La cartographie qui me dessine et me représente s’articule autour de cinq notions principales. De celles-ci découlent d’autres mots clés, eux-mêmes généralement reliés à d’autres termes. La mise en forme de mon travail de corpus, invite le spectateur à se perdre entre ces notions, à explorer pour entrer dans ma personnalité. Il y trouvera, au détour des tâches d’encre et de café, des éléments explicatifs concernant ma méthode, ma pratique, mes aspirations et mes références. Ma méthode a attrait au rituel : j’ai besoin que plusieurs conditions soient réunies afin d’optimiser mon travail. J’ai besoin de m’isoler, d’être seul face à l’objet de ma création. J’ai besoin d’être poussé par un élan, qui peut m’être insufflé par différents éléments venant de l’extérieur, pouvant résulter d’une contemplation ou d’une rencontre avec une oeuvre, un artiste, un auteur… Ma pratique du dessin se définirait par l’impulsion, la spontanéité. Elle est le reflet des pensées et des émotions furtives qui me traversent. Je prône le lâcher-prise, l’automatisme, qui pour moi tendent vers l’authenticité. Le hasard, notion également très importante au sein de mon travail, découle de cette spontanéité. Mes aspirations sont souvent ambitieuses. J’ai foi en la persévérance et en l’autonomie dans le travail. Ce sont des notions qu’incarne le projet de Tomelo. Le partage, l’échange, la communication et la transmission sont des facteurs essentiels à mon avenir. Je souhaite continuer d’entretenir le travail en collectif, l’enseignement de mon savoir-faire. Je suis convaincu que les autres m’apporteront beaucoup en retour, et qu’ainsi, à plusieurs, se construiront de belles et grandes choses. Mes références font se chevaucher l’imaginaire et le réel. Je me nourris de la science fiction, de l’héroic fantaisie, des univers magiques et légendaires, qui peuvent être mis en exergue par des artistes tels que Moebus, Bault, et Tarquin. Mais aussi, je m’inspire de la contemplation de ce qui m’entoure, de la photographie également, mais encore de périodes historiques qui m’intéressent, comme le moyen âge ou le japon féodal. En ce qui concerne mon graphisme, je puise dans de nombreux illustrateurs, peintres, bédéistes, et sculpteurs. Il y a ceux qui me suivent depuis toujours, comme Claude Ponti, Dali, Picasso, chers à mon cheminement. Et il y a ceux que je découvre jour après jour et qui influent ma pratique de manière plus périodique : Ralph Steadman, Gipi, Joan Sfar, Benoît Jacques, Edika ,Reiser.Mes références abordent d’autres champs de l’art, notamment la musique et l’écriture. J’aime écouter Brassens, Renaud, Brel, Moustaki, et Stupéflip. J’aime lire Prévert, Bukowski, Mano Solo et Samuel Becket. Si j’ai voulu que le graphisme de mon site ait cet air de carnet de notes, c’est parce que j’ai souhaité qu’il ressemble à mon lieu de travail. Celui-ci n’est autre que mon bureau : une planche, deux tréteaux, du bordel. Il y a des pots d’eau noire d’encre dans laquelle se trempent des pinceaux usés. Il y a des cendriers débordants de cendres et de mégots. Il y a des taches noires éparses, et du café renversé. C’est ici que je joue de mes outils. C’est ici que mes mains maladroites exercent ce qu’elles savent faire de mieux. Maladroites, oui, provocant le hasard des des taches d’encre et de café, donnant lieu à des gribouillis automatiques sur le papier. Je n’essai plus de camoufler mes points faibles, je les assume, je joue avec ces éléments qui font partie intégrante de ma personnalité. Je les ré-interprête, comme le fait Ralph Steadman avec ses tâches. Perpendiculaire à la surface horizontale de ma table de travail, il y a un plan vertical. Le mur face à moi foisonne d’images, agencées au hasard, mais composant une entrée nouvelle vers ma personnalité, mon univers. Il pourrait s’agir en quelques sortes d’un atlas, réunissant des références ainsi que des images plus intimes. On y trouve une photographie de ma grand-mère lorsqu’elle était jeune, une photo en noir et blanc représentant Bob Marley, Mick Jagger et Peter Tosh, un prospectus sur lequel Buster Keaton déroule une pellicule cinématographique, de petites sculptures de masques africains, des cartes Pokémon et Star Wars, un morceau de planche contact, le flyer d’une exposition de Bault, une affiche illustrée par Benoit Jacques, une autre par Titouan Lamazou, une « Tête de Vieillard » par Léonard de Vinci, des dessins faits par mes amis ou encore par moi-même. Ce mur peut faire également office de pense-bête : j’y épingle les choses à faire, les éléments qui me paraissent utiles. Mais enfin, ce mur c’est aussi une respiration, une pause verticale dans mon travail, simplement en redressant la tête. J’ai souhaité ré-activer ce mur à travers la forme de mon corpus, par les textes et les images comme scotchées à la surface de l’écran. Ce qui me semble très important dans la mise en forme de mon travail est l’idée que les notions ne viennent pas au spectateur au premier coup d’oeil. Il n’est pas amené à tout balayer d’un seul regard, mais plutôt à fouiller, à chercher entre les pages. C’est une manière de faire pénétrer le regard de l’autre de manière intime à l’intérieur de mon univers. Je le pousse à se perdre entre les notions que j’ai dégagées comme s’il déambulait dans l’un des quartier d’une ville, allant d’un grand boulevard à une rue passante, pour finir dans une impasse étroite qui le forcerait à rebrousser chemin, pour aller explorer les ruelles parallèles. Mon corpus peut aussi être considéré comme la métaphore de mon esprit confus, se distrayant facilement, faisant des ponts, s’échappant sans cesse d’un endroit à un autre. Si ce travail de corpus a pu être gourmand en temps, en énergie et en investissement, il s’est montré intéressant dans le sens où il m’a permit de mettre en lumière des éléments de ma personnalité et de mon travail qui n’étaient jusqu’alors pas forcément évidents. Il m’a permit de prendre du recul, d’apprendre à parler de mon travail de manière plus réfléchie, plus cohérente et plus fluide. Il m’a permit de noircir certains traits, certains aspects, ce qui m’invite à renforcer mes axes de travail en les dégageant de manière évidente. En général, ce travail m’a apporté une compréhension plus évidente de moi-même, de mon travail, de ma méthode, de mon univers. Il a fait office d’introspection.