrange, peinant l’évolution de la névrose d’un homme, hallucinant des tornades se rapprochant toujours plus de sa maison. J’aime voir l’évolution d’un Homme lorsqu’un élément perturbateur rentre insidieusement dans sa vie jusqu’à rendre invisible tout le reste. La façon dont il (ou un groupe) peut se couper d’une réalité collective pour s’enfermer dans un monde alternatif régi par de nouveaux enjeux, problèmes, désirs. C’est pour ses raisons que les personnes atteintes de maladies psychiatrique me touchent énormément. C’est toujours cette vielle rengaine de savoir si l’hallucination du fou n’est pas aussi réelle que notre univers dans le sens où il y croit dur comme fer. Cela remet en question notre vision d’un monde acquis, tangible, véritable. Les fous nous font nous demander ou s’arrêtent l’hallucination intime et ou commence la réalité objective. J’aime l’idée de quitter le personnage fictif pour venir titiller les gens en dehors des livres par ma contamination. C’est quelque chose que j’ai encore trop peu expérimenté. J’ai pratiqué quelque temps le graffiti que je conçois comme une invasion sur les surfaces citadines trop lisses. Peut-être même une contre-invasion, une guérilla visuelle mener contre l’omniprésence de la publicité dans nos villes. Néanmoins, je n’ai pas encore réellement développé cette pratique, par souci de temps, de techniques et de solution pour éviter les amendes onéreuses de la police. Je m’intéresse donc depuis peu aux artistes qui emmène l’art dans la rue, à la rencontre des gens d’une façon moins… violente.