À table
Art vivant
Par « art vivant » j’entends bien évidemment toute forme artistique faisant intervenir un actant et un public : la musique live, le vidjing, la performance ou encore le théâtre en sont des exemples. Ces modes d’expressions encouragent l’artiste à faire du meilleur de lui-même quand vient le moment de s’exposer au public. Le vidjing est une discipline récente historiquement comparée à la musique, et l’idée de porter ma pierre à l’édifice dans une pratique artistique en construction m’anime davantage. Je m’y suis mise il y a peu de temps, ce médium offre au public une expérience artistique intéressante : l’image en mouvement participe d’une totale immersion dans la musique qui accompagne régulièrement le vidjing. Employée à des fins festives, mais aussi dans un but expérimental: j’aime l’ambivalence de cette pratique. J’entends également par « art vivant »: vivacité et spontanéité. Comme un élan qui me pousse vers l’avant, le fait de faire me prend furtivement. Il me tient, m’agrippe comme l’instrument qui se loge dans ma main, comme l’outil qui me pousse au dessin. Je m’en saisis et saute vers l’inconnu quand je fabrique des images. Dans la valse créatrice, je mène souvent la danse d’un pas décidé même si je ne connais pas toujours la finalité. La pratique artistique du plasticien est à questionner bien évidemment dans sa forme : comment se créer l’image ? Le dessin en premier lieu puis la couleur, l’inverse ? Mon dessin n’est pas encore très réfléchi dans sa composition, je tâtonne, expérimente, me cherche. L’accident est quelque-chose que je trouve intéressant car il offre de nouvelles pistes de recherches. Le fait de faire m’anime bien plus que l’idée d’obtenir un « objet finit ». Le geste est spontané, hâtif. La dimension pulsionnelle de mon dessin se ressent dans mon trait. La matière que j’apporte sur la feuille participe du sentiment de vivacité : le scotch, la couleur ou le vibrant du crayon gras frotté sèchement sur le papier fait crépiter mon trait. La profusion de matière peut parfois faire un peu brouillon mais j’aime le côté brut de certaines de mes illustrations comme dans ma bande dessinée « Je vais prendre une douche et laver mes draps ». L’urgence d’expérimenter dans un dessin parfois peu soigné provoque en moi le sentiment de délivrer une émotion tout aussi brute. La vivacité des formes plastiques que je crée s’illustre également dans le choix des médiums que j’emploie : le feutre (qui sèche vite), l’aquarelle, l’acrylique mais aussi la bombe aérosol et le crayon de couleur qui me permettent de poser rapidement les masses et d’entamer presque dans la même lancée le dessin au trait. Je choisi le mot « vivant » car l’ennui m’horripile, l’émulation artistique et le perpétuel renouveau des formes visuelles que je crée est nécessaire pour nourrir ma motivation et persévérance dans ce domaine. Art qualifié de « vivant » car il incarne également l’idée d’être confronté à un public. J’ai eu l’occasion de faire sortir mon travail de ma chambre lors de l’exposition Les miettes des minutes à la galerie du 46 d’Epinal. Les retours que j’ai pu avoir lors du vernissage m’ont permis, de retour à l’atelier, de remodeler ma pensée, retoucher certains de mes ouvrages en cours. Les illustrateur.rice.s Benoît Jacques, Frédérique Bertrand ou encore Double Bob jouent de leurs traits en le faisant trembler. Sans chercher à rendre un résultat lissé et figé, ils me décomplexent dans mon approche du dessin de par la vibration de leur trait. Tarmasz, illustratrice et autrice de la bande dessinée Voyage en République de Crabe m’interpelle pour son graphisme aux tonalités cubistes, également inspiré de l’art maya ou des motifs berbères. La question de la représentation ici n’est pas de s’attacher à peindre le réel, mais à inviter le lecteur à se plonger dans cet univers graphique inventer de toute pièce. À trop chercher le beau je m’en éloigne. Le côté gauche que j’exploite dans mon dessin : naïf, hasardeux, considéré par certain comme enfantin me permet de me débloquer psychologiquement et physiquement. En troquant l’importance que j’accorde au fait de bien-faire pour l’expressivité d’un trait moins maîtrisé, je commence petit à petit à m’épanouir dans mon dessin. Je m’autorise de plus en plus à faire. Les images mentales et le réel peuvent parfois être illustrés sans considérations académiques du dessin. C’est peut-être une justification à mon manque de technicité, toujours est-il que je trouve beaucoup de poésie dans la fragilité et maladresse d’un dessin qui n’a que pour seul but de capter un moment, une scène de vie selon une vision singulière du monde.
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