Bouge ta souris

Tout d’abord, c'est de l'écriture, pas énormément mais juste assez pour me guider. Ensuite c'est une impression, selon l'histoire, selon le moment, ou tout simplement en fonction du médium que

j'ai sous la main. La façon dont je traite mes lignes, mes formes, dépend énormément de ces choses là, même si j'ai une base, un « personnage type » comme on pourrait l'entendre, j'essaie de changer de trait dans chaque planche. Prenons par exemple un de mes dernier travaux : les aventures. La première planche est simple, on y voit un certain décor et le personnage est aisément reconnaissable, le trait est clair, pas de fioritures, je vais à l'essentiel. La deuxième planche par contre est beaucoup plus travaillée. J'y suis revenu un mois après la première et le trait a radicalement changé. Certes on y retrouve la même base, le même personnage, mais l'ensemble est plus dynamique, plus moi. Ce travail a été inspiré par les travaux de Simon roussin avec ses cases journalières tirées de films, et aussi de planches de Gipi, des histoires courtes qui se suivent mais dont le traitement change de chapitres en chapitres.  J'ai la fâcheuse tendance à être une éponge du dessin, je vois un trait, un sujet qui me plaît, et mon dessin change. Le problème est que souvent il ressemble fortement à la source d'inspiration. Mais j'essaie le plus possible de tourner ça en atout. Au fur-et-à-mesure que j'avance je change des petites choses, les yeux, un nez, un trait de pinceau, des couleurs, pour construire par dessus mon dessin précédent et trouver un style plus personnel. En fait je pense que je pourrais dire que mon trait est construit de tous ce qui me passe sous la dent.

Tout le monde rêve, et ceux qui disent le contraire ne se le permettent juste pas. Je trouve que c'est dans les rêves que se trouvent les plus fabuleuses histoires. Qui n'a jamais rêvé d'être un héro étant gosse ? Qui n'a jamais rêvé de partir à l'aventure, découvrir des temples oubliés ? C'est curieux, à l'heure actuelle on regarde tous des séries, des films, des mangas, on joue, on lit, on recherche tout le temps ce fragment d'imagination perdu en grandissant. Pourquoi l'a-t-on perdu ? Se l'est-on interdit ? Nous l'as-t-on interdit ? C'est idiot, tout le monde serait plus souriant si on laissais libre cours à notre imagination. Le monde a besoin de héros, de quelqu'un qui fait rêver, pour s'échapper quelque soit sa condition. Quand je dessine j'essaie de me faire interprète de ces rêves, je dessine des héros. Pas comme dans les comics, plein de muscles ou possédant des gadgets dont les prix défient toute réalité. J'essaie de retranscrire ce héros banale, simple, comme toi et moi. Le psychanalyste Boris Cyrulnyl, invité des matins de France inter nous dit :  « Nos enfants sont petits, ils sont faibles, ils ont besoin d'un héros pour les protéger, le miens c'était tarzan » et « Les enfants faibles ont besoin de héros pour se fortifier ». Pour moi il ne faut pas oublier que les adultes aussi rêvent, ont besoin de héros, de personnes au quotidien moins banal que le leur pour pouvoir aspirer à une vie meilleure.

L'animation c'est pour moi le moyen de traverser la feuille de papier. On change de dimension et tout un tas de nouvelles possibilités se découvrent. On ne dis plus la même chose que sur papier, et on y ajoute de la musique. Pour moi la vidéo c'est comme une nouvelle façon de s'exprimer, un mélange entre ce que peux apporter la bande dessinée comme le mouvement et la narration, et les agencements, les jeux du graphisme, le tout qui se construit et se déconstruit au fur-et-à-mesure que le temps passe. Comme si on voyait le processus de création d'une ou de plusieurs images.

Mes sujets, par contre, sont plus dictés par l'état d'esprit dans lequel je me trouve. En ce moment je suis plus dans l'aventure, les rêves de gosse, comme aller dans l'espace, ou être un explorateur comme Indiana Jones. Mais qui sais quels seront les sujets qui m’intéresseront dans quelques mois ? Même moi je n'en ai aucune idée ! Et c'est ce qui est excitant ! Peut-être le titre de ma prochaine histoire sera « le mystère du couteau ensanglanté » ou bien « Napoléon, l'exil » !

 Je pense que je m'égare, peut-être, enfin, à toi d'en juger.

« Si vous faites une erreur corrigez-la   à la case suivante », Möebius

Quand je travaille en graphisme j'essaie de toujours avoir des règles en tête, des méthodes. Je me pose toujours la question : « Comment est-ce que je peux faire pour que rien qu'en regardant une image ou affiche, ou même  une communication entière, on n'ai pas besoin de lire pour comprendre de quoi il en retourne ? ». Et honnêtement c'est peut-être la chose la plus difficile qu'il m'ait été donné de faire. Quand je travaille sur le SLAM (Salon International du Livre rare, de l'Autographe, de l'Estampe et du Dessin) par exemple , j'essaie de prendre en compte le plus de paramètres possibles, le lieu, l’activité, l’histoire, les personnes qui participent, tout ce qui pourrait influencer la forme graphique du projet, pour ensuite faire des choix et ne garder que l'essentiel. Et c'est ce qui donne le produit final, c'est un peu comme une recette à la seule exception qu'il y a deux variables : moi, ma vision de la chose, mes goûts, mes envies, mes références etc. ; et l'essence du projet, son but, si c'est pour une exposition, ou pour un événement sportif le traitement sera radicalement différent.

C'est marrant, j'ai toujours eu du mal à trouver des liens, entre des histoires, des travaux, des pratiques, mais en écrivant c'est comme si ces connexions se créaient toutes seuls. Elles ne sautent pas forcement à l'oeil mais quand on y réfléchi que ce soit en dessin en graphisme ou en animation on vient composer l'espace, on joue avec les matières, les formes, on tisse un réseau à chaque pas.