Corps et sexualité
Les écritures du réel
Discours
À table
Corps et sexualité L’enveloppe que nous habitons, les briques sur lesquelles la tête se repose, l’assise de l’esprit; c’est à la fois l’extérieur et le contenant de notre être. Il est tangible, visible, palpable, à la vue de tous ! Le corps, amphore de chaire et d’os s’avère être bien plus que cela, il est politique en ce qu’il concerne le citoyen, car il agit dans un espace et interagit avec son environnement, le corps est façonné par les yeux qui se posent sur lui. On l’enveloppe de vêtements, le ficelle constamment, on le dit si beau qu’on le dissimule sous d’innombrables tissus, un corps qui se cache sous des couches…
 Mon corps est un espace politique, car il est celui d’une femme en devenir. Femme qui peut d’une manière ou d’une autre susciter le désir, le dégoût, la haine et l’admiration par la simple façon dont je le présente aux autres dans l’espace public. Mon corps est mien, mais m’implique par mes choix dans des situations données tels que le harcèlement de rue, la critique ou le compliment, le jugement de l’autre ne peut se museler! Constatant cela à l’âge de l’adolescence, je commence à m’intéresser aux représentations de la femme dans le paysage médiatique et plus particulièrement dans la publicité et découvre l’ouvrage d'Aude Vincent et Sophie Pietrucci Contre les publicités sexistes sortit en 2012 aux éditions de L’échappée. Cette petite étincelle allume instantanément un bouillonnement de questions et marque le début de mon engagement féministe et ma réflexion sur la thématique du corps de la femme. L’ouvrage évoque et analyse les normes aliénantes de l’industrie de la beauté me faisant prendre conscience de la dimension sexuelle que peut prendre le corps de la femme au travers des publicités et des images qui inondent notre quotidien. Ces écrits dépeignent les stratégies marketing sexistes employées pour décupler les ventes en suscitant le désir des acheteurs. Ces représentations modèlent notre imaginaire et participent à la construction des normes de genre. Il m’a permis d’identifier les codes de féminité préétablis par la société et d’affirmer mon opposition à certains de ces dictats comme par exemple l’épilation, le port de vêtements sexy, le maquillage. Aujourd’hui, je tente d’affiner ma manière de représenter et de raconter les sujets féministes sur lesquels je me penche, aussi bien dans la théorie: par le biais de l’écriture que dans la pratique: par le dessin et la bande dessinée. L’exercice est plutôt délicat, car il s’agit de témoigner de son vécu auprès d’un lectorat sans faire passer l’anecdote pour généralité et transformer cela en haine de l’homme. Les discours féministes radicaux ainsi que la libération de la parole des femmes victimes de harcèlement dans les cyberespaces avec le #metoo sont parfois vindicatifs et nous bouscule assez vite du côté de la misandrie.
 Je commence enfin à faire quelque chose de cette réflexion féministe notamment avec la performance Laborama qui confrontait la représentation du corps de la femme dans la publicité avec celle promut dans les sphères QUEER et transgenre. Elle montrait également des exemples de harcèlements et d’actes sexistes vécus par des femmes dans le paysage politique. Dans la seconde partie de la performance, nous proposions des images promouvant une vision de la femme ayant repris ses droits: figure de l’amazone, témoignage de personnes transgenres ou encore à travers des photographies de femmes au naturel. Je m’intéresse de plus en plus à la question de « l’empowerment »: phénomène « d’en-pouvoirement » qui dépeint la ré-appropriation par les opprimés du pouvoir, en l’occurrence ici les femmes. On assiste ces 10 dernières années à une libération de la parole des femmes ainsi qu’à une profusion d’articles, d’émissions et reportages sur des sujets féministes tels que le non-consentement, le viol, le harcèlement de rue. Je m’en étonne agréablement, car ce n’était pas vraiment le cas, si mes souvenirs sont bons, à l’âge de mon adolescence. 
 Ma bande-dessinée intitulée Je vais prendre une douche et laver mes draps réalisée en mars 2018 pour l’exposition à la MCL de Geradrmer sur le thème de « filer un mauvais coton » raconte le corps d’une femme tétanisé, dans l’incapacité totale de dire « non » face à des avances et attouchements sexuels. Faite dans l’urgence de dire, de faire, de parler de ce sujet dont on tait le nom, en réaction au documentaire de France 2 "Sexe sans consentement », cette courte bande-dessinée évoque de manière explicite le non-consentement. 
L’intrigue prend place au creux des draps, dans l’intimité du lit, d’une chambre à coucher obscure: lieu du privé par excellence.
Nombreuses sont ces victimes qui ne se reconnaissent ni dans le viol ni dans le consentement à la suite d’un acte sexuel malaisant. Ce moment bâtard, d’entre deux, cette zone-grise où ni l’un, ni l’autre n’est trop bavard après cet acte bizarre me pose question et me donne envie d’en parler pour offrir aux lecteurs un sujet de débat. Cette courte histoire brosse à la mine de plomb le portrait de ce tabou sans visage qui touche plus de femmes qu’on ne le pense. La question ici est celle de la propriété du corps de la femme qui n’est bien évidemment dépendante de quiconque. Le corps est synonyme de désir, donc de sexualité. J’ai réalisé un projet photographique en noir et blanc pensé comme une série. Il met en scène mon propre corps se déshabillant dans un mouvement de gauche à droite et se déployant sur le mur pour recréer l’effet du mouvement. Le strip-tease qui n’est pas sexy est un effeuillage mettant en scène le corps compris comme trésor que l’on recouvre de vêtements par pudeur ou peur de la convoitise qu’il suscitera. Ce rapport préexistant entre corps et sexualité me pose question et je souhaiterais réaliser dans le futur un « manuel d’éducation sexuelle » pour tenter d’offrir aux jeunes gens des témoignages, apprentissages et explications au sujet de la sexualité, de sa mécanique et des sentiments qui en résultent. Cette envie va également dans le sens de l’éducation et de la sensibilisation au désir et plaisir ressentis à l’égard de l’autre, chose dont on ne nous a pas parlé à l’école.