Les concepts et les idées sont importants dans une démarche artistique. Pourquoi fait-on les choses ? Pour qui ? Que racontent-elles ? Si ces questions me semblent légitimes, je demeure parfois dubitative quand la pensée l'emporte sur la réalisation ainsi dessiner pour le plaisir de prendre ses crayons et ses couleurs me semble être une approche tout aussi digne d'intérêt. Faire pour le plaisir de faire. De petites pochades sans grandes théories ne sont pas forcément vides de sentiments et de passions.

 

Si ce que je fais est très éloigné du travail de Philippe Mayaux, j'adhère à sa position vis à vis du monde de l'art quand il déclare « Lors de mes études à la Villa Arson, à Nice, j’étais entouré d’artistes prônant, selon moi, une pensée assez uniformisée, axée sur la parole, la pensée et le concept. Pour eux, l’œuvre émanait de la seule pensée. Moi, qui étais plutôt littéraire, je trouvais que c’était dommage de ne pas inventer sa propre technique et ses moyens. ». De la simplicité du message et des moyens éclot une spontanéité plus naturelle et sans prétention qui donne à de petits riens une force émotive incomparable. C'est le cas par exemple du trait épuré de Serge Bloch néanmoins vibrant de poésie qui rend l'album La Grande Histoire d'un Petit Trait capable de toucher autant l'enfant à qui il se destine en priorité que l'adulte qui le découvre avec lui.

 

Les choses sans pompes ni orgueil ne me semblent pas pour autant dénuées de sens et de finesse.

 

Ce questionnement m'amène à penser au travail du graphiste russe Peter Bankov qui, tous les jours depuis des années, réalise une affiche mêlant images récupérées ci et là, lettres d'imprimerie ou dessinées, graphismes griffonnés à main levée, couleur et dessins bruts et simples dans leurs traits mais chargés de sens. Réalisées au jour le jour, ses affiches confondent espace privé et expression politique, engagements et humeurs quotidiennes avec, inévitablement, beaucoup de sincérité.

 

Faire est un verbe d'action. Il invite à agir, à mettre son corps en mouvement pour donner existence à quelque chose. S'il est très difficile d'être objectif face à son propre travail c'est, je pense, parce qu'il est véritablement une part de nous même que nous ne maîtrisons que dans une certaine mesure.