À table
Doute
Et même si ce mot semble paradoxal avec tout ce qui a été énoncé auparavant, je prends un moment pour en parler. Je commence à le connaître plutôt bien mon pire ennemi : ce sentiment d’être enfermé dans la médiocrité. Il survient principalement dans deux de mes pratiques artistiques : la clarinette et l’illustration. Il fait partie de mon processus de travail et advient à un moment ou à un autre de ma phase de création. Le doute est nécessaire quand il amorce de nouveaux questionnements, quand il nous pousse à persévérer. Les domaines artistiques dans lesquels je place beaucoup d’énergie, d’exigence sont souvent des sources de remise en question et de baisse de confiance en moi. J’ai parfois l’impression de ne pas être à la hauteur, ma gorge se noue tout comme mes mains, il m’est alors impossible de faire tant l’esprit à de l’influence sur le corps. La musique tout comme l’illustration amènent une rigueur dans le travail qui peut s’apparenter à celle des moines pratiquant la prière 10 fois par jour. Je crois avoir compris aux contacts de personnes passionnées (soit par l’illustration, soit par la musique) que ma pratique artistique n’est pas une nécessité en soi. N’ayant pas une unique passion, mon envie de dire et de raconter prend de multiples formes et je me laisse guider au gré de mes envies. C’est certainement le revers de la pluridisciplinarité, le sentiment de faire les choses à moitié. Ma technique en dessin, en comparaison avec d’autres, n’est pas encore assez aboutit. Ne pratiquant pas quotidiennement, je me sens souvent limité dans mes modes de représentations. Aux côtés de personnes dont j’admire le travail en illustration, je me laisse parfois décourager, comme si je prenais conscience de l’avance qu’ils ont par rapport à moi ! Je suis pourtant certaine d’avoir ma place dans ces milieux, car je m’y consacre avec énormément d’enthousiasme et d’énergie mais je suis encore loin d’être fière de ce que je produis. Je ne me sens pas légitime en musique quand je pénètre les sphères des musiciens du conservatoire qui côtoient mon frère. Le manque de technique y est pour beaucoup. Je ne me sens pas légitime quand je prends ma clarinette pour enregistrer quelques samples que je bricole avec amateurisme. La « bricole » a ce côté instable, branlant qui déteint énormément sur la confiance en soi. J’ai envie de pouvoir dire un jour que « je fais tout cela car j’aime et souhaite faire du meilleur de moi-même dans ces domaines. Je suis fière des formes que je produis, des pistes que j’explore et travaille du plus que je peux ».
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