Les écritures du réel
Témoignage et anecdote
Poésie du réel
À table
Les écritures du réel Slam Souleymane Diamanka, slameur sénégalais, a trouvé les mots que je n’ai pas su prononcer au sujet de la poésie parlée : « Les mots avec lesquels on énonce la réussite et le bonheur emplissent le lexique des gens positifs. Tandis qu’en banlieue, dans la culture hip-hop, par exemple, quand on veut exprimer quelque chose de bon, on emploie toujours un vocabulaire négatif. On dit que “c’est mortel”, que “ça déchire”. Mais les mots ont ce pouvoir de transformer la réalité », il rappelle également que « la poésie est omniprésente dans notre quotidien, dans les métaphores qu’une mère utilise pour expliquer le monde à son enfant, dans ces expressions qui nous disent que le soleil se lève ou se couche ». Il suffit d’y prêter attention, car « la poésie est un moyen de s’exprimer mais aussi un moyen de voyager pour celui qui la lit ou l’écoute ». Mon approche de la poésie est bien évidemment influencée par l’admiration que je porte à ces musiciens, slameurs et rappeurs qui écrivent avec une mélodie, des rythmes et sémantiques qui résonnent en moi. Je conçois des textes pour en faire la lecture, les jouer, les clamer ou les slamer auprès d’un auditorat. La poésie comprise comme un jeu de la langue et de sonorités me plaît pour les possibles qu’elle offre. Les jeux de mots, les assonances et allitérations qui créent des ponts entre les mots me fascinent pour les multiples sens qui s’accumulent tel un mille-feuille. La performance réalisée en binôme avec Soline Guigonis à la suite d’un workshop de poésie sonore avec Edith Azam m’a permis de développer ma diction ainsi que mon flow. Présentée lors de la soirée Maskarade à la Sourie Verte d’Epinal, ce texte poético-philosophico-humouristique évoquait le secret dans toute sa diversité. J’ai développé dans la rédaction de cette performance une écriture proche du rap français. Quel plaisir pour moi de clamer mes mots devant un public et de voir presque simultanément les réactions des gens aux images que je leur offre ! Rap français 
Dans l’expression de la poésie du quotidien, d’enjeux socio-politique ou encore d’histoires fictionnelles, le rap français est pour moi un excellent catalyseur et mode d’expression. Percutant de par ses rimes et flow multiples, il parvient à se faire instrument de divertissement ou propagateur de messages engagés et positifs. Le français est une langue aux multiples nuances et registres; de la grossièreté aux textes littéraires élaborés le rap français ne se refuse rien. Dans les nombreuses sous-catégories du rap français : rap engagé, rap poétique ou encore égotrip se distingue de nombreuses manières de dire. Fabe, rappeur des années 1990, parle avec une très grande sensibilité de sa vie, témoin des abus de pouvoir des politiques de l’époque et drame socio-politique qui oppose les banlieusards aux forces de l’ordre, il est poète de son temps dans une prose peu reconnue. Le rappeur est pour moi poète et musicien et incarne un idéal que j’aimerais parvenir à atteindre. Le documentaire-fiction
 La vidéo me passionne pour son pouvoir immersif et durable dans le temps. Comme la photographie, la vidéo témoigne d’un temps, capte des atmosphères et moments tout en alliant musique, image et texte.
Le réalisateur et documentariste Alain Cavalier dont j’admire le travail dans son film 24 portraits, dresse le portrait de 24 travailleuses dans les métiers de l’artisanat d’art. Dans une interview pour le site film-documentaire.fr, il stipulait que : « Ces portraits sont des rencontres que je voudrais garder de l'oubli, ne serait-ce que pendant les quelques minutes où elles sont devant vous. Ce sont des femmes qui travaillent, qui font des enfants et qui, en même temps, gardent un esprit d'indépendance. J'ai tourné vingt-quatre portraits de treize minutes. J'ai choisi cette courte durée pour plusieurs raisons : ne pas ennuyer, échapper à toute coupure publicitaire, réaliser le film vite, dans un élan et sans trop de ratures. Je ne suis pas un documentariste. Je suis plutôt un amateur de visages, de mains et d'objets. Rendre compte de la réalité ne m'attire pas. La réalité n'est qu'un mot, comme sa sœur jumelle, la fiction, que je pratique par ailleurs, avec un plaisir différent. » Son travail me plaît pour son engagement féministe et la dimension valorisantes de ces métiers oubliés, il porte la parole des invisibles et perpétue leur mémoire. J’aime la poésie qui archive, qui témoigne d’un temps, d’un moment, d’un état de pensée et qui permet de constater une évolution ou à l’inverse une persistance de ces instances. A ce propos, mon exposition au 46 était une illustration de cet réflexion et rapport au temps. La vidéo permet parfois de créer une proximité entre le spectateur et les sujets et l’environnement filmé. Je suis très admirative du travail du réalisateur Jérôme Clément-Wilz qui filme des amoureux dans le clip documentaire d’Odezenne « Matin » avec une très grande pudeur et finesse. Il parvient à montrer leur intimité en posant sa caméra sur une falaise bretonne et filme le couple de Mathurin et Alix dans leur quotidien. Il réalise également le clip « Novembre » dans lequel il suit le mouvement Nuit Debout pendant de longues semaines nous proposant un clip brut de décoffrage, qui se marie parfaitement avec les paroles de « Novembre », extrait de l’EP Rien, sorti en mai 2014. Le cinéma documentaire me permet d’avoir le sentiment de mettre un pied dans le milieu dépeint. Comme au travers du travail documentaire de Konbini pour leur court métrage BOZA - À bord de l'Aquarius avec les sauveteurs de migrants bouleversant par son altruisme débordant et par cette esthétique filmique humaine qui colle aux corps des protagonistes : ici des migrants. Dans mon court métrage La bobine, j’ai appréhendé la forme du documentaire en traitant de la question de la famille. J’avais interviewer mes proches à l’occasion des fêtes de fin d’année ; le moment était propice pour poser ma caméra et tenter de trouver une définition de la famille puisque je ne parvenais pas à en formuler une de ma propre voix. Immersif, le documentaire était teinté de ma présence par la voix-off, mais aussi par mon corps que je m’étais en scène dans l’espace. J’ai tiré des conclusions de cet exercice : si je suis amenée à retravailler la vidéo, je tâcherais de me faire plus discrète car j’aime par-dessus tous les documentaires dont on oublie la présence du réalisateur.trice derrière la caméra !