Tsiganes et nomadisme
Voyage
Communauté
À table
Tsiganes et nomadisme J’ai découvert les communautés tsiganes à travers des représentations et non des ouvrages anthropologiques ou sociologiques. Lors d’un voyage en Roumanie et d’un simple trajet à pied dans la banlieue parisienne, les chemins m’ont mené à plusieurs reprises dans des campements de Roms, épisodes de ma vie qui m’ont marqué en raison des conditions de vie précaire dans lesquels ils vivaient. Une question m’est venu à l’esprit, pourquoi vivent-ils en marge, en communauté, dans de telles conditions, à cheval entre sédentarité et nomadisme ? Après quelques recherches au sujet du mode de vie nomade considéré par beaucoup comme s’apparentant aux peuples tziganes, je découvre à la lecture de l’article Le "nomadisme tsigane" : une invention politique de Henriette Asséo pour le Monde datant du 29.07.2010 que je suis moi-même tombée dans le panneau ! Il ne s’agit en vérité d’une solution trouvée par l’Etat français au début du 20ème siècle pour faire face au développement considérable de la mobilité et au désenclavement du commerce rural, l'administration voulait réglementer les professions itinérantes. Une loi datant de 1912 contraint toute personne exerçant une profession ambulante en famille à se faire enregistrer comme « nomade » auprès des autorités. Ce régime est adouci en 1969 et l’on nomme alors les soi-disant nomades : « gens du voyage ». Cette étiquette, imposée aux familles par l’Etat français, les enferme et les définit de génération en génération, indépendamment de leur du changement de mode de vie. Aujourd’hui, les gens du voyage peuvent séjourner temporairement sur des espaces prévus à cet effet. Ces peuples me fascinent, car ils sont visibles et invisibles à la fois. Les tsiganes sont visibilité au travers des arts, plus particulièrement du cinéma avec des personnages et représentations enjolivées qu’ils incarnent: par exemple, la figure de la gitane très belle et sensuelle d’Esmeralda dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. À travers de la photographie également comme le souligne si bien l’exposition Mondes Tsiganes au Musée national de l’histoire de l’Immigration de Paris au travers d’une collection complète de clichés photographiques prient entre 1860 et 1980 qui construisent et véhiculent les stéréotypes autour de ces peuples. Les nombreux films de Tony Gatlif, réalisateur contemporain né d’un père kabyle et d’une mère gitane dont j’admire énormément le travail, traitent de ce peuple et plus généralement de la thématique de l’exil en utilisant parfois ces archétypes. Attiré, comme moi, par la diversité et la richesse des musiques émanant de ce peuple ainsi que par l’idée de « communauté mouvante », il visibilise et raconte l’histoire de leur exil à travers les siècles. Les tsiganes sont invisibles : qui sait véritablement d’où ils viennent, où ils vont, qui connaît leur quotidien et le partage avec eux de l’intérieur ? Je vacille entre l’impression de ne connaître qu’une facette partielle de ce peuple, plutôt idéalisée, et son pendant au travers d’une vision péjorative brossée par les médias. Tout cela m’encourage à rencontrer ces personnes et m’en faire ma propre idée. Une question se pose à moi, celle de la légitimité de l’artiste à parler d’une communauté, de ses rites, langages, coutumes sans même en faire partie, sans même y être né. 
Les nombreux reportages radiophoniques contemporains de « La Série Documentaire » sur France Inter sur les tsiganes de Montpellier me semblent être un portrait plutôt fidèle et respectueux du quotidien de ces populations. Les reportages photographiques de Lucien Clergue auprès des gitans d’Arles dans les années 50 et plus récemment du photographe Mathieu Pernot auprès de la famille Gorgan m’interpellent justement pour leur proximité avec les sujets photographiés. Ce dernier travaille depuis 1995 avec cette famille et dresse un monument familial à travers ses photographies, la rencontre et l’amour de ce photographe pour ces gens qui font maintenant partis de ses proches se ressent à travers les clichés. Également visible au Musée national de l’histoire de l’Immigration de Paris, son travail me donne l’impression d’être des leurs, de faire partie de leur famille, de ne pas être une gadjo. J’aimerais être capable d’aller à la rencontre d’une des communauté tsigane et réaliser des reportages et/ou des actions culturelle avec eux. D’être capable de créer un échange sincère et dans les deux sens avec ces gens.