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Fig.1

Marion Fayolle, Les Coquins, 2014,

Magnani.

 

Fig.2

Roger Tallon, chaise anthropomorphe Charles de Gaulle, 1967.

 

Fig.3

Aryballe, période Inca (vers 1100-1532), terre cuite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je suis une très grande collectionneuse d’objets.

J’ai d’ailleurs souvent lu à la rubrique astrologie des magazines un peu nuls :

deuxième signe du zodiaque, il est celui qui amasse. Matérialiste, il lui faut posséder.

J’accumule et j’entasse, c’est peut-être par peur de manquer.

Selon moi il y a des objets bien distincts les uns des autres. J’aime alors les classer par catégories.

Tout d’abord, les objets du quotidien.

Brosse à dents, habit, fourchette, stylo, chaussure... Pour les moins matérialistes d’entre nous ils peuvent être qualifiés de banals car à force de les voir nous ne les voyons plus.

Bien sûr l’objet du quotidien peut être porteur de souvenir. Mais alors dans mon classement, cet objet du quotidien ira dans la liste des objets témoins.

Pour moi, l’objet témoin c’est un objet chargé en souvenir. Libre à chacun de dire, ou de savoir, quel sont pour lui ses objets totems. énumérer une liste n’aurait aucun sens car il n’y a d’objet témoin type. Bien sûr il y a l’objet témoin acheté dans le but d’être le souvenir en lui-même, mais il y a aussi l’objet souvenir malgré lui. Celui qui, dès que nous le voyons

nous évoque quelque chose mais qui a la base n’était pas prévus pour tel. Il y a aussi l’objet chiné, volé, bricolé, fabriqué, hanté, inutile, trouvé, réconfortant. Pour les plus superstitieux il y a aussi l’objet porte bonheur. Il y a les objets pensés. Les objets conçus pour répondre à des besoins et à des problématiques bien précises. Le Corbusier voyait en l’objet le prolongement de nos membres. « Les objets-membres humains sont des objets-types, répondant à des besoins-types : chaise pour s’asseoir, table pour travailler, appareils pour éclairer, machine pour écrire (eh oui), casier pour classer. Si nos esprits sont divers, nos squelettes sont semblables, nos muscles occupent mêmes places et réalisent mêmes fonctions : dimensions et mécanismes sont donc déterminés. Le problème est donc posé et c’est à qui le résoudra ingénieusement, solide et bon marché. Sensibles à l’harmonie qui donne la quiétude, nous reconnaîtrons l’objet qui est harmonisé a nos membres...»Au-delà d’être un prolongement, l’objet devient partie du corps dans Les coquins de Marion Fayolle. L’objet devient un élément constitutif de l’être, remplaçant un membre. Les organes génitaux,

les fesses et les seins deviennent alors : fusée, cactus, rose, livre ou parapluie. Tous ses éléments se répondent et s’associent entre eux et à chaque page. Quelquefois, l’objet tend à devenir humain :les objets personnifiés, qui conservent leur forme à qui l’on a attribué des propriétés humaines.Dans Les Contes de la rue Broca, de Pierre Gripari. Les objets parlent et sont pourvus de sentiments. Les objets anthropomorphes, conservent leur fonction mais prennent l’apparence d’un corps.Je remarque maintenant que l’objet à un rapport au corps assez important, que ce soit par souci d’ergonomie, dans la forme, ou bien lié à la mémoire.Il me semble que c’est pour cela que j’aime créer des objets dans l’optique d’être touchées. J’aime l’objet à partager, à échanger ou à construire. J’aime aussi inventer des histoires autour d’eux et leur inventer un passé. Pour mon projet Graal où es-tu ?, je me suis interrogée sur cette quête de l’objet disparu, afin de savoir comment cet objet si convoité a-t-il été égaré.