« Un artiste se la raconte ». En école d’art, on nous apprend qu’un discours accompagne la pratique artistique et qu’il est très important dans la compréhension et l’appréciation du travail de l’artiste. Comme un « packaging d’idées » qui enrubannerait un produit artistique, il faut les clés nécessaires pour déballer l’affaire et en comprendre les rouages. Est-ce forcément nécessaire ? Parfois des œuvres ne parlent pas, et pourtant elles ont un discours ? Comment un public non averti peut-il comprendre une œuvre et l’appréhender dans sa dimension conceptuelle s’il ne possède aucune base théorique, analytique ? Dans ce cas à quoi sert le discours de l’artiste sur sa pratique ? Parler de son travail, trouver ses mots en tant qu’artistes et savoir sensibiliser son public à sa démarche artistique est un exercice important dans la réception d’une œuvre. L’artiste et la manière dont il déploie ses arguments permettent d’entendre sa singularité et incarnent l’une de ses nombreuses missions. En tant que personne sensible et engagée, artiste en devenir, j’ai des choses dire et j’aimerais que mon travail parle de lui-même. Je cherche un entre deux entre un travail qui ne soit pas nécessairement accompagné d’un cartel, pour qu’on puisse en saisir le contenu, et quelque chose qui ne soit pas trop « premier degré ». Je ne fais pas les choses que pour moi et que je les destine à un public, alors s’il peut en saisir le contenu, c’est l’idéal ! Admirative des artistes de bande dessinée qui nous permettent de découvrir des cultures, des problématiques aux travers de leurs fictions comme Marjane Satrapi qui nous fait découvrir le quotidien des femmes en Iran dans son ouvrage « Broderies » ou encore Frans Masereel qui grave un portait des villes européennes des années 20 en pleine industrialisation. Dans la bande dessinée « Je vais prendre une douche et laver mes draps », le propos est assez explicite, la difficulté est de faire parler les images d’elles-mêmes. J’admire paradoxalement le travail d’artistes qui ne s’appesantissent pas sur leur discours artistique et qui sont dans une production spontanée et viscérale. L’association « La « S » grand atelier » située dans les Ardennes Belge est un centre d’accompagnement des personnes considérées comme handicapés mentales. Il fait appelle à des artistes professionnels pour aider ces artistes outsider à développer leur pratique artistique! Tous n’ont pas une réflexion aboutie sur leurs œuvres, mais le rendu est sublime de par son expressivité mais aussi puisqu’il se rapproche de l’art brut que j’affectionne particulièrement. Ce lieu offre à ces personnes mises en marge de la société de part leur handicap un lieu pour créer ainsi qu’un espace d’échange et de réflexion autour de leur statut d’artiste. Les images, sculptures, peintures dont le lieu regorge sont d’une singularité surprenante toutes comme ces personnes que je rêve de rencontrer et avec qui la collaboration m’enthousiasme. Cette approche sociale et artistique est vectrice d’émancipation pour ces personnes dont le travail est fabuleux. L’une des questions soulevée par le projet de la Hesse est la suivante « les pratiques de mixité entre artistes contemporains et artistes déficients mentaux peuvent-elles influencer les représentations mentales du handicap et leur acceptation dans la société contemporaine ? ». À cette question je réponds que OUI, car la découverte du travail de ces artistes et l’idée qu’ils sont pour la plupart animés par la simple satisfaction de faire et créer me fait me dire qu’ils ne sont pas si différents de moi. L’Art est alors un moyen très puissant d’éveiller les consciences, permettre l’émancipation des opprimés et l’acceptation de l’adversité. Discours
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Corps et sexualité
Discours
Doute