Dans mon travail plastique, le noir et le blanc sont des valeurs pratiquement omniprésentes. Tout d’abord, parce que cette charte graphique renvoie à la simplicité et l’élégance, elle est indémodable et est une valeur sûre. Ces deux valeurs, douces et peu agressives, permettent je trouve, une meilleure appréhension sensorielle de l’œuvre. Elles peuvent être mêlées dans un travail, pour donner des nuances de gris, contrairement à certaines couleurs que je trouve d’avantage agressif et très difficile à harmoniser avec d’autres. Également, j’aime utiliser cette charte par la signification même de ce qu’elle représente : Le noir revient au néant, à l’obscurité, il absorbe ainsi toutes les longueurs d’onde, à la différence du blanc qui les attirent. Cependant, l’une des particularités du noir est qu’il permet de jouer avec la lumière. L’artiste Pierre Soulage avec sa série de monochrome de noir peinte en 2009 affirme en effet : « au-delà du noir apparaît une lumière reflétée, transmutée par le noir ». L’artiste nous montre ainsi que c’est la surface de l’œuvre, son exposition à une source lumineuse quelconque qui fait naître des variations de surface, entre le mat et le brillant. En utilisant du noir, je peux presque voir mes travaux en 3 dimensions. C’est pour cela d’ailleurs que j’aime énormément utiliser la technique de la carte à gratter. En effet, le support est tout d’abord très brillant, ce qui peut être intéressant à exploiter, de plus l’action de gratter la carte avec un scalpel donne tout de suite du volume au travail obtenu. Enfin, tout comme la gravure sur rhénalon, on peut creuser plus ou moins fort dans la composition, ce qui apporte du contraste. Le blanc évoque quant à lui l’unité, le tout. J’aime que le noir et le blanc soient à la fois simples et difficiles à utiliser. En effet, le contraste est une notion très importante qu’il faut maîtriser, car c’est elle qui apporte du volume à la production. Enfin, quand on utilise principalement du noir et du blanc, une bonne composition est aussi très importante. Avec des couleurs, il est plus facile, même avec une composition moins travailler, de faire ressortir certains éléments, d’attirer les yeux où on le souhaite dans l’image, en utilisant la technique des couleurs complémentaires. En réalité, j’utilise très peu de gammes colorées aussi parce que je ne maîtrise pas bien la coordination des couleurs entre elles. Pour moi, impossible de faire de la couleur sans maîtriser le cercle chromatique, les couleurs tertiaires, secondaires, complémentaires sur le bout des doigts. Or comme je l’ai dit, je rencontre de grandes difficultés à harmoniser les teintes et aussi à créer des compositions qui me plaisent. D’ailleurs, les fois où j’utilise des gammes autres que le noir et blanc, je reste souvent sur du monochromatique ou alors avec un maximum de deux couleurs. Cependant, j’ai bien conscience que le noir et le blanc, bien que je les utilise beaucoup, peuvent évoquer trop souvent la facilité peut être. Voilà pourquoi j’aime les accompagner d’autres teintes. La combinaison que j’utilise fréquemment, et notamment en ce qui concerne l’Odyssée d’Hagbard, est le noir et le rouge. Tout d’abord, le rouge permet d’apporter de la chaleur, de la vivacité à l’œuvre, à l’instar au noir, assez froid et terne. Le rouge peut alors redynamiser, il fait vivre assez facilement le dessin, apporte de la profondeur. Par exemple, Lucio Fontana dans ses concettos spatiales lacère sa toile rouge vif ce qui confère de la profondeur à la planéité à l’œuvre.

 

Ainsi, j’aimerais pouvoir maîtriser cette notion aussi complexe que la couleur bien que je continue à avoir une préférence pour le noir et blanc. Je me tourne de plus en plus vers la colorisation sur logiciel, plus intuitive et qui permet de revenir en arrière à la moindre erreur, de tester d’autres combinaisons etc.