À table
Délocaliser l'art et la culture
À tout moment dans mon processus de création je me demande à qui j’adresse mon travail, se pose à moi la question suivante: comment rendre intelligible un propos auprès d’un public donné ? Comment rendre possible cela auprès de personnes de divers horizons ? Comment et auprès de qui ai-je envie de trouver ma place ? Pour qui la culture est un effort, intellectuelle, financier ? Et comment faire en sorte qu’elle soit rendue accessible au plus grand nombre et synonyme de plaisir ? J’ai trouvé des réponses à mes questions dans les actions menées par le collectif Etc ou encore Formes Vives. Ce dernier regroupe trois jeunes graphistes, plasticiens et scénographes français. Leur but étant de lier organisation politique et sociale à travers leur pratique artistique pour proposer des alternatives à la communication de masse. Leur démarche artistique créée des passerelles entre les milieux dans l’art et pratiques artistiques en proposant leurs actions auprès de publics hétéroclites. Ils délocalisent la culture et proposent l’art là où on ne l’attend pas, expression qu’employait Jean Dubuffet en 1949, comme par exemple sur la Petite Ceinture de Paris où ils proposent une réflexion sur la cabane de chantier en créant un espace tout particulier. Constitués d’une terrasse sur rail ainsi que d’un container réaménagé en espace de création, ils parviennent à allier lieu de vie, espace de réflexion et travail artistique. Dans le quartier de la Belle-de-Mai à Marseille, ils créent le projet d’Ambassade du Turfu : lieu-hybride qui regroupe plusieurs collectifs actifs qui offre aux publics des actions culturelles ainsi qu’un lieu de réflexion et de bureau du quotidien pour amorcer des projets à plusieurs. Des lieux d’échanges comme celui-ci permettent de réviser ses modes d’actions, de travail, au contact de collègue, habitué et habitant du quartier. Edgard Morin disait en réponse à la question suivante au sujet de l’enseignement primaire « Qui éduquera les éducateurs ? » que c’est à eux de s’auto-éduquer avec l’aide des éduqués. Autrement dit, c’est aux personnes détenant un savoir pratique et/ou théorique de se réinventer, se questionner sur leurs acquis afin d’aller encore plus loin dans leur démarche de transmission. Formes Vives parvient peut-être à désacraliser le statut « d’Artiste » et tous les stéréotypes qu’il engendre en amenant leur travail au sein d’un quartier populaire. Ce choix politique et artistique encre l’artiste dans le quotidien et la vie d’un quartier et permet d’ôter de notre esprit l’idée que l’art ne s’adresse qu’à une élite. Si l’on cesse de considérer l’artiste d’art contemporain comme un imposteur, un spéculateur ou encore comme un personnage appartenant à l’élite culturelle et économique, mais qu’on le pense plutôt comme un être animé par l’envie de réinventer sa manière de créer, de représenter, de présenter alors pourrions-nous inviter un plus grand nombre d’individus à prendre part au débat et à la réflexion autour du statut de l’artiste. Si l’on se met à considérer l’artiste comme un chercheur-créateur qui se questionne et cherche (parfois toute sa vie) des nouveaux moyens de dire, de montrer, de faire et concevoir alors l’atelier collectif et/ou le fab-lab deviennent laboratoire de forme et incarnent une nécessité pour le devenir de l’art. Enfin, si l’on se met à considérer le musée comme un espace de réflexion, d’expérimentation, en perpétuel mouvement et effervescence et non plus simplement comme un lieu de conservation d’art et des vestiges du passé, ou encore comme une étale de l’art contemporain à consommer alors peut-être irions nous plus loin dans l’expérimentation et dans la démarche de démocratisation de l’art. L’artiste serait alors aiguillé par les critiques et éloges du spectateur qui donnerait, à la manière d’un chercheur, un avis, une thèse qui réfute et/ou abonde le sens de l’œuvre. Rendons-nous curieux, exacerbons cette envie d’en découvrir plus sur le travail de ces personnes qui consacrent (parfois) leurs vies à une thématique, une hypothèse ! Par rapport à tous ces questionnements, en tant qu’artiste en devenir, je souhaiterais faire ce choix politique de démocratisation de l’art et parvenir soit par les médiums choisis : bande dessinée, livre, site internet à diffuser mes idées, soit par la performance : à confronter directement les gens aux « sujets de recherches » que j’entreprends.
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