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Fig.1

Agnès Varda en costume de pomme de terre devant La grande cheminé de patate.

 

Fig.2

Agnès Varda, Patatutopia, pour l’exposition «Utopia Station» présentée dans le cadre de la 50e Biennale d’art contemporain de Venise, 2003.

 

Agnès Varda, Les Glaneurs et la Glaneuse, 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Année scolaire 2003-2004. Mon plus ancien souvenir remonte lors de ma deuxième année de maternelle. Comme à chaque fois, l’école avait organisé un spectacle de fin d’année. Ma classe devait se faire une joie de chanter et de se trémousser sur le thème « pour une bonne soupe ».

Il est alors venu le temps d’attribuer à chacun son rôle à jouer. (Chaque rôle était en effet un légume). Pour ce faire, le maître a donc dressé une liste au tableau de tous les légumes à incarner. Il décida que les élèves les plus sérieux auraient le droit de choisir en premier. Le maître les appelait les uns après les autres et ils se retrouvèrent tous avec un rôle super sympa (tomate, choux, champignons, et j’en passe). Je regardais les images des légumes se barrer au fur et à mesure.

La plus bavarde c’était moi, donc la dernière à choisir, c’était moi.

 

D’ailleurs, je n’ai pas pu choisir.Le dernier légume affiché au tableau était la pomme de terre. Mais cela ne s’est pas arrêté là... Bien évidemment, que serait un spectacle sans costume ?

 Je me suis donc retrouvée à porter une toile de jute rembourrée avec du coton. Seules mes extrémités dépassaient péniblement de mon nouvel accoutrement. Dans la classe on m’appelait patate.

Il me semble que c’est la première fois que j’ai ressenti de la honte. Je ne pouvais pas avouer à mes parents que je n’avais pas choisi mon costume à cause de mon comportement. Le jour-j j’ai donc  incarné la patate avec un large sourire.

2019, j’ai appris la mort d’Agnès Varda. J’ai raconté cette histoire de patate à mes parents.